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Politique - La Tribune AfriqueGouvernance - La Tribune Afrique

La mauvaise gouvernance freine le développement en Afrique

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 07 décembre 2017 à 14:09 - Mis à jour le 07 décembre 2017 à 14:09

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La mauvaise gouvernance nuit à la transformation structurelle des économies africaines ont relevé les participants à la Conférence économique africaine (CEA) dont la 12e édition vient de se tenir à Addis Abeba en Ethiopie. Organisé par la Banque africaine de développement (BAD), l’évènement a réuni du 4 au 5 décembre d’éminents experts qui se sont penchés cette année sur l’impact et le coût de la mauvaise gouvernance sur la croissance continentale.

Le constat est sans appel : «La mauvaise gouvernance est un frein au développement des activités économiques en Afrique et elle coûte cher». Ce n'est pas un fait nouveau, mais la prise en compte de cet aspect devient de plus en plus un défi majeur pour les économies du Continent, d'où la nécessité de réitérer les plaidoiries pour que des réponses concrètes y soient apportées au moment où la croissance du Continent semble redécoller. C'est en tout cas ce qui est ressorti de l'édition 2017 de la Conférence économique africaine (CEA) qui vient de se tenir du 4 au 5 décembre à Addis Abeba. Organisé conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission des Nations unies pour l'Afrique (UNECA) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), cette 12e édition qui a réuni d'éminents experts politiques et surtout économiques du continent s'est penchée sur les défis et opportunités de la croissance transformationnelle des économies africaines. Il est clairement ressort  que la mauvaise gouvernance a un coût pour la stabilité économique de l'Afrique et pour relever durablement ce défi, il faudrait «une rupture avec les mauvaises pratiques qui nuisent à la qualité des résultats économiques».

«En dépit des progrès économiques réalisés ces dernières années, la gouvernance demeure un grave problème en Afrique. (...).A titre d'exemple, l'on observe que la mauvaise gouvernance entraîne de mauvaises élections, qui, par ricochet, fragilisent les institutions, notamment la justice, et entrave l'égalité des chances en Afrique. Avec ses énormes potentialités, la région aurait pu compter parmi les plus prospères de la planète».

Les gouvernements africains ont été donc appelés à placer la gouvernance au cœur de leurs programmes en vue de la transformation structurelle effective des économies africaines. En ce sens, l 'Afrique se doit de trouver par elle-même des solutions réalistes à ses problèmes de gouvernance. «Pour que se produise une transformation structurelle de l'Afrique, celle-ci doit chercher des solutions en elle-même et tirer les leçons de sa propre expérience», a souligné la BAD à l'issue de la Conférence et en s'appuyant sur les avis partagés par les participants pour qui «c'est là la clé pour libérer le plein potentiel de l'Afrique et la conduire sur la voie de la prospérité».

Défis africains

Dans son allocution d'ouverture, le Premier ministre de l'Éthiopie, Hailemariam Desalegn, a d'ailleurs prôné l'émergence d'États démocratiques forts qui fassent preuve d'une tolérance zéro face à la corruption et de systèmes qui favorisent le partage des richesses.«Des conférences comme celle-ci sont importantes pour tirer les leçons des expériences et s'adapter aux conditions socioéconomiques spécifiques à chacun des pays. Il n'y pas un modèle de politique particulier qui fonctionnerait partout», a-t-il souligné.

De son côté, la secrétaire exécutive de la CEA, Vera Songwe, a appelé les dirigeants, les économistes et les décideurs à «porter leur regard au-delà des indicateurs standards de bonne gouvernance». «Il y a un consensus croissant autour du fait que les pays africains ont besoin d'un cadre de gouvernance plus propice pour être en mesure de conduire de meilleures politiques publiques et d'obtenir, à terme, de meilleurs résultats, notamment en matière de transformation structurelle et de développement inclusif», a-t-elle déclaré.

C'est aussi l'avis partagé par Célestin Monga, vice-président de la BAD chargé de la gouvernance économique et de la gestion des connaissances qui a appelé à mettre davantage l'accent sur la réponse à apporter aux pertes économiques dues à l'inefficacité des institutions et à l'incompétence. L'économiste en chef de la Banque panafricaine a insisté sur la façon dont la corruption met en danger la croissance économique, avant de souligner les coûts cachés induits par le déficit d'institutions fortes, tout en faisant ressortir combien il est difficile d'y remédier quand les gens ont faim. «Une grande partie du travail sur la gouvernance n'a pas été très utile à l'Afrique, parce qu'elle est souvent perçue comme une condition préalable», a-t-il poursuivi.

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«Nous ne pouvons pas attendre d'un pays dont le PIB s'élève à 300 dollars américains par habitant qu'il ait le même système de gouvernance qu'un pays au PIB de 78 000 dollars par habitant. Vous ne pouvez pas comparer le Burundi à la Suisse», déclaré Célestin Monga.

C'est du reste la raison pour laquelle la BAD est en train de repenser la gouvernance en Afrique, a indiqué Célestin Monga pour qui la bonne gouvernance est aussi une question d'apprentissage.

Gouvernance et développement humain

De manière général, les experts ont convenu que si l'Afrique a enregistré des progrès dans le domaine de la gouvernance, et en particulier en matière de développement humain et de participation politique, le Continent affiche une performance encore à la traîne des autres régions du monde, ce qui entrave une réorientation efficace de ses activités économiques. «Le maintien d'une croissance de 5 % devrait être vu comme un développement positif. Il y a eu des revers, mais l'Afrique parvient peu à peu à une bonne gouvernance», a déclaré Lamin M. Manneh, directeur du Centre des services régional du PNUD pour l'Afrique, qui s'exprimait au nom d'Abdoulaye Mar Dièye, secrétaire général adjoint des Nations Unies et directeur du Bureau régional du PNUD pour l'Afrique.

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Organisée sous le thème «Mettre la gouvernance au service de la transformation structurelle», la conférence a été axée cette année sur la concrétisation de la transformation structurelle en Afrique, en mettant l'accent sur le développement de la gouvernance. Quelque 500 chercheurs, décideurs et acteurs du développement ont assisté à la conférence qui a été également l'occasion, pour les participants, d'évaluer l'impact des stratégies de gouvernance politique et économique appliquées aujourd'hui sur la transformation économique, la pauvreté, les inégalités et le développement humain en Afrique. « En Afrique, le temps est venu d'instaurer une certaine autonomie dans l'approche des questions politiques», a par exemple estimé Richard Joseph, professeur de l'Université Northwestern qui a ainsi mis en exergue l'importance des débats et des recommandations d'une telle nature sur les choix de politiques portant sur la façon dont la gouvernance en Afrique peut mieux soutenir la transformation structurelle du Continent.

Aboubacar Yacouba Barma

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