L'Algérie a-t-elle eu recours au « profilage ethnique », cette technique d'identification au faciès d'un groupe ethnique, pour expulser des migrants subsahariens ? L'accusation est lourde, mais pour l'ONG Amnesty International qui dénonce des « arrestations arbitraires » et des expulsions massives et « illégales », réponse est sans doute affirmative.
Dans un communiqué incendiaire, l'ONG britannique dénonce l'expulsion de plus de 2000 migrants subsahariens débutée le 22 septembre dernier, le plus souvent en ayant recours à un « profilage ethnique », sans vérification de leur identité ni leur situation de séjour.
Plusieurs de ces personnes refoulées, issus du Niger, de la Guinée, du Burkina Faso et du Benin ont été arrêtées à Alger avant d'être conduites par bus, de nuit vers Tamanrasset (sud) pour être débarquées de l'autre côté de la frontière avec le Niger. Certaines, dont des mineurs et des femmes, ont dû marcher « plus de six heures dans le désert » pour atteindre la ville la plus proche.
« Ce profilage ethnique et l'ampleur des arrestations arbitraires et des expulsions massives et sommaires ces dernières semaines témoignent de l'attitude discriminatoire des autorités algériennes à l'égard des migrants d'Afrique subsaharienne. Elles doivent de toute urgence mettre un terme à ces arrestations et expulsions illégale », complète-t-elle.
Pour l'heure, l'Algérie n'a pas encore réagi aux accusations de l'ONG britannique. Depuis Kigali au Rwanda où il participait, le 20 octobre 2017 à la 2e réunion de l'Union Africaine (UA) consacrée à la migration, Tayeb Louh, le ministre algérien de la Justice, a eu comme une réponse prémonitoire au communiqué.
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Et pourtant, malgré cette déclaration de bonne intention, l'Algérie est régulièrement épinglée pour ses expulsions jugées « arbitraires » par les défenseurs des droits de l'Homme, si ce n'est pour des déclarations à l'emporte-pièce et sans tact diplomatique des plus hauts commis de l'Etat. En juillet dernier, sous une levée de boucliers des associations algériennes, Ahmed Ouyahia, le directeur de cabinet du président indexait déjà « ces étrangers en séjour irrégulier [qui] amènent le crime, la drogue et plusieurs autres fléaux » en Algérie.
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'avec cette nouvelle vague d'expulsions, l'Algérie récidive dans les reconduites massives à la frontière. Rien qu'en août dernier, près de 1.000 migrants, Nigériens pour la plupart, ont été expulsés selon les mêmes scénarios. L'expulsion sans véritable explication de 1.500 migrants subsahariens en décembre 2016 avait poussé le Mali -dont plusieurs ressortissants avaient fait part de brutalités policières-,à réclamer l'ouverture d'une enquête.
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Le plus sidérant dans ces expulsions de subsahariens par l'Algérie est la « froideur » et le silence interrogateur, à la limite coupable des pays dont les ressortissants expulsés sont issus. Aucun mot de condamnation encore moins une réaction des diplomates en poste à Alger. Mutisme également au niveau des instances continentales notamment l'Union africaine qui hésite à réagir face ce pays d'Afrique qui expulse des fils d'Afrique en violation de leurs droits les plus élémentaires.
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