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Politique - La Tribune Afrique

Immersion au cœur du Collège de Défense G5 Sahel à Nouakchott

Marie-France Réveillard, envoyée spéciale à Nouakchott

Publié le 24 février 2022 à 09:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:24

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Face aux menaces terroristes et à l'extrémisme violent, Mauritanie, Tchad, Burkina Faso, Mali et Niger forment désormais la fine fleur de leurs officiers supérieurs au sein d'une même institution, le Collège de Défense G5 Sahel (CDG5S). En pleine expansion, la structure aura triplé sa capacité d'accueil entre 2018 et 2022. La Tribune Afrique vous emmène dans la première école de guerre transnationale au monde.

En ce jeudi 10 février 2022, l'atmosphère du Centre de Défense G5 Sahel (CDG5S) plongé dans une tempête de sable, est silencieuse presque lunaire. Pourtant, le complexe de treize hectares, doté de trois niveaux de sécurité dans une zone quasi désertique, aux portes de la capitale mauritanienne, est en pleine construction. Le vent de la saison fraîche siffle et couvre les bruits des travaux en cours d'un complexe qui ne cesse de s'agrandir. De petits bâtiments blancs, savamment répartis dans un espace clos, accueillent une quarantaine d'officiers, venus recevoir une formation d'un an, calquée sur l'enseignement dispensé dans les plus grandes écoles de guerre au monde.

Le projet initial né en 2013 ambitionnait de construire une école de guerre destinée aux seuls officiers mauritaniens pour rehausser le niveau d'encadrement des forces de défense et de sécurité nationale, dans un contexte de menace terroriste accrue sur le sol mauritanien. Entre 2007 et 2011, neuf attaques ont frappé la Mauritanie, parmi lesquelles l'assassinat de quatre touristes français à Aleg, la mort de quatre soldats à El Ghallawiya en décembre 2007 et celles de douze soldats en septembre 2008 à Tourine, sans compter la tentative de double attentat contre le ministère de la Défense et l'ambassade de France en février 2011 (depuis décembre 2011, la Mauritanie est épargnée par les attaques terroristes).

Les Emirats arabes unis (EAU) ont financé le Collège de défense G5 Sahel dont les travaux ont démarré au début de l'année 2014 et l'Allemagne a pris en charge près de 80% du coût des équipements de la structure (soit environ 1,6 million d'euros).

En février 2014, la naissance du G5 Sahel a changé la donne, incitant la Mauritanie à régionaliser ce projet, en ouvrant ses formations aux élites militaires de l'ensemble des pays du G5S pour faire face à la nouvelle donne sécuritaire commune. La direction est équitablement partagée par tous les pays de la coalition. « En tant que directeur du CDG5S, je relève des 5 chefs d'état-major du GS5 et toutes les décisions relatives au collège sont prises au niveau du comité de défense et de sécurité », précise le directeur du CDG5S, le général de brigade Brahim Vall Ould Cheïbani.

Le CDG5S ou la mutualisation de l'effort de guerre

Le CDG5S est un établissement d'enseignement supérieur qui prépare les officiers aux plus hautes fonctions aux niveaux national et international d'une part, et leur dispense une formation diplômante d'autre part. « Dans les pays du Sahel, vous pouvez encore trouver des lieutenants-colonels ou des colonels qui occupent de hautes fonctions sans diplôme adéquat, faute de formations disponibles. Ceux qui en disposent, l'ont obtenu à l'étranger : en France, en Jordanie, En Egypte, en Chine, au Maroc, en Belgique ou aux Etats-Unis... Or, à partir de 2011, les besoins ont grandi face à la situation sécuritaire au Sahel, poussant les armées à revoir leurs formations et leurs structures », explique le directeur du CDG5S.

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Afin d'alléger les charges, les pays du G5S ont décidé de mutualiser leurs ressources en partageant les coûts de formations. Faisant face aux mêmes menaces dans un espace géographique commun, le bien-fondé de réunir les cadres militaires du G5S pour élaborer une méthodologie et une approche de travail communes, s'est rapidement imposé au-delà les frontières. « D'ici une quinzaine d'années lorsque l'établissement aura formé entre 1000 et 1500 officiers, il aura permis la création d'un  maillage relationnel très dense qui favorisera la résolution de problèmes transfrontaliers par un simple coup de fil », anticipe le général Brahim Vall Ould Cheïbani. Plusieurs anciens élèves, retournés sur le terrain, occupent déjà des fonctions de premier plan. « Parmi les éléments de l'état-major montant de la force conjointe, chaque année nous y retrouvons des cadres du collège », se félicite le directeur du CDG5S.

Dans le couloir qui mène au bureau du directeur, des trombinoscopes affichent les visages des diplômés des 3 premières promotions. « Nous avons un ancien promotionnaire, devenu chef d'état-major adjoint du Burkina Faso », explique le Burkinabé Mahamadi Gansonre, colonel-major et conseiller en communication du CDG5S, qui s'attarde un moment sur les portraits. « Nana Sangaré est aujourd'hui colonel-major au Mali. C'est la seule femme qui a suivi une formation au CDG5S, mais nous espérons qu'il y en aura bientôt d'autres », précise-t-il. Poursuivant la visite, il s'arrête devant une petite salle qui a reçu plusieurs chefs d'Etat dont les présidents Idriss Déby et Emmanuel Macron, et qui fut officieusement rebaptisée « la salle des présidents ».

A deux pas de là se trouve le bureau de Mohamed Amaga Dolo, directeur adjoint du CDG5S. « Travailler au sein du collège de défense m'a permis de mieux cerner le rôle du G5 Sahel. Sur le terrain, c'est parfois un peu flou pour les militaires (...) Il est arrivé que des directives soient déconnectées des réalités culturelles locales », explique le colonel-major malien qui retrouvera le terrain d'ici quelques mois, son poste faisant l'objet d'une direction tournante.

Une ouverture aux pays partenaires du G5 Sahel

Le 8 octobre 2018, le CDG5S accueillait sa première promotion d'élèves officiers. Dès la seconde promotion, il leur fut proposé de suivre un enseignement militaire (à 60% du volume horaire) couplé à un enseignement académique (comprenant des modules de droit, de management, de relations internationales ou encore de communication) dans le cadre d'un Master 2 en Sécurité, défense et relations internationales, créé spécifiquement et délivré par l'Université de Nouakchott. Le CDG5S est aussi une plateforme de recherche qui participe à la réflexion relative aux grands défis que rencontre le Sahel. Un certain nombre de sujets d'étude du G5S font chaque année, l'objet de la rédaction de mémoires par ses promotionnaires.

Aujourd'hui, le collège de défense accueille sa 4e promotion d'une capacité de 45 stagiaires. Initialement, une promotion pouvait accueillir 31 stagiaires, soit 11 places pour la Mauritanie et 5 places pour chacun des autres pays, lesquels ont la possibilité de demander des places supplémentaires. Cette année, la promotion compte 45 élèves, la Mauritanie ayant demandé 5 places supplémentaires et le Mali 3 places supplémentaires, auxquels s'ajoutent 6 stagiaires venus d'Arabie saoudite. En effet, depuis la promotion 2020-2021, le CDG5S s'est ouvert aux pays partenaires. « Chaque pays a besoin de connaître les expertises pratiquées à l'étranger pour enrichir son propre système d'enseignement. Par ailleurs, nous disposons d'une solide expertise en matière de lutte contre le terrorisme et les crimes transnationaux, doublée d'une véritable connaissance de terrain », explique le directeur du collège du CDG5S.

La formation dispensée par le CDG5S prépare l'élite des armées sahéliennes (chefs des armées, des gendarmeries et des gardes nationales). Elle est ouverte aux profils ayant préalablement suivi la formation d'élève-officier (< bac+3) ainsi que les stages de capitaine et d'état-major. Le promotionnaire qui intègre le collège de défense dispose d'un minimum de 20 ans à 25 ans de service. A ce jour, le CDGS5 a déjà permis à 106 officiers d'obtenir leur diplôme (le Brevet d'études militaires supérieures, plus connu sous l'acronyme « BEMS ») et une cinquantaine de cadres ont obtenu leur Master 2.

Le Collège de Défense G5 Sahel triple sa capacité d'accueil

« A la base, le CDG5S était doté d'une capacité d'hébergement de 31 chambres. Nous avons actuellement 60 lits et d'ici juillet 2022 nous disposerons de 100 chambres », annonce le directeur du CDGS5. Le collège dispose d'un tout nouvel « hôtel » livré le mois dernier et financé par l'état-major mauritanien, dans lequel logent des stagiaires, chacun dans un petit studio. Un nouveau bâtiment d'une trentaine de chambres est en cours de construction. Parallèlement, un complexe sportif doté d'une piscine et d'un stade omnisport et financé par les Emirats arabes unis, verra bientôt le jour.

Au regard de la pression sécuritaire qui s'exerce dans le Sahel, il demeure difficile de recourir aux compétences des cadres du G5S mobilisés sur le terrain, pour former les élèves officiers. C'est ainsi qu'un certain nombre de formateurs étrangers viennent répondre aux besoins permanents d'encadrement de la structure. Le CDG5S compte à ce jour, deux Italiens, six Egyptiens et plusieurs Français à l'instar du colonel Bouju qui occupe la fonction de directeur de l'enseignement du collège de défense.

Le financement de la structure repose sur un système de contribution annuelle des pays membres du G5S, avec un budget de fonctionnement qui avoisine 2 millions d'euros, pris en charge à 75% par les pays du G5S (dont un tiers est assumé par la Mauritanie). L'Union européenne (UE) participe à hauteur de 25% au budget du CDG5S (plus ou moins 500.000 euros). Ce financement européen couvre notamment le financement des intervenants étrangers et l'enseignement opérationnel assuré par l'Institut français d'enseignement stratégique et opératif  (IFESO).

Une formation militaire appuyée par l'intelligence artificielle

Le CDG5S est équipé de la fibre optique et dispose depuis février 2021 d'un centre de simulation opérationnelle dernier cri. Développé avec la société française MASA, leader mondial de logiciels de simulation militaire reposant sur l'intelligence artificielle (IA), ce centre qui a coûté près d'un million d'euros permettra aux stagiaires d'acquérir une formation adaptée aux stratégies de guerre 2.0.

Le centre de simulation opérationnelle, composé de 120 ordinateurs et de 5, serveurs permet aux officiers en formation de s'entraîner dans des conditions hyperréalistes. La structure est également équipée d'un amphithéâtre flambant neuf d'une capacité de 200 places, de 4 cabines de traduction, de caméras et d'écrans géants connectés en WiFi.

Le collège de défense ne cesse de s'agrandir. D'ici quelques mois, il devrait même ouvrir ses portes à de nouveaux profils. « Nous envisageons d'ouvrir le collège de défense aux élites sahéliennes de la haute administration qui participent aux décisions politiques comme les avocats, les magistrats, les diplomates, les communicants, dans le cadre de stages de courtes durées (...) Nous travaillons activement à la création d'un centre d'études stratégiques. Nous sommes déjà en relation avec le collège de défense de l'OTAN qui dispose d'une certaine expertise en la matière » annonce le directeur du CDG5S.

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Enfin, un projet de laboratoire de langue et de bibliothèque financé par les Etats-Unis vient récemment d'être validé pour compléter le dispositif de cet établissement militaire multinational et multidisciplinaire, unique au monde.

Marie-France Réveillard, envoyée spéciale à Nouakchott

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