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Addis-Abeba rassure : le Barrage de la Renaissance sera bénéfique pour tous !

Photo de Mounir El Figuigui

Emmanuel Atcha

Publié le 07 décembre 2017 à 16:22 - Mis à jour le 07 décembre 2017 à 16:26

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Après les inquiétudes montent du côté de l'Egypte sur la mise en eau prochaine du Grand barrage éthiopien de la Renaissance, les autorités d'Addis-Abeba assurent que le Grand barrage éthiopien de la Renaissance sera bénéfique autant pour l'Ethiopie qu'aux autres pays en aval comme l'Egypte et le Soudan et appellent à un dialogue dépasser les tensions qui ont accompagné la décision de construire ce méga-projet.

L'Ethiopie veut éviter d'entrer en conflit avec l'Egypte sur son projet de méga-barrage de 6 450 mégawatts sur le Nil. Le weekend dernier, alors que les tensions sur le Grand barrage éthiopien de la Renaissance (GERD) ont engendré des échanges peu cordiaux entre de hauts responsables éthiopiens et égyptiens, suscitant la crainte d'une crise politique entre les deux pays africains, le ministre éthiopien de l'Eau, de l'irrigation et de l'électricité, Sileshi Bekele, a indiqué qu'il fallait un dialogue entre les deux parties.

Bekele a souligné qu'il y aurait peu de compréhension en Egypte sur les atouts que présente le projet construit sur le Nil Bleu. «Le barrage hydroélectrique réduira l'envasement et les inondations qui affectent gravement les barrages hydroélectriques dans les pays en aval comme l'Egypte et le Soudan en régulant le débit d'eau», a expliqué le ministre dans une déclaration à l'agence de presse Xinhua. Sileshi Bekele a laissé entendre que le Soudan dépense à lui tout seul en moyenne 50 millions de dollars par an pour enlever le limon de ses barrages.

Au-delà de l'avantage que le GERD apportera aux divers pays impliqués, l'Ethiopie estime être en droit de profiter de l'eau du Nil comme elle l'entend. Le ministre Bekele a précisé que le projet du GERD entre aussi dans le cadre du désir de l'Ethiopie d'utiliser «équitablement» l'eau du Nil pour maintenir sa croissance économique. L'Ethiopie construit le barrage afin d'exploiter l'énergie pour l'intégration économique régionale, en particulier de l'Afrique du Nord-Est, a ajouté le ministre éthiopien l'Eau.

Des enjeux économiques, mais aussi politiques

Le projet du barrage de la Renaissance répond à des enjeux à la fois économiques, historiques et politiques. Pour Deresse Ayenachew, chercheur en histoire à l'université de Debre Berhan à Addis-Abeba, avec ce barrage sur le Nil, l'Ethiopie deviendra une puissance régionale, étant donné que ce projet est la pièce-maîtresse du Plan quinquennal pour la croissance et la transformation du pays, exécuté par le gouvernement. « Avec une industrie représentant 18 % du PIB, contre 42% pour l'agriculture, la production d'énergie et l'apport de devises sont au cœur du projet national. Non seulement le barrage amorcerait un bond économique sans précédent pour le pays, mais il pourrait aussi mettre un terme à l'image éculée d'une Éthiopie en proie à la famine et la pauvreté », avance l'universitaire.

«Avec le Nil Bleu qui prend sa source au lac Tana, l'Éthiopie fournit plus de 80 % des eaux du fleuve. Le reste de la crue globale provient essentiellement du Nil Blanc, qui trouve sa source en Ouganda). L'enjeu, de prime abord, est économique. Moyennant paiement, les autorités éthiopiennes entendent approvisionner l'ensemble des pays de l'Est africain», ajoute-t-il.

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Pour l'historien, les tensions entre l'Ethiopie et l'Egypte remontent à des siècles : «Au XVe siècle avant J.-C., les Pharaons sont déjà à la recherche des sources du Nil, qu'ils croient contrôlées par les dieux de Pount, l'actuel nord éthiopien. Au XVIIe siècle, à la suite des géographes grecs qui tentaient de les situer, c'est au tour du prêtre portugais Jeronimo Lobo de localiser les sources du Nil en Éthiopie. L'Écossais James Bruce le confirme un siècle plus tard. Alors, à la fin du XIXe siècle, l'Égypte du khédive Ismaïl Pacha déclare la guerre à l'Éthiopie pour le contrôle des sources du Nil. Il essuie deux défaites consécutives en 1875 et 1876», rappelle Deresse Ayenachew.

Selon lui, l'histoire changera de cours avec l'arrivée des Britanniques qui attribueront en 1929 (confirmé en 1959) les deux tiers de l'exploitation des eaux du fleuve à l'Égypte, le reste au Soudan. C'est ainsi que l'Ethiopie, grande perdante de ce partage «hydro-politique», ne va jamais se taire.

En 2010, le pays invite l'Ouganda, la Tanzanie et le Rwanda à signer un traité qui autorise la construction de barrages hydrauliques en amont du Nil. Une alliance à laquelle le Burundi et le Kenya ne vont pas tarder se joindre alors que le Soudan et le Sud-Soudan y sont aussi de plus en plus favorables. «Quant à l'Égypte, elle a pour l'instant quitté la table des négociations. Ainsi Le Caire a perdu un droit de veto qu'il pensait incontestable, la construction du Barrage de la Renaissance est avalisée et l'Éthiopie s'est imposée comme le nouveau leader de la gouvernance du Nil», conclut l'universitaire.

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Ainsi l'Egypte revendique un droit historique alors que l'Ethiopie parle d'un droit naturel. Cette «incompréhension» entre l'Ethiopie et l'Egypte risque d'aller très loin si ce n'est pas le cas déjà. Ministre égyptien des Affaires étrangères à l'époque, l'ancien secrétaire général de l'ONU, Boutros Boutros-Ghali avait averti en 1987 en parlant de «la prochaine guerre dans la région sur les eaux du Nil».

Emmanuel Atcha

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