Les arrestations ont eu lieu les 2 et 3 août. Mais devant la gravité des faits et sans doute pour garder le secret de l'instruction, les autorités camerounaises n'ont choisi de ne les rendre publiques qu'une semaine plus tard.
Alors, ce 9 août, lorsque Issa Tchiroma Bakary, le ministre camerounais de la Communication vient annoncer la nouvelle à la presse, sa mine est grave et ses yeux presque scotchés à la déclaration qu'il a entre les mains.
«Les services de la Délégation régionale de la Sûreté nationale du nord-ouest ont, dans leurs opérations de contrôle, interpellé les 2 et 3 août, cinq individus dans la ville de Mbengwi, département de la Momo, région du nord-ouest», annonce-t-il. La suite relève presque d'un film d'action américain.
Après interrogatoire de la bande, la police mène une descente chez Ndassi Alfred Nguia, soupçonné d'être le cerveau de la bande et surnommé «Sniper». Au domicile de ce binational camerounais, originaire du nord-ouest et résidant dans «un pays étranger», les limiers camerounais mettent au jour une impressionnante cache d'armes, dissimulée dans un bunker.
Dans la cache d'armes, des «fusils semi-automatiques, des appareils de vision nocturne avec télémètre laser, des lunettes de tir, un épiscope de tir avec blindage, des bipieds et trépieds pour arme de précision, des chargeurs pour fusils d'élite, des tubes containers à charge explosive et des produits chimiques ...», détaille Issa Tchiroma Bakary.
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Mais à quoi devait donc servir cet arsenal d'armurier professionnel ? Les cinq suspects projetaient des attentats dans la partie nord du Cameroun avec pour cibles, les forces de sécurité déjà engagées dans la lutte contre Boko Haram, les autorités administratives ou encore des édifices appartenant à l'Etat. Ce n'était que la partie visible d'un projet plus sombre des cinq hommes appréhendés.
Autre question posée par l'enquête, les suspects agissaient-ils pour le compte d'une organisation pour déclencher un mouvement d'insurrection et sécessionniste anglophone ? En tout cas, le réseau est lié au Liberation Movement of Southern Cameroon (LMSC), la branche armée du Southern Cameroon National Congress (SCNC).
Ce mouvement sécessionniste apparu dans les années 1980 ambitionne de reconstituer l'Etat de l'Ambazonie, territoire sous administration britannique, réuni à la République du Cameroun à l'indépendance du pays en 1960. Même s'il n'existe plus, ce territoire de 45 000 kilomètres carrés, à cheval sur le Nigéria et le Cameroun, couvrirait des provinces du sud-ouest et du nord-Ouest, essentiellement anglophones.
Au cours de la perquisition, la police a saisi un ordinateur contenant des informations sur une planification d'opérations envisagées par les hommes de «Sniper» avec une cartographie de «cellules dormantes» du SCNC. Le commando allait-il lancer une insurrection quelques mois seulement après la crise politico-sociale aiguë dans les zones anglophones qui avait secoué le pays en novembre dernier ?
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Difficile pour le moment de connaître l'ampleur exacte des actions que le commando s'apprêtait à commettre sur le territoire camerounais. En tout cas, à la menace des exactions de Boko Haram que l'armée camerounaise combat dans l'extrême nord, il faudrait désormais y ajouter des risques de confrontation avec le mouvement rebelle. La réponse des autorités à cette nouvelle menace est très attendue. Elle devrait être révélée après le bouclage de l'enquête.
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