Gabon : la Cour constitutionnelle dissout l'Assemblée et fait tomber le gouvernement

Emmanuel Issoze Ngondet Ali Bongo Gabon
DR.

Emmanuel Issoze Ngondet Ali Bongo Gabon
DR.
Insoupçonnée décision de la Cour constitutionnelle gabonaise qui vient de provoquer un véritable choc dans la sphère politique de ce pays d'Afrique centrale. Alors que les élections législatives auraient dû se tenir le 30 avril dernier après deux reports depuis décembre 2016, date à laquelle elles devaient à l'origine, se ternir, l'institution a prononcé la dissolution de l'Assemblée nationale arguant qu'elle avait terminé son mandat, et était devenue illégitime.
«Les pouvoirs de l'Assemblée nationale prennent fin dès la notification de la présente décision aux autorités publiques, dont le président de l'Assemblée nationale. Dans le souci d'assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le pouvoir législatif sera représenté par le Sénat», a sèchement annoncé une décision rendue par la Cour constitutionnelle avec à sa tête, la présidente Madeleine Mborantsuo.
Selon l'institution, il est impossible pour les députés gabonais de continuer de siéger en tant que tel alors que leur mandat est épuisé depuis deux ans.
Pour l'organisation des élections législatives devant permettre de réformer l'Assemblée, la Cour constitutionnelle ne veut pas du gouvernement actuel dont elle a exigé la démission, lui reprochant d'avoir montré son incapacité à organiser les élections.
«Force est de constater que le gouvernement n'a pas pu accomplir les missions qui lui sont dévolues, notamment la révision de la liste électorale depuis 2017 et la mise en place du Centre gabonais des élections depuis janvier 2018 », a indiqué Madeleine Mborantsuo, citée par l'AFP.
Ce mardi, l'Exécutif s'est empressé de répondre favorablement à l'exigence de la Cour en remettant sa démission au chef de l'Etat.
Prochaine étape, avait prévenu la Cour, le président gabonais Ali Bongo Ondimba doit nommer un gouvernement de transition qui ne répondra que devant lui, dont la mission spécifique sera d'organiser les élections législatives. Cette nouvelle équipe gouvernementale une fois sa mission accomplie, devra aussi démissionner, a précisé la présidente de l'instance suprême du Gabon.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Si l'opposition au régime de Libreville a salué la démarche de la Cour constitutionnelle, elle reste tout de même inquiète quant à l'attribution des pouvoirs de l'Assemblée au Sénat.
«Pour une fois, la Cour constitutionnelle est allée dans la bonne direction. C'est ce qu'il fallait faire, mais de toute façon, elle ne pouvait pas faire autrement», a déclaré David Mabdinga, le porte-parole de la coalition des 41 partis de l'opposition, cité par RFI.
Celui-ci s'est ensuite dit surpris par le fait que la Cour puisse conférer les prérogatives de l'Assemblée au Sénat car, justifie-t-il, «le Sénat est une émanation des collectivités locales, ses membres sont élus au suffrage indirect, alors que l'Assemblée nationale est une émanation du peuple parce que ses membres sont élus au suffrage universel direct».
À lire également
Pour lui, le chef de l'Etat gabonais doit «constater cette crise grave» et «tirer les leçons de cette situation assez grave pour que la classe politique nationale, toutes tendances confondues, puisse se retrouver pour analyser la situation et prendre les décisions qui s'imposent pour sortir de l'ornière».
En Côte d’Ivoire, l’économie peut-elle supporter le coup politique ?
A Rabat, l'économie au coeur des échanges entre Mohammed VI et l'Alliance des Etats du Sahel
« Les partenariats conclus avec la France placent le Maroc comme corridor unique entre l’Afrique et l’Europe »
Macron à Rabat ou comment le partenariat France-Maroc peut « inspirer » la coopération Europe-Afrique