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Crise du Golfe : le Maroc offre ses bons offices de médiation

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 11 juin 2017 à 19:37

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le Maroc appelle les protagonistes de la crise dite du Golfe à la retenue et au dialogue et propose ses bons offices pour une médiation, a fait savoir ce dimanche, le royaume chérifien. Lié par un partenariat stratégique avec les principaux acteurs de la crise, le pays n’entend point prendre position dans cette crise qui agite la scène internationale depuis quelques jours. Contrairement à plusieurs pays du Continent, la décision de Mohammed VI est perçue comme la plus pragmatique dans un contexte marqué...

C'est à travers un communiqué publié ce dimanche 11 juin que le ministère marocain des Affaires étrangères et de la coopération a fait connaître la position du Royaume dans la crise dite des pays du Golfe.  «Depuis le déclenchement de cette crise, le Roi Mohammed VI a maintenu un contact étroit et permanent avec les différentes parties», souligné le communiqué après avoir rappelé que le Royaume du Maroc suit avec une grande préoccupation la détérioration, ces derniers jours, des relations entre le Royaume d'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Royaume du Bahreïn, l'Egypte et d'autres pays arabes d'un côté, et l'Etat du Qatar de l'autre.

«Le Royaume du Maroc, fortement lié aux pays du Golfe dans tous les domaines, mais suffisamment éloigné géographiquement, se sent intimement concerné par cette crise, sans y être directement impliqué. Le Royaume privilégie une neutralité constructive qui ne saurait le confiner à l'observation passive d'une escalade inquiétante entre des pays frères».

Le Maroc a décidé d'observer une neutralité dans cette crise des pays du Golfe pour plusieurs raisons mises en évidence dans le communiqué de la diplomatie marocaine et qui tiennent aux relations personnelles entre le souverain marocain et ses pairs des pays du Golfe, mais aussi la teneur des relations politiques, diplomatiques, économiques et commerciales qui lient le Maroc et les différentes parties prenantes au conflit.

«En raison des liens personnels solides de fraternité sincère et de considération mutuelle entre le roi Mohammed VI et ses frères rois et émirs des pays du Golfe, et tenant compte du partenariat stratégique singulier avec les Etats du CCG, le Royaume du Maroc a veillé à ne pas verser dans les déclarations publiques et les prises de position hâtives qui ne font que renforcer la discorde et approfondir les divergences».

Faire preuve de retenue

Selon le ministère marocain des Affaires étrangères, Mohammed VI a également  «l'ensemble des parties à faire preuve de retenue et de sagesse afin de faire baisser la tension, dépasser cette crise et régler définitivement les causes qui y ont conduit, conformément à l'esprit qui a toujours prévalu au sein du CCG».

Le Maroc n'a pas manqué d'offrir ses bons offices, à condition que les deux parties l'acceptent, pour une médiation tout en formulant le vœu que «ce mois sacré de Ramadan puisse inspirer à tous l'esprit de solidarité et de concorde nécessaire pour dépasser les désaccords actuels, afin que le CCG demeure un modèle de coordination régionale et un moteur de l'action arabe commune».

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«Le Royaume du Maroc est disposé à offrir ses bons offices en vue favoriser un dialogue franc et global, sur la base de la non-ingérence dans les affaires intérieures, la lutte contre l'extrémisme religieux, la clarté dans les positions et la loyauté dans les engagements».

Le Maroc est le dernier pays du Maghreb, mis à part la Libye, à se prononcer sur cette situation et le roi Mohammed VI a proposé ses services pour une médiation de sortie de crise. Dans la région Afrique du Nord, après l'Egypte, partie prenante dans le conflit, c'est la Mauritanie qui été l'un des premiers pays à réagir en décidant tout simplement de rompre ses relations avec le Qatar. Par la suite, l'Algérie et la Tunisie se sont également exprimées dans des termes très diplomatiques qui s'inscrivent pour l'essentiel dans cette posture de neutralité.

Dans un communiqué en date du 7 juin dernier, le chef de la diplomatie algérienne a appelé l'ensemble des pays concernés au dialogue, comme principal moyen de régler leurs différends, tout en rappelant l'essentiel qui compte pour l'Algérie, c'est-à-dire «la nécessité d'observer, en toutes circonstances, les principes de bon voisinage, de non-ingérence dans les affaires internes des Etats et du respect de leur souveraineté nationale». «L'Algérie reste confiante que les difficultés actuelles ne peuvent être que conjoncturelles et que la sagesse et la retenue finiront par prévaloir tant les véritables défis qui se dressent devant la marche des pays et des peuples arabes vers une solidarité agissante et une unité effective sont nombreux dont le terrorisme n'est pas des moindres», a ajouté le ministère algérien des Affaires étrangères

En Tunisie également, c'est la même prudence qui a prévalu en dépit des opinions divergentes exprimées en interne par différents responsables politiques du pays. «La Tunisie suit avec préoccupation la situation dans le Golfe et les dernières décisions prises et nous ferons en sorte de dépasser cette crise. Le monde arabe connaît des problèmes; et nous souhaitons que nos frères dans le Golfe trouvent un compromis afin de dépasser leurs divergences et de trouver une solution qui plait à tout le monde», s'est toutefois contenté de répondre à la presse, Khemaies Jhinaoui, le ministre tunisien des Affaires étrangères.

Neutralité et pragmatisme

La position des pays d'Afrique du Nord et principalement du Maghreb contraste avec la celle adoptée par plusieurs pays d'Afrique subsaharienne, notamment ceux qui ont une population majoritairement musulmane. Le Maroc n'a pas voulu prendre position dans ce conflit arabe dont les répercussions ont vite fait d'arriver jusqu'au continent.

Les observateurs africains ne manqueront pas de relever d'ailleurs le pragmatisme de cette décision, laquelle a fait défaut à certains pays qui n'ont pas hésité à rompre leurs relations avec le Qatar, dès le lendemain du déclenchement de la crise. Certains se sont certes contentés de ne rappeler que leurs ambassadeurs pour consultation, mais en pratique diplomatique, cela vaut également prise de position.

De l'avis de plusieurs observateurs, beaucoup de pays ont à perdre en se positionnant dans cette crise surtout au regard du poids des deux principaux acteurs de la crise dans leurs relations diplomatiques et surtout économiques. Toutefois, ce n'est qu'un secret de polichinelle que l'Arabie saoudite a fait pression sur certains pays pour rompre leurs relations avec le Qatar, accusé de parrainer financièrement le terroriste, dans une sorte de tentative d'isolement du riche émirat par la coalition menée par Riyad. La plupart ont obtempéré à divers degrés certes, et ils ne sont que peu nombreux à faire de même comme le Maroc. L'Erythrée a annoncé avoir catégoriquement rejeté «les pressions de L'Arabie saoudite pour rompre ses relations diplomatiques avec le Qatar».

Toutefois, il convient de noter que la plupart des pays africains concernés n'ont pas la même marge de manœuvre que le Maroc pour tenir tête aux desiderata des riches pétromonarchies du Golfe.

Le Maroc est en effet un allié stratégique des pays du Golfe avec qui il entretient de profondes relations et les relations personnelles entre le roi Mohammed VI et les rois et émirs du Golfe lui donnent toute légitimité pour se positionner en médiateur et donc sans prendre position. Plusieurs analystes spécialistes de la sous-région MENA avaient déjà anticipé le fait que le Maroc pourrait servir de médiateur dans cette crise qui ne fait visiblement que commencer.

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Preuve de l'estime dont bénéficie la monarchie marocaine auprès des souverains des pays arabes, à la suite des évènements du «printemps arabe» de 2011, les dirigeants des pays membres ont invité le Royaume du Maroc à intégrer le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Le Maroc a préféré plutôt le principe d'un partenariat stratégique avec ces pays, soulignant son ambition de se concentrer davantage sur le renforcement de son ancrage africain.

Aboubacar Yacouba Barma

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