Nous sommes le 21 janvier 2017, sur le tarmac de l'aéroport international Yundum de Banjul. Ce jour-là, au pied du Flacon 900 DX qui l'exfiltre vers la Guinée équatoriale, Yahya Jammeh lance à sa dernière audience : «I'll be back, I'll be back » («Je reviendrai, je reviendrai»), dans une sortie très théâtrale. Depuis l'homme au boubou blanc a-t-il renoncé à ce retour en Gambie, agité en épouvantail au pouvoir d'Adama Barrow ? Comptait-il déposer son successeur comme il l'avait fait avec Dawda Jawara, ce 22 juillet 1994 ?
Difficile de ne pas faire le parallèle entre cette purge entamée par Adama Barrow et ce funeste projet prêté à l'homme à l'éternel boubou blanc. Avec l'aide de la Mission de la CEDEAO en Gambie (MICEGA) qu'il a presque suppliée de prolonger son mandat pour assurer sa sécurité, le nouveau président vient en tout cas de démasquer les auteurs présumés d'une grosse fuite d'informations qui aurait pu compromettre sa sécurité.
Les autorités gambiennes ont annoncé la radiation de sept hauts gradés de l'armée. Mais que reproche-t-on aux généraux-majors Karamba Jammeh, Alieu Sowe, Kebba Gibba, Lamin Manneh, Gibril Jammeh et aux capitaines Sulayman Jammeh et Abdoulie Badjie ?
Ces officiers de l'armée sont soupçonnés d'avoir fourni des «informations sensibles» à Yahya Jammeh, exilé en Guinée équatoriale après une crise post-électorale hitchcockienne. Les officiers qui se verront arracher leurs galons vont sans doute rejoindre sept autres militaires, arrêtés en juillet et accusés d'avoir fomenté une tentative de mutinerie. Mi-juillet, le commandant de la MICEGA, le colonel sénégalais Magatte Ndiaye avait fait une annonce qui avait provoqué l'effroi en Gambie.
«Des officiers de haut rang de l'armée qui ont fui avec l'ancien président ont maintenu des contacts avec des éléments hostiles au sein des forces de sécurité́ gambiennes encore en service actif», avait lancé le colonel sénégalais. Il ajoute dans une phrase qui convoque les démons d'un passé que la nouvelle Gambie pensait révolu, «si l'on ajoute l'influence de l'extérieur à l'opération de l'intérieur, on voit qu'il y a beaucoup de forces négatives qui conspirent à rendre ce pays ingouvernable».
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Pour autant, Adama Barrow a-t-il échappé à un coup d'Etat ? Dans une ambiance délétère de méfiance, la MICEGA a-t-elle instrumentalisé la proximité des officiers avec Jammeh afin de mettre de l'ordre dans l'armée avant son retrait ? Difficile de trancher la question. Mais la présence force de la CEDEAO -en majorité composée de soldats sénégalais- dont le mandat ne cesse d'être prolongé, suscite l'opposition notamment à Kanilai.
À lire également
Dans ce village natal de Yahya Jammeh, des hommes armés mènent la «résistance» contre la présence de ce qu'ils qualifient de «force d'occupation». En juin dernier, des affrontements les opposant aux soldats de la MICEGA s'étaient soldés par plusieurs blessés. A moins que cette agitation ne soit une préparation à un retour de l'ex-homme fort du pays.
En Côte d’Ivoire, l’économie peut-elle supporter le coup politique ?
A Rabat, l'économie au coeur des échanges entre Mohammed VI et l'Alliance des Etats du Sahel
« Les partenariats conclus avec la France placent le Maroc comme corridor unique entre l’Afrique et l’Europe »
Macron à Rabat ou comment le partenariat France-Maroc peut « inspirer » la coopération Europe-Afrique