Après l’ancien ministre des Mines en mai dernier, deux autres ministres viennent d’être contraints de quitter le gouvernement tanzanien. Cités dans deux rapports d’enquêtes sur l’industrie minière diamantaire, ils sont soupçonnés d’avoir contribué aux pertes de l’Etat sur des contrats.
Jusqu'où ira John Magufuli dans son plan d'assainissement de la gestion minière ? C'est certainement la question qui taraude les esprits en Tanzanie, au moment où l'atmosphère reste encore très tendue dans les rangs du gouvernement. Et pour cause, hier soir -jeudi 7 septembre- deux ministres ont été forcés de démissionner, car soupçonnés d'avoir joué en la défaveur de l'Etat dans des contrats miniers diamantaires. Il s'agit du vice-ministre des Travaux, des transports et de la communication, Edwin Ngonyani, et du ministre au bureau du président, chargé de l'administration régionale et du gouvernement local, George Simbachawene.
Sur ultimatum du président
«J'ai choisi de démissionner parce que j'ai été impliqué par les deux rapports présentés aujourd'hui au président et que les organes de l'État peuvent enquêter librement», a déclaré Ngonyani, interrogé par Bloomberg.
Ces deux départs du gouvernement font suite à l'ultimatum du président Magufuli. Après avoir reçu mercredi deux rapports sur des irrégularités généralisées ayant donné lieu à des contrats défavorables pour l'Etat, ainsi qu'une perte sur les recettes publiques, le locataire de la State House de Dar es Salam a appelé à la démission de tout haut responsable administratif qui y est cité.
John Magufuli est déterminé à assainir la gestion de la chose publique dans son pays, avec un accent particulier pour l'industrie minière, un secteur clé de l'économie tanzanienne. Les démissions de Ngonyani et Simbachawene interviennent après le limogeage en mai dernier de Sospeter Muhongo -alors ministre des Mines- de son secrétaire permanent, Justin Ntalikwa ainsi que la dissolution du conseil d'administration de l'Agence de contrôle du secteur minier (TMAA). Tout cela faisait suite à un rapport révélant un présumé soutien de ces derniers à l'évasion fiscale des compagnies minières.
Dans le détail, les enquêteurs font état notamment de données contradictoires entre organismes gouvernementaux sur la valeur des exportations de diamants au cours de la période 2007-2016. Quand le ministère de tutelle rapporte 362 millions de dollars de recettes, les documents de la TMAA indiquent 374,6 millions de dollars. Confusion également au sujet des redevances perçues par le gouvernement sur la même période qui seraient de 18 millions de dollars, selon le ministère, et de 15 millions de dollars, selon l'Agence.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Après Acacia Mining, d'autres compagnies dans le collimateur
Par ailleurs, les rapports des comités d'enquête épinglent également certaines entreprises. C'est le cas du minier londonien Petra Diamonds qui aurait réussi à ne pas payer d'impôts pendant dix ans -2007 à 2017- en déclarant des pertes chaque année. Il s'en serait sorti en payant uniquement une taxe minérale alternative d'environ 875 160 dollars.
Mais, le groupe britannique qui a gagné le contrat de la mine Williamson suscite les doutes de l'administration, en raison de l'important investissement que requiert l'exploration et l'exploitation d'une mine de diamant. «S'ils continuent de fonctionner pendant une longue période, leur permis d'exploitation courant jusqu'en 2033, cela veut dire que l'entreprise réalise des bénéfices significatifs», a estimé Mussa Azzan, un législateur qui a dirigé l'un des comités, soulignant que si les pertes étaient avérées depuis ce temps, la mine aurait fermé.
Rappelons que l'objectif de l'Etat au travers de son plan d'assainissement est de permettre au pays de tirer au maximum profit de la richesse de son sous-sol. Ce qui devrait se traduire par un doublement à 10% de la contribution de l'industrie minière dans le PIB d'ici 2025.