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Politique - La Tribune Afrique

Maroc-Espagne: ce qu’il faut comprendre du nouveau coup diplomatique de Mohammed VI

La Tribune Afrique

Publié le 22 mars 2022 à 08:10 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:23

Mohammed VI Pedro Sanchez

Le Roi du Maroc, Mohammed VI, et Pedro Sanchez, président du gouvernement espagnol.

MAP/DR

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Photo d'illustration de l'article
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Madrid met fin à la brouille diplomatique avec Rabat et se range du côté marocain sur la question du Sahara occidental en soutenant le projet marocain d'autonomie. Ce changement de doctrine substantiel du côté européen annonce une reconfiguration imminente des rapports de force dans la région. Décryptage.

Au sud de la Méditerranée, tous les regards sont rivés sur le Maroc et son voisin ibérique qui a décidé de se départir pour la première fois de sa traditionnelle neutralité quant au différend autour du Sahara marocain.

Après l'Allemagne et la France, c'est au tour l'Espagne de reconnaître « le sérieux, le réalisme et la crédibilité » de l'initiative marocaine d'autonomie. C'est ce que l'on retient du communiqué du cabinet royal marocain, le vendredi 18 mars, annonçant la nouvelle position espagnole sur le dossier du Sahara marocain, ainsi que la fin de la brouille diplomatique entre les deux royaumes. « L'Espagne agira avec la transparence absolue qui correspond à un grand ami et allié (...). Je vous assure que l'Espagne tiendra toujours ses engagements et sa parole », a affirmé le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, dans un message adressé au Roi du Maroc.

Madrid choisit son camp

Evoquant au passage la nouvelle relation souhaitée avec le royaume chérifien, le responsable espagnol a assuré que celle-ci sera basée sur « la transparence et la communication permanente, le respect mutuel et les accords signés par les deux parties et l'abstention de toute action unilatérale ». La décision d'Espagne constitue donc une mutation géopolitique dans la région en faveur du Maroc et change les rapports de force dans la Méditerranée.

Pour tracer les contours de cette nouvelle relation, le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, sera attendu à Rabat dans les prochains jours, notamment pour préparer le voyage de Pedro Sanchez, dont la date n'a pas encore été annoncée.

Cette décision espagnole intervient quelques semaines après le message adressé par le président allemand, Frank-Walter Steinmeier au Roi du Maroc, dans lequel Berlin décrit le plan d'autonomie marocain comme « un effort sérieux et crédible du Maroc » et comme « une bonne base pour parvenir à un accord ».

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Ces nouvelles positions que commencent à afficher certains pays européens, notamment la France, dénotent, entre autres, de la place stratégique qu'occupe Maroc en tant que « future puissance économique régionale », tel que qualifié par le cabinet Deloitte en juillet 2021, dans son Policy Paper Le Maroc, de la résilience à l'émergence ?.

Vers un partenariat d'égal à égal ?

Sur l'autre rive de la Méditerranée, ce changement de doctrine de Madrid est « hautement apprécié » par Rabat, selon le communiqué des affaires étrangères marocaines, qui a été suivi par la reprise des fonctions de l'ambassadrice du Maroc en Espagne, Karima Benyaich, le dimanche 20 mars, après dix mois d'absence, suite à l'accueil en catimini sur le sol espagnol du chef du Polisario sous une fausse identité.

De manière concrète, ce retour de la diplomate marocaine à Madrid, annoncé par l'agence de presse espagnole EFE, traduit le satisfecit de Rabat. Cependant, ce revirement espagnol a été qualifié de « brusque » par la diplomatie algérienne qui a rappelé, samedi 19 mars, son ambassadeur à Madrid pour consultations, avec effet immédiat. Cette secousse diplomatique a visiblement ébranlé Alger, qui semble de plus en plus isolé sur ce dossier.

Tout au long de cette crise entre Rabat et Madrid qui a démarré le 14 avril dernier, la diplomatie marocaine s'est distinguée par sa philosophie d'équilibre et de réalisme en même temps. Dans son discours du 20 août 2021, le souverain chérifien avait affirmé suivre personnellement et directement le processus de dialogue, ainsi que l'évolution des discussions. « Le but n'était pas seulement de trouver une issue à cette crise, mais aussi de saisir l'opportunité pour redéfinir les bases et les paramètres qui régissent ces relations », a-t-il dit, jetant ainsi les bases d'un nouveau partenariat Nord-Sud d'égal à égal.

Cette décision pourrait ainsi permettre aux deux royaumes de retrouver les résultats exemplaires réalisés en matière de coopération bilatérale à l'époque du gouvernement de José Luis Zapatero. D'ailleurs, l'ancien chef de l'Exécutif espagnol n'a cessé, depuis le début de la crise entre son pays et le Maroc, d'appeler à l'écoute des messages envoyés par le royaume chérifien. Pour lui, « La position du gouvernement espagnol sur le plan d'autonomie proposé par le Maroc est une position que j'ai défendue depuis 2008, quand j'étais le président du gouvernement (...) et qui, maintenant, se manifeste à nouveau ». Et de poursuivre : « J'ai toujours pensé que la relation avec le Maroc devait se baser sur une confiance, une sincérité et une transparence totales en matière de sécurité, d'intégrité territoriale ou d'immigration ».

Dans ce contexte de basculement géopolitique mondial enclenché par le conflit ukraino-russe, la perspective de la réouverture des frontières et de la redynamisation des liens économiques réjouit d'ores et déjà le monde des affaires, ainsi que les 17 000 entreprises espagnoles ayant des relations commerciales avec le Maroc et les 700 entreprises établies sur le sol marocain.

Des échanges Maroc-Espagne de plus de 16 milliards d'euros

Au niveau des échanges commerciaux, les deux pays sont liés par plus de 16 milliards d'euros. En plus d'être le troisième partenaire économique de l'Espagne en dehors de l'UE, le Maroc, porte d'entrée du continent africain, est un acteur incontournable pour l'Espagne ainsi que l'Europe, notamment pour la gestion des flux migratoires et la lutte antiterroriste.

Quant aux échanges en énergie, ils continuent de se développer. Preuve à l'appui, en février dernier, Madrid a fait un autre pas vers Rabat, en lui apportant un soutien pour « garantir sa sécurité énergétique », après la fermeture du robinet du gaz par Alger, sur fond de vives tensions avec le Maroc.

Ainsi, grâce à cet accord, « le Maroc pourra acquérir du gaz naturel liquéfié sur les marchés internationaux, le faire livrer dans une usine de regazéification de l'Espagne péninsulaire et utiliser le gazoduc du Maghreb (GME) pour l'acheminer vers son territoire », selon les précisions du département espagnol de la Transition écologique dans un communiqué. Notons que la fermeture du GME, qui fournissait près de 13,5 milliards de mètres cubes à l'Espagne, aurait entrainé une baisse des approvisionnements de l'Espagne de quelque 5 à 6 milliards de mètres cubes, infligeant de lourdes pertes à l'économie algérienne également.

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