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Soudan : pendant que la communauté internationale paraît embarrassée, l’UA dénonce un coup de force

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 13 avril 2019 à 06:00 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:10

Moussa Faki Mahamat

Moussa Faki Mahamat

DR

Le Quotidien Numérique

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Alors que la communauté internationale se montre toujours embarrassée sur l’évolution de la situation politique au Soudan, l’Union africaine (UA) a estimé que le contrôle du pouvoir par l'armée n'est pas la réponse appropriée aux défis auxquels le pays est confronté et aux aspirations de sa population. Dans une déclaration du président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, l’UA appelle à un dialogue inclusif entre toutes les parties prenantes et un retour rapide à l’ordre constitutionnel.

Alors que les Soudanais viennent de passer ce vendredi 12 avril, leur première nuit sans Omar El Béchir depuis trente ans, la communauté internationale commence à se prononcer prudemment sur situation dans le pays qui reste toujours pleine d'incertitude. Le Conseil national de transition a annoncé ses premières mesures d'urgences qui ne rassurent visiblement pas les manifestants, et dans une déclaration rendue publique le jeudi 11 avril, le président de la Commission de l'Union Africaine (UA), a fait part de la position de principe de l'organisation. «Le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, suit de près l'évolution de la situation au Soudan, en particulier l'annonce par le premier vice-président et ministre de la Défense, le général Awad Ibn Auf, de la suspension de la constitution, de la dissolution de l'Assemblée nationale, de la formation d'un Gouvernement de transition dirigé par l'armée qui gouvernera la pays pendant deux ans et de l'arrestation du Président Omar al-Bashir, ainsi que l'imposition de l'état d'urgence pendant trois mois», lit-on dans la déclaration dans laquelle, Moussa Mahamat a également exprimé « la conviction de l'Union africaine que la prise du pouvoir par l'armée n'est pas la réponse appropriée aux défis auxquels le Soudan est confronté et aux aspirations de sa population ».

«Le Président de la commission rappelle la Déclaration de Lomé de 2000 sur les changements anticonstitutionnels de gouvernement et la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, qui condamnent fermement tout changement anticonstitutionnel de Gouvernement et engagent les États membres à respecter l'État de droit, les principes démocratiques et les droits de l'homme. Au vu de l'évolution de la situation, le Président de la Commission réitère ces dispositions, et attend avec intérêt la tenue rapide d'une réunion du Conseil de paix et de sécurité pour examiner la situation et prendre les décisions qui s'imposent», a souligné le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, dans une déclaration.

Dans l'intervalle, poursuit la déclaration, le président de la Commission a exhorté toutes les parties concernées à faire preuve de calme et de la plus grande retenue et à respecter les droits des citoyens, des ressortissants étrangers, ainsi que les biens privés, et ce dans l'intérêt du pays et de sa population. «Le Président de la Commission appelle également toutes les parties prenantes à engager un dialogue inclusif, afin de créer les conditions permettant de répondre aux aspirations du peuple soudanais à la démocratie, à la bonne gouvernance et au bien-être, ainsi que de rétablir l'ordre constitutionnel le plus rapidement possible», a plaidé Moussa Mahamat, qui a également tenu à exprimer, «la solidarité de l'Union africaine avec le peuple soudanais et exprime son engagement et sa disponibilité à soutenir le Soudan pendant cette période, conformément à ses instruments pertinents et à ses principes».

La communauté internationale embarrassée

L'ONU a également réagi à la situation au Soudan quelques heures après le communiqué des nouveaux maîtres de Khartoum. Dans une déclaration de son porte-parole, son secrétaire général António Guterres a fait savoir que les Nations unies «continuent de suivre de près l'évolution de la situation au Soudan». Le secrétaire général de l'ONU a appelé «au calme et à la plus grande retenue de tous», pour que «les aspirations démocratiques du peuple soudanais se réaliseraient grâce à un processus de transition approprié et inclusif».

Jusque-là, peu de réactions officielles ont été enregistrées sur le Continent, mais aussi de par le monde. La situation demeure en effet toujours pleine d'incertitude d'autant que les manifestants qui ont mis la pression sur l'ancien régime, poussant l'armée à intervenir, comptent poursuivre leur mouvement contre la junte qui s'est emparée du pouvoir le jeudi 11 avril. Malgré les promesses du Conseil national de transition de former «un gouvernement civil», le contexte politique est toujours tendu au lendemain de la chute d'Omar El Béchir. C'est ce qui explique l'embarras perceptible de la communauté internationale. Plusieurs pays voisins du Soudan ont annoncé suivre de près l'évolution de la situation qui prévaut au Soudan comme c'est le cas du Tchad. Dans un tweet posté le jeudi 11 avril, un responsable du ministère tchadien des Affaires étrangères a souhaité «que la volonté du peuple soudanais connaisse un dénouement pacifique».

L'Union européenne (UE), les États-Unis et la Grande-Bretagne ont appelé à une transition menée par des civils, et interrogé sur la situation un porte-parole de la diplomatie française a souhaité que «la voix du peuple soudanais soit entendue et que les évolutions en cours se fassent sans violence». Le président turc Recep Tayyip Erdogan a lui ironisé sur la situation. «Le monde est un lieu étrange. Nous observons comment ceux qui se disaient opposés aux putschs se retrouvent main dans la main avec les putschistes», a fait savoir le président turc à l'occasion d'une conférence de presse qu'il a animée dans l'après-midi du jeudi 11 avril, avec son homologue burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, en visite officielle de travail en Turquie. «Mon souhait le plus important est que le Soudan puisse surmonter ce processus sur une base de paix et de consensus national», a-t-il ajouté.

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L'Egypte confiante en l'armée

Dans l'ensemble donc, les réactions de la communauté internationale sont des plus prudentes comme en témoigne la position de la Russie. Dans une déclaration officielle, Moscou a émis l'espoir que les acteurs politiques et l'armée soudanais parviendront à gérer la situation.

«Moscou espère que toutes les forces politiques soudanaises ainsi que les organes militaires agiront de manière responsable afin de stabiliser la situation le plus vite possible et éviter sa future escalade. Nous appelons à la résolution des problèmes internes soudanais par des moyens pacifiques et démocratiques sur la base d'un vaste dialogue national », a souligné Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.

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Toutefois, dans un tweet cité jeudi par l'agence russe Sputnik, le président de la Commission des relations internationales du Conseil de la Fédération de Russie, Konstantin Kosachov, a jugé «inacceptable», le changement de pouvoir en dehors du cadre constitutionnel au Soudan. «Au Soudan, il y a eu un coup d'Etat militaire. Je ne peux pas juger qui a raison et qui a tort. Je tiens à rappeler ma position de principe consistant à rejeter les scénarios de changement de pouvoir inconstitutionnel», a fait savoir le haut responsable russe. Seule l'Egypte a pris position en faveur du conseil militaire, Le Caire soulignant avoir «une confiance totale à l'armée pour surmonter cet historique pour le pays et ses défis». Pas sûr que les manifestants soudanais apprécient cette position du grand voisin égyptien. Après avoir bravé le couvre-feu imposé par le conseil militaire de transition la nuit du jeudi au vendredi, ils sont encore sortis dans la rue pour exprimer leur couleur et ce que certains analystes qualifient de «révolution populaire confisquée par l'armée». Au regard de la mobilisation de ce vendredi 12 avril contre la junte militaire, le moins que l'on puisse dire, c'est que le «printemps soudanais » est loin d'avoir atteint son épilogue.

Aboubacar Yacouba Barma

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