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Alpha Condé : « Les mines ne peuvent pas être le levier de notre développement »

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 11 mai 2017 à 06:00

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Le président guinéen persiste et signe : le développement de l’Afrique et principalement de la Guinée, un pays pourtant riche en ressources naturelles, ne saurait reposer sur celui du secteur minier. Selon Alpha Condé, le levier principal du développement de son pays, c’est l’agro-industrie. Toutefois, le secteur minier pourrait contribuer à une croissance plus inclusive à condition de savoir tirer pleinement profit du potentiel dont regorgent les pays africains, ce qui passe par plus de transparence...

C'est presque une anecdote qui peut même prêter à sourire, sauf que sa portée s'inscrit parfaitement au cœur des enjeux de l'heure du continent. Inaugurant, mardi dernier à Conakry, la 5e édition du Symposium des Mines Guinée 2017, le chef d'Etat guinéen a fait d'abord sensation en faisant part de son objection au thème choisi pour l'événement placé pourtant sous son haut patronage et intitulé :  « le secteur minier : levier de transformation de l'économie nationale au profit de tous les acteurs ».

A l'entame de son discours d'ouverture, Alpha Condé a tenu à rappeler ce qui est désormais devenu pour lui un dada ces derniers temps : le développement du secteur agricole comme principal levier du développement de l'Afrique. « Le levier principal du développement de la Guinée c'est l'agro-industrie » a voulu corriger le président guinéen qui a toutefois reconnu que les mines peuvent certes être « un des leviers, mais pas Le levier ».

« Je m'excuse, je vais commencer d'abord par montrer que je ne suis pas d'accord avec le ministre. Je l'ai d'ailleurs déjà dit : les mines ne peuvent pas être le levier du développement de la Guinée. Nous ne sommes pas maîtres des prix des matières premières dont les cours sont fixés à Londres, à Washington ou à Montréal ». Alpha Condé

Ce n'est pas la première fois que le président guinéen insiste sur les enjeux pour les pays africains de s'appuyer sur le potentiel de leur secteur agricole comme tremplin pour enfin amorcer une véritable transformation industrielle et ainsi prétendre enfin à l'émergence. En Avril dernier à Meknès (Maroc) où Alpha Condé était invité d'honneur du Salon international de l'agriculture du Maroc (SIAM) en sa qualité de président en exercice de l'UA, il a souligné que « le développement de l'Afrique passe nécessairement par celui du secteur agricole ». C'est ce qui explique certainement le besoin ressenti par le chef d'Etat guinéen pour rappeler à l'ordre son ministre des mines et de la géologie, sous l'égide de qui se tient le symposium.

Réformes structurelles

Le président guinéen n'a toutefois pas occulté le rôle stratégique que peuvent jouer les ressources naturelles dans l'industrialisation de son pays, qualifié de scandale géologique, au vu de son immense potentiel minier, lequel contraste pourtant avec son niveau de développement socioéconomique. « La Guinée n'est pas seulement un scandale géologique mais aussi agricole au vu des ressources que nous disposons pour faire développer ce secteur », a ajouté Condé, invitant les investisseurs à s'y intéresser aussi.

Pour le chef d'Etat guinéen, l'objectif de son gouvernement, c'est de faire du secteur minier, « un moyen de transformation de l'économie au profit des autres secteurs économiques, des secteurs sociaux et du développement des infrastructures ». C'est pourquoi a-t-il expliqué, des réformes ont été engagées dans tous les aspects de l'économie guinéenne afin d'améliorer le climat des affaires et renforcer l'attractivité du pays auprès des investisseurs.

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« Notre vision est de faire de la Guinée un pays émergent à travers une croissance économique accélérée, diversifiée et inclusive. Pour ce faire, nous avons réformé le cadre macroéconomique et assaini la gestion des finances publiques, des progrès notables ont été réalisés dans la réforme des forces de défense et de sécurité pour créer un environnement favorable pour les investisseurs ».

Dans son allocution, le chef d'Etat guinéen n'a pas manqué d'ajouter d'autres réformes engagées ces derniers temps comme l'adoption d'un nouveau code minier ainsi que l'assainissement et la modernisation du cadastre minier.

800 permis déjà récupérés

Cependant a regretté Alpha Condé, en dépit des efforts consentis et des progrès enregistrés beaucoup reste à faire en matière de transparence et de compétitivité du secteur. « Nous avons récupéré plus de 800 permis car s'il y a  des gens qui prenaient des permis, ils ont le droit de garder les permis deux ans et de renouveler une fois. Or, nous avons constaté que dix ans après, ils ne savaient même pas où se trouvait la mine alors que pendant ce temps, ces permis leur permettaient de jouer en bourses », a regretté le chef d'Etat guinéen.

S'adressant aux sociétés opérant dans le secteur minier du pays il a tenu à les rassurer sur l'engagement du gouvernement à faire respecter les clauses des contrats signés avec les partenaires. Cependant a-t-il averti, « lorsque vous avez un permis par corruption, le code prévoit que ce permis soit annulé. C'est ce que nous avons fait pour Simandou I et II et même si ça nous a coûté très cher dans la bataille, nous avons pu les récupérer parce que ça avait été obtenu par corruption », a fait savoir le président en référence à cette affaire qui a fait parler beaucoup d'encre dans le pays mais aussi au delà, au risque de plomber l'image du pays auprès des investisseurs internationaux.

L'affaire, on se rappelle, dans laquelle étaient impliqués, en plus de l'Etat guinéen, plusieurs multinationales notamment Rio Tinto et le groupe BSGR du magnat franco-israélien Beny Steinmetz et dans laquelle se sont entremêlés les intérêts de plusieurs pays, a finit en véritable saga judiciaire internationale avec des enquêtes aux Etats-Unis et en Suisse.

Des défis persistants pour une véritable relance du secteur

Le président Condé a également insisté sur le fait que d'importants défis restent encore à relever pour insuffler pleinement une nouvelle dynamique à la croissance du secteur. Il s'agit, entre autres de « l'amélioration des infrastructures géologiques et physiques ainsi que les capacités supportant le développement du secteur minier, en plus d'une intégration effective de la gestion minière dans les localités concernées pour une meilleure prise en charge des enjeux environnementaux et sociaux afin de compenser l'impact du secteur et en accroître les bénéfices ».

Alpha Condé n'a pas manqué de dénoncer des pratique peu orthodoxes dans lesquelles certaines entreprises actives dans le pays excellent encore, ce qui engendre des tensions sociales dans le pays. En matière de transparence et de gouvernance dans le secteur, « il y a encore des insuffisances tant dans la préservation de l'environnement que dans le contenu local », a insisté le président guinéen qui rappelle les troubles qu'a dernièrement connu certaines villes des pays où les populations locales se sont prises à des entreprises accusées d'exploiter illégalement les ressources du pays.

C'était le cas à Boké, où des jeunes se sont attaqués à des convois miniers en plus d'organiser des manifestations pour s'insurger contre ces pratiques consistant à profiter de l'insuffisance des moyens de contrôle pour faire sortir du minerai en toute illégalité du pays. « On voit ce que ça nous a coûté à Boké. Nous demandons à tous ceux qui travaillent avec nous de respecter le code, de respecter l'environnement et surtout le contenu local parce que nous ne pouvons pas accepter que les gens prennent des engagements et que ces engagements ne soient pas respectés », a martelé Condé.

« Nous ne souhaitons pas seulement que la Guinée soit fournisseur de matières premières. Nous souhaitons que les matières premières soient transformées sur place et que tous ceux qui exploitent la bauxite en Guinée soient obligés de construire une usine d'alumine car nous ne pouvons pas être seulement fournisseurs de bauxite sans aucune plus-value».

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Le Symposium des mines de Guinée qui se poursuit jusqu'au 11 mai est l'un des plus importants événements du genre en Afrique de l'Ouest. Il a réunit cette année plus de 500 participants en provenance d'une trentaine de pays. Selon le ministre guinéen des mines et de la géologie Abdoulaye Magassouba, ce symposium répond à l'objectif de promotion de la destination Guinée pour la relance de son économie. « Au-delà de son objectif promotionnel, ce symposium est l'occasion pour la Guinée d'attirer des partenaires qui s'inscrivent dans le cadre de la vision de notre pays qui est celle d'un développement minier responsable », a expliqué le ministre aux médias, en marge de l'événement.

Aboubacar Yacouba Barma

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