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Avant Ali Bongo, ces chefs d'Etat africains soignés au Maroc

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 30 novembre 2018 à 08:30 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:14

Ali Bongo Gabon

Ali Bongo Gabon

Reuters

Le Quotidien Numérique

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La convalescence d’Ali Bongo va se poursuivre à Rabat au Maroc. Le président gabonais est loin d’être un cas isolé. Bien avant lui, certains chefs d’Etat du Continent ont choisi de confier leur santé à des établissements du royaume chérifien dans lequel on loue la qualité des soins et du plateau médical. Retour sur ces dirigeants qui ont choisi de faire confiance aux blouses blanches marocaines.

Rabat plutôt que Londres, un temps évoqué. Sur invitation de son «frère» Mohammed VI, le roi du Maroc, la famille Bongo a choisi le royaume chérifien comme lieu de convalescence pour le président gabonais.

Les relations étroites et anciennes entre la famille royale et les Bongo, qui remontent à une amitié Hassan II et Omar Bongo, entretenues par leurs fils aînés, ont beaucoup pesé dans ce transfert. Pourtant, le cas d'Ali Bongo est loin d'être un cas isolé. Bien avant lui, certains présidents du Continent ont juré par les bistouris et les stéthoscopes marocains. Des présidents africains aux ambassadeurs, en passant par des stars culturelles ou footballistiques jusqu'au plus petit fonctionnaire, le Maroc est une destination médicale de choix. Pourquoi un tel engouement ?

«La question est à articuler autour des relations historiques, culturelles et diplomatiques -géopolitiques du Maroc et de l'Afrique au sud du Sahara. Celles-ci se caractérisent par l'hospitalité marocaine ancienne à l' endroit de cette partie de l'Afrique et la discrétion ou la confidentialité de cet acte hospitalier et ses prolongements diplomatiques», analyse un universitaire marocain ayant requis l'anonymat. Une destination médicale prisée pour la qualité de son plateau médical et de ses prestations médicales qui a fini de convaincre les chefs d'Etat ? Pas seulement.

«La protection sécuritaire personnalisée qui doit impérativement entourer l'hospitalisation de ces chefs, la sécurisation, dans leur de pays d'origine, de la durée de leur hospitalisation, le caractère performant des compétences reconnues internationalement de la médecine civile et militaire marocaine, y compris l'excellence avérée des infrastructures médicales relatives aux différentes spécialités», cite encore notre source. «Bien naturellement, ces considérations ne devraient pas être dissociées de l'implication de facteurs diplomatiques et géostratégiques dans l'accueil médicalisé de nombreux chefs d'Etat africains au Maroc», reconnaît encore l'universitaire.

Que les choix soient guidés par l'«excellence médicale» du Maroc ou par des accointances diplomatico-personnelles, d'autres chefs d'Etat avant Ali Bongo ont fait le choix du Maroc pour des soins parfois à des moments critiques. Sans exhaustivité, en voici quelques-uns.

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IBK, «un malaise vagal» pris en charge dans la ville ocre

Nous sommes le 14 novembre 2016 à Marrakech. Dans la ville ocre du Maroc qui accueille la COP22, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) est déjà présent depuis deux jours pour cette grand-messe sur le climat. Entre son arrivée et la conférence des chefs d'Etat prévue le 15 novembre, le locataire du Palais de Koulouba s'autorise même de recevoir en audience privée. Mais le président malien sera le grand absent de la grande rencontre au sommet.

La veille, le président est frappé d'un «malaise vagal», une perte de connaissance rapide due à une accumulation de fatigue dans sa suite du Royal Palm de Marrakech. Mais plutôt que l'évacuation vers un hôpital parisien où il a ses habitudes, le président malien est interné à la Clinique internationale de Marrakech où son médecin personnel veille au grain. Après 24 heures de repos, IBK réapparaît le 16 novembre suivant au Palais des congrès de Marrakech, pour participer à Africa Action Summit, la «COP africaine».

Sékouba Konaté, le Maroc comme deuxième demeure

Le «Tigre» connait bien le Maroc, un pays qui a été comme une seconde demeure pour lui. Même s'il a été aujourd'hui poussé, sans délicatesse, à le quitter, sur insistance des autorités guinéennes, pour la France, l'ancien président par intérim de la Guinée se souviendra de ses années à l'Académie royale militaire de Meknès où il fut formé. Tout comme il se rappellera son exil dans sa villa luxueuse de Hay Riad à Rabat et de son séjour dans un hôtel de Casablanca après avoir cédé le trône du Palais de Sékhoutouréya à Alpha Condé. Mais la villégiature de l'ancien président de la transition est aussi médicale.

Ses allers-retours sont fréquents entre Conakry et Rabat ou Casablanca où il vient se faire suivre par les médecins militaires du Royaume. Tout comme Moussa Dadis Camara, chef de la junte au pouvoir, dont il est le ministre de la Défense puis le remplaçant intérim, le général Sékouba Konaté apprécie la qualité des soins prodigués au Maroc. Le 8 septembre 2010, un peu plus d'une semaine avant le second tour de la présidentielle, le général-président se rend à l'Hôpital militaire de Casablanca où il est soigné.

Un temps annoncé par la suite au Sénégal pour des soins, Sékouba Konaté déjoue la rumeur en se promenant en boubou dans les rues de Kaloum, dans la capitale. Et pourtant, alors que les résultats du second tour se faisaient attendre, le président par intérim se rend à nouveau en novembre 2010 au Maroc, cette fois-ci à l'Hôpital militaire de Rabat où son problème de foie a été pris en charge. Il rentre juste à temps pour parachever son œuvre de rendre le pouvoir aux civils.

Moussa Dadis Camara, sauvé de justesse par les bistouris marocains

Ce 4 décembre 2009, au fil des informations qui filtrent à travers la presse internationale, les Guinéens semblent se résoudre à croire à une mort cachée de leur président autoproclamé. Mais Moussa Dadis Camara a plusieurs vies. L'une d'elles l'a miraculeusement sauvé.

La vieille, le 3 décembre 2009 au Camp Koundara de Kaloum, peu avant 18 heures, le président autoproclamé de la Guinée reçoit deux balles tirées à bout portant par son aide de camp Toumba Diakité. L'une le blesse au cou, l'autre à l'épaule. Il aura fallu que ses gardes du corps se forment en bouclier humain pour que le capitaine, gisant inerte dans une mare de sang, soit sauvé du reste du chargeur de l'arme du chef de la garde républicaine. D'abord transporté à l'Hôpital du camp militaire Samory Touré, puis au camp de Yimbaya, Moussa Dadis Camara n'y reçoit que des premiers soins.

Un avion médicalisé, accompagné d'une demi-douzaine de médecins, affrété par le président sénégalais Abdoulaye Wade, est refusé pour une évacuation à Dakar. Finalement, un avion classique décolle le 4 décembre 2009 en fin de matinée pour le transporter à Rabat au Maroc. Moussa Dadis Camara est admis le même jour à l'Hôpital militaire Mohammed V de la capitale marocaine dans un état «difficile, mais pas désespéré».

Loin de l'angoisse à Conakry, les bistouris militaires marocains le remettent sur pied quelques semaines plus tard. Mais c'est également dans la capitale chérifienne que son sort est scellé dans des négociations franco-américaines avec son ministre de la Défense, Sékouba Konaté, devenu président par intérim. Lorsqu'il se remet sur pied, c'est dans l'avion qui le transporte qu'on lui apprend qu'il ne se rendra pas en Guinée, mais au Burkina où il vit toujours en exil.

Hassan II, le roi qui refusait de se faire soigner à l'étranger

Depuis sa mort ce 23 juillet 1999 à 16h30, le roi Hassan II a laissé derrière lui l'image presque indélébile de ce chef d'Etat qui refusait d'aller se faire soigner à l'étranger. Une façon de promouvoir l'excellence médicale locale ou de jeter un voile pudique sur sa maladie découverte en 1992, soit sept ans avant qu'il ne s'éteigne ? On ne le saura peut-être jamais.

A cheval sur la diplomatie et les relations personnelles, les demandes des pays arabes ou occidentaux pour soigner le patient royal se heurtent au «non» d'un roi qui préférait se faire soigner chez lui. Sans doute avait-il à l'esprit la longue agonie du roi Hussein de Jordanie, foudroyé par un cancer des ganglions lymphatiques qui l'a obligé à d'incessants allers-retours entre la clinique Mayo de Rochester aux Etats-Unis et la cité médicale d'Amman.

Hormis son hospitalisation dans un établissement spécialisé de New York pour «une infection respiratoire aiguë» alors qu'il participe au sommet du cinquantenaire de l'ONU, Hassan II s'est toujours fait suivre par des médecins marocains et étrangers, mais à domicile. Quand ce n'était pas à la clinique du Palais royal de Rabat, Hassan II se faisait soigner à l'Hôpital Avicenne de la capitale marocaine. C'est d'ailleurs là qu'il a rendu l'âme, ce vendredi 23 juillet 1999, après y avoir été transporté dans un état de coma dépassé.

Mobutu Sese Seko, Rabat comme dernière demeure

13 septembre 1997. Dans une discrétion qui tranche avec l'exubérance de son exercice au pouvoir, le maréchal Mobutu Sese Seko est enterré, une semaine après son décès, le 7 septembre, dans le cimetière européen de Rabat. C'est dans la capitale marocaine que celui qui aura régné pendant 31 ans sur le Zaïre a finalement trouvé refuge, après avoir trouvé porte close dans presque toutes les capitales contactées pour l'accueillir.

Quelques jours plutôt, son errance l'avait conduit à quitter un vendredi de mai 1997 Kinshasa aux portes de laquelle l'acculent les Kadogos (enfants-soldats) AFDL de Laurent Désiré Kabila. Direction Gbadolite, son fief, d'où il s'envole pour Lomé où consent à l'accueillir le président Gnassingbé Eyadema. Il y reste cinq jours avant d'embarquer à nouveau pour Rabat où il arrive le 23 mai 1997.

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Amoindri et fatigué par son itinérance de survie, le «Léopard du Zaïre» est attaqué par son cancer de la prostate, diagnostiqué dès 1989, mais qu'il a négligé de soigner correctement. Il est finalement admis à l'Hôpital militaire de Rabat pour une opération. Pendant les semaines qui ont suivi, les derniers fidèles s'enquièrent de sa situation. Loin de Kawele, sa luxueuse résidence au cœur de la forêt équatoriale qu'il a quittée depuis 4 mois, le maréchal souffre. Il s'éteint à 66 ans, le 7 septembre 1997.

Ibrahima Bayo Jr.

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