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Politique - La Tribune AfriqueIntégration régionale - La Tribune Afrique

La crise du multilatéralisme au cœur des débats du Forum de Dakar

DNES à Dakar, Marie-France Réveillard

Publié le 21 novembre 2019 à 14:01 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:31

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La 6e édition du Forum pour la paix et la sécurité a été marquée par la présence du président mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani, reflétant un réchauffement des relations diplomatiques entre Dakar et Nouakchott, mais également par l'appel à un renforcement de l'action de la Minusma dans la zone sahélo-saharienne.

A l'occasion de la 6e édition du forum de Dakar sur le thème « Paix et sécurité en Afrique : les défis actuels du multilatéralisme », qui s'est tenue du 18 au 19 novembre derniers, la crise sahélienne a de nouveau cristallisé l'attention des participants.

Cinq ans après la création du G5 Sahel (G5S) -dont l'idée avait été lancée lors du Forum de Dakar-, les attaques terroristes qui s'entremêlent désormais aux conflits ethniques sont loin d'être contenues. Ce sont plus de 300 attaques qui ont été répertoriées au premier semestre 2019, selon CEIS (Compagnie européenne d'intelligence stratégique) et le CHEDS (Centre des hautes études de défense et de sécurité),tandis qu'une nouvelle embuscade a fait 24 morts dans l'armée et 17 morts chez les jihadistes pendant la tenue du forum.

Néanmoins, Edouard Philippe a vanté de « réels succès tactiques - de la force Barkhane, comme - en témoignent la récente mise hors de combat des chefs au Mali » (dont l'exécution d'Abou Abderhaman al Maghrebi du RVIM au Sahel, début octobre), tout en précisant qu'il fallait « regarder la situation en face [car] dans certains territoires, les forces anti-jihadistes étaient parvenues sinon à éradiquer, du moins à contenir voire à faire reculer la menace djihadiste, mais dans d'autres territoires cette menace s'est développée ». Une intensification du risque qui a d'ailleurs conduit le Quai d'Orsay à déconseiller cette semaine, tout déplacement au Burkina Faso, sauf « raison impérative ».

Rien d'étonnant donc, à ce que les difficultés rencontrées par le G5S se retrouvent au cœur des discussions. « On s'est un peu trop précipité sur le G5S, il faut de la patience pour laisser monter cet outil en puissance, mais il faut aussi que les promesses soient tenues », selon le général Castres de CEIS, qui constate d'une part, un manque de formation des armées locales et d'autre part, des financements qui se font attendre.

La difficile mobilisation des ressources financières

Les pays du G5S consacrent jusqu'à 4 % de leur PIB à la sécurité, mais cela est loin d'être suffisant. C'est la raison pour laquelle, les acteurs internationaux sont intervenus en soutien logistiques et financiers pour restaurer la sécurité, qui représente un impératif, en particulier pour la France qui maintient sa relation historique avec la région, tout en tenant à distance un problème terroriste qui la frappe désormais jusqu'au cœur de Paris, mais aussi pour l'Union européenne (UE) qui a engagé, des aides financières substantielles (414 millions d'euros dont près de la moitié n'a toujours pas été versée).

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Les Russes ont signé un accord de coopération militaire avec le Mali, l'UE a généré plusieurs programmes de coopération de défense et a apporté son soutien à des structures ad hoc comme la FMM (Force multinationale mixte) et bien sûr le G5 Sahel.

En septembre, l'Union européenne a promis de débloquer quel que 900 millions d'euros supplémentaires dans les quatre années à venir, tandis que l'Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis s'étaient respectivement engagés dès 2017, à verser 100 millions et 30 millions de dollars, pour en finir avec la crise sahélo-saharienne, des fonds qui demeurent encore impalpables.

Quel avenir pour un G5 Sahel à bout de souffle ?

A l'occasion du dernier Sommet du G7 à Biarritz, le président Macron annonçait un « partenariat pour la sécurité et la stabilité pour le Sahel » intégrant des partenaires européens et élargi aux pays du golfe de Guinée, appelé P3S, supposé contenir le glissement régional du jihadisme, qui appuierait les militaires tchadiens, mauritaniens, maliens, burkinabés et nigériens. Cette nouvelle coalition internationale qui demeure floue, devrait notamment intégrer le Sénégal, la Côte d'Ivoire.

Entre une opérationnalisation des actions que mènent difficilement les armées africaines du G5S et des financements insuffisants, les contours des forces de défense au Sahel pourraient donc bientôt être redéfinis et surtout élargis.

« Pourquoi des pays comme le Sénégal ou la Côte d'Ivoire - voire le Ghana et le Bénin - resteraient-ils hors de cette force militaire ? », s'interroge-t-on dans la sous-région. Avec les attaques de Grand-Bassam le 13 mars 2016 qui avaient fait 19 morts et 33 blessés, et l'enlèvement récent de Français dans le parc de la Pendjari au Bénin, la question est désormais inscrite à l'ordre de jour.

Parallèlement, l'élection du président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani ouvre des perspectives régionales, favorables à de nouvelles options multilatérales, impliquant plus fortement le Sénégal.

Le nécessaire renforcement des actions multilatérales

Macky Sall a insisté sur les « relations ancestrales » qui lient les Sénégalais au peuple mauritanien, signe d'un réchauffement entre les deux pays après une période de tensions entre le président sénégalais et l'ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, qui s'était formellement opposé à l'implication du Sénégal dans le G5S.

La présence du chef d'Etat de Mauritanie, Mohamed Ould Ghazouani, lors de cette 6e édition qui s'est déroulée dans le Centre international Abdou Diouf à

Diamniadio

, reflète donc un rapprochement diplomatique entre Dakar et Nouakchott, qui pourrait accompagner une nouvelle étape dans la résolution du conflit. « Le Sénégal [membre de la Minusma, ndlr] est déjà très impliqué dans une dynamique de renforcement du multilatéralisme », nous confirme Hugo Sada de CEIS. Cependant, le renforcement de l'implication sénégalaise dépendra vraisemblablement du positionnement onusien et Macky Sall de souligner l'urgence d' « une réforme des opérations de maintien de la paix » pour une meilleure représentativité de l'Afrique, précisant par ailleurs, que « l'impasse en Libye a révélé les limites du multilatéralisme chaque fois que l'Afrique n'est pas associée à ses propres problèmes ».

En demandant « un mandat fort » de l'ONU, le président sénégalais rejoint la position de son homologue mauritanien qui estime que « l'ONU doit jouer un rôle de catalyseur dans la coopération multilatérale », et en appelle à Pékin et à Moscou pour que le Conseil de sécurité des Nations unies permette désormais à la Minusma, d'apporter une réponse musclée face aux attaques terroristes.

Une présence française de plus en plus contestée

« Dès qu'on est dans une forme d'impasse, tout le monde cherche un bouc émissaire (..) Je vois tout ce qui circule sur les blogs de Bamako, mais il faut être logique, la France ne pactise pas avec les jihadistes. C'est extrêmement grave que la population le croie. On a perdu des soldats et on dépense 450 millions à 500 millions d'euros par an pour cette opération », constate le général Castres.

Si c'est bien en réponse à l'appel du Mali que les Français sont intervenus en 2013 pour bloquer les jihadistes qui se dirigeaient vers Bamako, quelques années plus tard leur présence est jugée indésirable par une partie des populations sahéliennes qui avancent la responsabilité française dans la crise libyenne, considérée comme l'origine des conflits régionaux.

« Je ne comprends pas pourquoi la communauté internationale ne veut pas parler du problème de la Libye alors qu'elle a de graves responsabilités dans ce qu'il s'est passé », a déclaré Issoufou Katambé, ministre nigérien de la Défense. « Dès le début, il y a eu cette propension des grandes puissances à écarter l'Afrique du problème de la Libye », a poursuivi Jean-Claude Gakosso, ministre des Affaires étrangères congolais, pointant les écueils du multilatéralisme dans la résolution de la crise.

Néanmoins, la question libyenne est aujourd'hui déconnectée d'un certain nombre de conflits qui traversent le nord du Mali et qui opposent les communautés locales dans un contexte de faillite de l'Etat.

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« On est entré dans la période de l'inter. Il faut faire de l'interministériel, de l'inter-agences, de l'international [ car ] tout affaissement du multilatéralisme remet en cause l'efficacité et la coordination de la démarche », prévient le général Castres, pour qui l'action concertée des différentes forces de maintien de la paix -régionales et internationales- permettra, in fine, d'aboutir au règlement d'une crise qui s'est durablement enlisée.

DNES à Dakar, Marie-France Réveillard

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