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En Mauritanie, la cabale présidentielle contre Mohamed Ould Bouamatou divise Internet

Photo de Les correspondants de La Tribune

La Tribune Afrique

Publié le 08 octobre 2017 à 17:29 - Mis à jour le 08 octobre 2017 à 17:47

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Depuis six semaines, les réseaux sociaux sont devenus le point de cristallisation de l’opinion publique mauritanienne, après que le Président Aziz aie intensifié sa cabale contre son cousin, le capitaine d’industrie Mohammed Bouamatou, qu’il soupçonne d’avoir torpillé sa réforme constitutionnelle, après que ce dernier aie été le « faiseur de roi » et celui qui a contribué à l’installer au pouvoir. Pas un jour ne passe sans que les mauritaniens ne s’écharpent sur les réseaux sociaux, divisés entre...

Le dernier épisode de la bataille entre les troupes de Aziz et les partisans de Ould Bouamatou sur la toile a donné lieu à une bataille en règle sur le réseau social Facebook ces derniers jours.  Mentane Lemrabott, l'auteure d'un article affirmant que Mohammed Bouamatou aurait été déclaré persona non grata au Maroc -où il est installé depuis six ans- a été lynchée par les soutiens du milliardaire, qui lui ont justement rappelé que sa famille avait bénéficié de soins médicaux payés par ...Ould Bouamatou. La page Facebook de Mentane Lemrabott a ainsi été assaillie de commentaires négatifs , qui se sont de surcroit multipliés après qu'il se soit avéré que l'information est fausse. Selon des sources fiables, cette « fake news » relayée par le site d'information mauritanien Alakhbar au sein duquel officie Lemrabott aurait été téléguidée par le ministre des affaires étrangères, furieux d'une manifestation d'opposants à New York  quelques semaines plus tôt, le 21 septembre, alors que le Président devait participer à l'assemblée générale des Nations Unies. Pour la garde rapprochée de Aziz, seul Ould Bouamatou était en capacité de « monter » une protestation d'une telle envergure, gâchant ainsi la fête onusienne au Président.

Au palais Présidentiel, l'on voit la « main » de Ould Bouamatou partout

Car côté Palais présidentiel, une sorte de « paranoïa » voyant la main de Bouamatou partout semble avoir pris le Président et ses proches. Gage de cette ambiance de suspicion généralisée, la blague qui circule le plus dans les allées du pouvoir de Nouakchott voudrait qu'après avoir trouvé une mouche dans son café, le Président a tôt fait d'accuser Bouamatou de l'avoir envoyée pour l'empoisonner.... De même, des collaborateurs du Président sont régulièrement soupçonnés de « fuiter » des informations en direction de Ould Bouamatou.

Il faut dire que l'année passée a été semblable à un supplice pour le Président, qui a dû s'y reprendre à deux fois pour tenter d'imposer une très controversée réforme constitutionnelle visant à supprimer le Sénat, considérée par les observateurs du dossier comme le premier acte d'une réforme qui vise à « déverrouiller » la limite de mandats présidentiels et ouvrir la voie à sa troisième candidature. Après avoir tenté une première fois à travers le corps législatif, qui a retoqué sa réforme, Aziz a organisé un référendum dont les résultats ont soulevé nombre d'interrogations quant à leur sincérité  . Pour le maître de Nouakchott, l'identité de celui qui a entravé « sa » réforme constitutionnelle ne fait aucun doute: il s'agit de Ould Bouamatou. Durant l'été, la machine présidentielle s'emballe. Un sénateur très populaire, Mohamed Ould Ghadde, opposé à la réforme constitutionnelle, est arrêté, et des dizaines de journalistes sont mis en examen. Il leur est reproché notamment leurs accointances supposées avec le milliardaire Mauritanien, et leur opposition au projet de réforme de la constitution. En parallèle, une ligne de fracture profonde s'installe sur Internet, et les mauritaniens assistent à des joutes verbales sur Facebook et WhatsApp qui deviennent autant d'espaces de défoulement d'une population exaspérée par ce qui ressemble à une chasse aux sorcières.

« Le système marche sur la tête » confie à La Tribune Afrique un haut responsable mauritanien sous couvert d'anonymat, avant de poursuivre « La Mauritanie est construite sur un système tribal extrêmement complexe, fait de solidarités, de retours d'ascenseurs, et de respect pour l'histoire. Certains ont le sentiment que Aziz est en train de mordre la main qui l'a nourrie durant de nombreuses années en s'attaquant ainsi à Ould Boumataou, et cela, beaucoup de mauritaniens ne peuvent l'accepter. Comme ils ne peuvent pas manifester devant le palais présidentiel, ils se lâchent sur la toile et les smartphones, et c'est très violent ».  Autre élément qui explique ce mouvement massif sur la toile mauritanienne, le fait que le mandat de l'actuel Président touche à sa fin (2019), contribue à faire que les uns et les autres essaient de se placer en position favorable auprès de l'opposant exilé. Pour notre source, « les mauritaniens savent que Bouamatou est aussi généreux que rancunier envers ceux qui lui ont manqué, et il fera inévitablement partie de l'équation de 2019, du fait de sa puissance financière et de son influence internationale » En bref, officiellement, les mauritaniens semblent ménager la chèvre et le chou, craignant aujourd'hui Aziz et demain Bouamatou... en attendant, il se lâchent sur Internet.

Une "administration Ould Bouamatou?"

« Bouamatou ne s'exprime jamais publiquement sur son pays, et veille à ne jamais embarrasser le Maroc, où il s'est installé après sa brouille avec le Président. Lorsqu'il est à Marrakech, Bouamatou prend soin de ne jamais se prononcer sur la situation en Mauritanie, et partout lors de ses déplacements, il vante le modèle marocain, qu'il semble admirer » confie un proche du milliardaire à La Tribune Afrique. De manière générale, les mauritaniens, très actifs sur la toile, semblent pour leur majorité prendre fait et cause pour Ould Bouamatou, qu'ils jugent victime d'une vindicte « injuste », et d'une guerre de désinformation conçue par le pouvoir afin d'éliminer le milliardaire. Ne pouvant s'exprimer publiquement pour la plupart d'entre eux, ils ont déplacé leur colère sur les réseaux sociaux.

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Or, aujourd'hui, le pouvoir craint que ce mouvement en partie virtuel ne déborde, et il intensifie la bataille judiciaire contre l'opposant en allant  jusqu'à créer une instance ad hoc chargée d'« administrer les biens issus de crimes financiers et économiques ». Les mauritaniens, parfois taquins, ont tôt fait d'appeler cette nouvelle administration « l'instance Bouamatou », rappelant que le milliardaire disposait déjà d'une rue, d'un hôpital et d'une école à son nom dans la capitale, et qu'il ne lui manquait plus qu'une ...administration.

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