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Parole de nos experts : ce qu'ils retiennent de 2018 et ce que 2019 promet à l'Afrique

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 01 janvier 2019 à 07:34 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:08

Paroles d'experts

Paroles d'experts

LTA (DR)

Le Quotidien Numérique

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La fin de l'année 2018 annonce le début d'une nouvelle année. L'année qui s'est écoulée nous a tenu en haleine avec ses rebondissements et ses attentes déçues. Elle pourrait faire déborder ses conséquences sur l'année 2019. Celle-ci ne manquera pas d'apporter son lot de surprises."La Tribune Afrique" laisse la parole aux experts qui décryptent l'actualité au quotidien avec leurs analyses, leurs projections, parfois leurs convictions certaines. Ils vous livrent ici leur résumé de l'année 2018 et leurs...

Au quotidien, ils ont éclairé les ressorts de l'actualité politique, économique, financière pour La Tribune Afrique. Au bout du fil ou en marge de rencontres plus ou moins formelles, ils ont livré leur analyse sur un dossier ou sur des sujets plus généraux qui touchent le Continent. Nous avons recontacté les experts que nous avons cité dans nos articles en 2018. Ces derniers ont accepté de regarder le rétroviseur 2018 et de se projeter sur la route 2019 que l'Afrique, comme le reste du monde, s'apprête à emprunter.

2018, le rôle central des femmes, 2019, l'année des sociétés civiles

Régis Hounkpè, le directeur exécutif d'InterGlobe Conseil, un cabinet spécialisé en géopolitique, coopération internationale, stratégie d'influence et communication politique, voit plus une année qui a consacré la naissance de leaders patriotiques, modèles de panafricanisme.

«2018 fut une année autant à crédit qu'à débit sur le plan des avancées politiques et économiques en Afrique. Il faut souligner l'émergence de leaders patriotiques au Ghana ou au Rwanda mais aussi en Éthiopie avec des rôles centraux pour des femmes exceptionnelles. Dans certains pays africains, les espaces démocratiques se réduisent avec des dirigeants ne souhaitant pas organiser des transitions paisibles»

Quid de la nouvelle année pour l'Afrique?«2019 sera, à n'en point douter, l'année des sociétés civiles investies dans le champ politique, des organisations de jeunesse et des usages intensifiés du numérique pour créer de la valeur ajoutée et des modèles économiques autonomes»

Une Afrique économiquement performante mais vulnérable au changement climatique

Guy Gweth est le fondateur du Centre Africain de veille et d'intelligence économique (CAVIE). L'entrepreneur camerounais, spécialiste d'intelligence économique et de due diligence voit dans le rétroviseur 2018 une Afrique forte sur le plan économique, dans le creux de la vague de la guerre économique sino-américaine. Ce responsable dans le Doing Business Africa pense que le Continent doit être mieux préparé aux aléas du climat, le prochain défi de l'Afrique.

«Avec un peu plus de 3% de croissance en 2018, l'Afrique ‎est restée la deuxième région la plus performante au monde. La sensibilité de cette performance est la rareté des emplois de qualité qui n'est pas pour favoriser la stabilité politique et apaiser le climat social dans plusieurs pays.»

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«En 2019, la guerre commerciale américano-chinoise devrait pousser la Chine à inonder davantage les marchés africains de produits à bas prix devant l'interdiction d'accès aux États-Unis. La balance commerciale de nombreux pays africains devrait s'en ressentir, à moins de se lancer dans un protectionnisme tous azimuts. Une guerre économique mondiale est à nos portes», pense-t-il.

"Les mois qui nous séparent de 2020 vont sans doute montrer, de façon spectaculaire, à quel point l'Afrique est exposée au réchauffement climatique. Cela permettra à certains dirigeants, parmi les moins actifs, de se réveiller notamment sur les questions d'économie d'énergie, ainsi que l'exigence de nouveaux modes de vie en Afrique."

2018, l'année de la Chine en attendant la rupture en 2019

Pour Mamadou Ibrahima Fall, conseiller en  diplomatie multilatérale, négociation internationale et prise de décisions, l'année 2018 doit être célébrée comme celle d'une rencontre plus affirmée entre le Continent et la Chine.

«L'année 2018 s'achève et avec elle on tire l'une des évolutions majeures de la dernière décennie, dont nous n'avons pas totalement mesuré la portée: la Chine est devenue le premier partenaire du continent africain : le pays le plus peuplé au monde rencontre le continent-clé du 21ème siècle dans un contexte où la situation économique et sociale reste bloquée, pour le malheur d'une jeunesse nombreuse et diplômée malgré des taux de croissances qualifiés satisfaisants par seulement les institutions de Breton Woods. On retient encore pour 2018 quand les populations souffrent, le FMI, la Banque Mondiale et les dirigeants africains parlent de dynamisme économique»,écrit-il.«Sur le registre sécuritaire, l'islamisme radical fabriqué par l'occident monte dans beaucoup de pays où l'avenir de milliers de jeunes semble sombre. Il est baptisé la nouvelle menace djihadiste et est loin d'avoir disparu au Sahel comme le rappelle les récents affrontements au Mali et avec l'engagement militaire renouvelé de la France au côté du G5 Sahel (Tchad, Burkina Faso, Mali, Niger et Mauritanie). Ailleurs on peine à organiser des élections libres, transparentes et démocratiques ( c'est le cas en RDC et au Sénégal ). L'Etat de droit est affaibli et dans beaucoup de pays on assiste à une justice aux ordres de l'exécutif», poursuit-il.

2019 s'annonce avec le même son de cloche : l'influence chinoise en Afrique devenue un fait géopolitique majeur. Mais si la Chine est aussi forte en Afrique, l'Afrique plus prompte à tourner vers de meilleures perspectives avec la Chine en 2019 c'est d'abord parce que ses partenaires traditionnels n'avons pas su nouer, avec ce continent, des relations postcoloniales constructives, équitables et durables dans l'intérêt supérieur des peuples du continent africain .La démocratie recule partout en Afrique et est aujourd'hui soumise aux règles spéculatives du "marché" et à la "bourse" . Peut-être est-il temps de changer notre regard sur nos relations et aux autres de changer leur regard sur l'Afrique, avant de découvrir qu'elle s'est bel et bien choisie de nouveaux amis.

Cependant, il est toujours possible de définir sa propre histoire. 2019 peut aussi porter l'espoir d'une nouvelle génération de jeunes leaders émergents avec un discours très proche à leurs peuples. 2019 sera pour l'Afrique ce que l'Afrique amorcera comme rupture . Une Afrique avec une nouvelle génération de décideurs, de jeunes leaders, d'hommes et de femmes d'affaires, de jeunes entrepreneurs, tous debout pour gagner la bataille du développement dans tous les secteurs est possible.

Osons envoyer de nouveaux signaux, de nouvelles images à travers lesquels , on vit l'Afrique qui reflète nos rêves, nos talents, nos efforts et aspirations démocratiques. L'Afrique des "Grands Hommes", à l'exemple de Nelson Mandela , de Thomas Sankara ou de Abdoulaye Wade: l'Afrique introspective, émergente, exigeante en elle-même, gagnante, innovante, prospère, stable et compétitive, mais aussi consciente de ses faiblesses et défis, estime notre expert.

Conservatisme électorale Vs consolidation de la démocratie participative

La série de rendez-vous électoraux  aura vu le président sortant, Ibrahim Boubakar Keita, être réélu pour un second mandat. Au Zimbabwe, le successeur de Robert Mugabe, en la personne d'Emerson Mnangagwa ne change pas fondamentalement l'ancrage du ZANU-PF au pouvoir depuis l'indépendance en 1980. Au Cameroun en octobre 2018, le président Paul Biya aura réussi le tour de force de se faire réélire pour un septième mandat.

Emmanuel Dupuy, le président de l'Institut de Prospective et de Sécurité en Europe (IPSE) y voit une «relative fragilité de l'ancrage de la démocratie sur le Continent». Plus récemment à Madagascar, où le second tour s'est déroulé le 23 décembre dernier, aura confirmé le retour en grâce d'Andry Rajoelina. Le vote tant attendu, tant repoussé et désormais tant fébrile, en RDC, du 30 décembre 2018, vient corroborer cette analyse.

«Largement médiatisées, notamment, au niveau des médias occidentaux, ces élections auront démontré, une fois de plus, que les constitutions africaines, le plus souvent, "toilettées" à dessein pour maintenir les tenants du pouvoir aux affaires, sont davantage des facteurs de conservatisme que des vecteurs de cohésion et de progrès sociétaux et sociaux». Emmanuel Dupuy.

«Gageons que l'année 2019, à l'aune des élections présidentielles à venir au Sénégal et au Nigéria, en février prochain, puisse permettre de considérer les constitutions et leurs adaptations comme des formidables occasions de revisiter le pacte social des pays concernés. Il en va, non seulement, d'un arrimage institutionnel fragile à pérenniser, mais aussi, d'une conception locale et appropriée de la démocratie participative, qui reconnaîtrait dans le même élan, le caractère structurant de l'intérêt national et de la souveraineté citoyenne.», estime notre expert.

«La redécouverte de la Nation, sur les continent africain, devrait avoir également l'insigne avantage de mettre en exergue l'importance structurante de la construction - consolidation de la dimension régionale, à travers, notamment, le renforcement et la coopération aux niveau des huit Communauté économiques régionales (CER). Le sommet conjoint CEDEAO - CEEAC, tenu, à Lomé, au Togo, les 30 et 31 juillet derniers est venu confirmer l'importance égale des notions de solidarité et de subsidiarité.»

Puisse cette année nouvelle qui pointe son nez, être également celle de la maturité pan-africaine, en espérant que la Zone de Libre Echange Continentale (ZLEC) lancée à Kigali, en mars dernier, puisse dépasser le cadre quelque peu étriquée des seuls quatre états qui l'ont ratifié pour l'heure ! Il en manque toujours 18 pour que la ZLEC puisse renforcer , d'ici 2022, le commerce intra-africain, qui, avec un taux de 16%, apparait encore lilliputien.»

«Il en va, aussi, de la nécessité que l'Afrique puisse trouver toute sa place dans le système multilatéral, notamment au niveau des Nations Unies, tout comme au sein d'autres organisations intergouvernementales (OIG), à l'instar du G20 ou des systèmes périphériques aux pays émergents ( a travers, les nouveaux formats Brics + et Brics ++). Ce ne serait in fine que justice, eu égard à l'importance du poids démographique, énergétique, environnemental, stratégique de l'Afrique.»

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«Bref, que les 54 états qui composent désormais l'Union Africaine (depuis le 31 janvier 2017 avec le retour du Maroc) puissent, enfin, montrer leur pleine maturité sur des dossiers emblématiques que sont les migrations, la lutte contre le terrorisme, la piraterie et la grande criminalité, tout en considérant la limite de l'approche exclusivement sécuritaire pour y faire face. Ce sera là, avec le dossier de l'autonomie financière de l'UA, les premiers points à l'agenda du président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, qui succédera au président rwandais, Paul Kagamé, à la présidence annuelle de l'UA, le 1er janvier 2019»

Ibrahima Bayo Jr.

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