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Politique - La Tribune Afrique

Bénin: victime de son succès, l’exposition des œuvres restituées devrait se prolonger

Marie-France Réveillard, envoyée spéciale à Cotonou

Publié le 20 mai 2022 à 13:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:23

Laeila Adjovi - Malaika Dotou Sankofa #4 - 2016

Malaïka Dotou Sankofa (affiche officielle de l’exposition Art du Bénin) de l'artiste Laeila Adjovi, béninoise d'origine et gagnante du grand prix de la biennale de Dakar en 2018.

Laeila Adjovi / Loïc Hoquet.

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Photo d'illustration de l'article
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Depuis le 20 février, l'exposition « Art du Bénin d'hier et d'aujourd'hui, de la restitution à la révélation : Trésors royaux et art contemporain du Bénin » attire les foules. A quelques jours de la clôture de cette exposition inédite, les visiteurs se pressent devant les portes de la présidence pour admirer les trésors des rois d'Abomey rapatriés de Paris après 129 ans d'exil forcé, au prix d'âpres négociations diplomatiques.

Samedi 7 mai, devant la présidence de la République du Bénin, c'est l'affluence. Ecoliers et curieux, amoureux d'art et touristes convergent vers l'exposition des œuvres restituées officiellement par la France le 9 novembre dernier. « Nous sommes partis tôt ce matin de Lokossa (située à 100 km de Cotonou, ndlr) pour voir cette exposition. Les enfants ont appris l'Histoire des héros du royaume d'Abomey et maintenant, ils veulent voir les œuvres », explique Monsieur Alapini, suivi d'une centaine de bambins âgés de 5 à 10 ans, tous impatients de découvrir la statue d'homme-requin du Roi Béhanzin (1845-1906). « Certains s'interrogent sur l'authenticité des œuvres », ajoute-t-il en riant. Pour la majorité d'entre eux, c'est la première fois qu'ils se rendent au musée. Ce jour-là, ils auront le loisir de découvrir les trésors retrouvés d'Abomey dont l'épopée de Paris à Cotonou, a alimenté la Une des journaux pendant plusieurs mois.

Pillées en 1892 par les soldats français, les œuvres s'étaient retrouvées au musée d'ethnographie du Trocadéro, avant d'être déplacées au musée de l'Homme puis au Quai-Branly dans le musée Jacques-Chirac. Après leur présentation à la présidence du Bénin, elles seront temporairement exposées dans la maison du gouverneur du Fort de Ouidah avant de s'établir dans le musée de l'épopée des Amazones et des Rois du Danhomè, à Abomey.

Un parcours diachronique de l'histoire de l'Art du Bénin

Sous le soleil de midi, la chaleur est accablante, mais elle ne décourage ni les enfants qui patientent en silence, ni les chefs traditionnels munis de leurs sceptres et de leurs tenues aux mille couleurs, venus des quatre coins du pays. L'exposition doit s'achever le 22 mai alors, le temps presse. Des centaines de visiteurs entendent bien profiter de l'occasion pour mettre un pied à la présidence et admirer gratuitement, les chefs d'œuvre nationaux « vus à la télé ». « A chaque ouverture des portes, c'est la même affluence », se réjouit Yassine Lassissi, la directrice artistique de la Galerie nationale.
Pour créer des ponts entre les œuvres d'antan et la créativité d'aujourd'hui, l'espace qui abrite les œuvres restituées jouxte une exposition d'art contemporain, sur une superficie de 2 300 m2. De la pénombre qui protège les œuvres du Dahomey dans une ambiance dramatique émerge la lumière qui expose les créations contemporaines au grand jour.

« C'est au bout de l'ancienne corde que l'on tisse la nouvelle », explique Coline-Lee Toumson, chargée de mission Tourisme, Arts et Culture auprès de la présidence, soulignant la continuité artistique nationale, à travers des temporalités distinctes.
L'espace contemporain réunit 106 œuvres de 34 artistes béninois, les statues couleur sable d'Euloge Glélé côtoient les installations de George Adéagbo et les amazones de fer de Rémy Samuz. Une petite salle plongée dans le noir projette les voix de défunts en langue fon, sur le thème de la résurrection.

L'affluence de cette exposition didactique et variée n'est pas le seul reflet d'une hyper-médiatisation, elle est aussi le résultat d'une véritable performance muséale qui vient tordre le cou aux présupposés selon lesquels l'Afrique ne serait pas en mesure de conserver les trésors du passé.

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La culture comme élément majeur de diversification économique

« Nous avons été surpris par l'engouement suscité par cette exposition. Elle n'est ouverte que 3 jours pleins par semaine et nous avons déjà reçu 107 000 visiteurs ! C'est un franc succès, au point où nous pensons la prolonger. Elle s'arrêtera le 25 mai pour un léger "rafraîchissement" et nous envisageons une réouverture au public mi-juillet », annonce Jean-Michel Abimbola, ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts du Bénin.

Alors que le président Talon a fait de la restitution une priorité nationale, le retour des 26 œuvres recouvre aussi un enjeu de développement économique majeur. « La culture est au cœur de la politique de diversification économique du gouvernement », assure le ministre Jean-Michel Abimbola. Six musées en construction, deux autres en rénovation, resorts et villages vacances, game drive, site balnéaire à Cotonou ou marina à Ouidah, le Bénin multiplie les investissements dans les infrastructures touristiques.
Les grands travaux qui transforment la capitale à marche forcée, permettront bientôt d'accueillir une variété de touristes qui ne se limitera plus aux seuls routards ou chasseurs de gibiers. « Il ne s'agit pas de faire de grands discours, mais des investissements », explique Jean-Michel Abimbola avec pragmatisme. « Entre 2021 et 2026, nous consacrerons 670 milliards de francs CFA sur 5 ans dans les infrastructures, dont 200 milliards pour les infrastructures muséales », précise-t-il.
A ce jour, ils ne seraient que 300 000 touristes à visiter le « pays du vaudou » chaque année selon l'aviation civile, un chiffre que le gouvernement souhaite porter à un million à l'horizon 2025. D'après le ministre, ce vaste programme touristique et culturel devrait également permettre de créer « entre 350.000 et 500.000 emplois directs ».

Les discussions autour de la restitution se poursuivent

« Nous avons engagé des discussions pour le retour de plusieurs œuvres dont le Dieu Gou qui se trouve au Musée du Louvre, dans le cadre d'une coopération bilatérale », précise Jean-Michel Abimbola, non sans saluer l'engagement personnel du président Macron. « Avant lui, nous avions obtenu une fin de non recevoir », ajoute-t-il (sous la présidence de François Hollande). En effet, le retour au pays des 26 œuvres n'a pas été une sinécure. Le 17 novembre 1892, les soldats de l'armée coloniale française, dirigés par le Colonel Dodds, s'emparaient des œuvres d'Abomey.

Parmi ces trésors se trouvaient le trône d'apparat du roi Ghézo et les statues anthropomorphes des derniers rois d'Abomey (Ghézo, Béhanzin et Glélé). En 2016, lorsque le président Talon demanda la restitution de ces œuvres, Paris s'y opposa en vertu du principe d' « inaliénabilité des collections nationales ».

Sur fond de soft power, Emmanuel Macron fraîchement arrivé au pouvoir, s'engage dès le 28 novembre 2017, à « restituer le patrimoine africain en Afrique », depuis Ouagadougou, dans le cadre de la « refondation » des relations Afrique-France. L'annonce est inédite. En 2018, le rapport Savoy-Sarr propose un processus en trois temps. Il faudra attendre fin 2020 pour qu'une loi autorise la restitution des œuvres, à travers des dérogations au principe d'« inaliénabilité » dans les cas de pillages caractérisés. Le 9 novembre 2021, Patrice Talon viendra chercher en personne les œuvres d'Abomey, à Paris. « C'est la restitution la plus importante jamais effectuée à ce jour », se félicite Coline-Lee Toumson.

Présentées depuis le 20 février à la présidence, elles seront exposées de façon définitive dans le nouveau Musée de l'épopée des amazones et des rois du Danhomè, à Abomey. Le site historique d'Abomey fera également l'objet d'une vaste mise en valeur. L'agence française de développement (AFD) financera une partie du projet (mis en œuvre par l'Agence Nationale de promotion des Patrimoines et de développement du Tourisme (ANPT)) en don et en prêt, à hauteur de 35 millions d'euros. Créée en 2016, l'ANPT qui est à la manœuvre pour accompagner les grands travaux touristiques et culturels du pays dispose d'un portefeuille de 650 milliards de francs CFA.

Selon le rapport Sarr-Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain (2018), près de 90% des œuvres africaines seraient conservées hors du continent. Les demandes officielles de restitution se multiplient, du Bénin au Tchad, du Sénégal à Madagascar et du Mali à l'Ethiopie. A lui-seul, le musée du Quai Branly à Paris compterait quelque 70 000 œuvres subsahariennes. « Nous ne cherchons pas à revendiquer le retour des 3.500 œuvres du Bénin qui se trouvent au musée Jacques Chirac car nous souhaitons aussi que l'Art national soit exposé à travers le monde », souligne le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, tout en précisant qu' « il est important que les œuvres majeures reviennent au Bénin ».

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La restitution des 26 œuvres n'étant pas une fin en soi, la prospection se poursuit. « Nous avons engagé des discussions avec plusieurs pays comme la Belgique, l'Angleterre, l'Allemagne, le Sénégal ou les Etats-Unis. La dynamique est enclenchée. Maintenant, les autres pays africains ont vu que la restitution des œuvres était possible », se félicite Jean-Michel Abimbola.

Marie-France Réveillard, envoyée spéciale à Cotonou

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