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Politique - La Tribune AfriqueLeadership - La Tribune Afrique

Côte d’Ivoire : Ouattara dégaine, Soro riposte par appel du pied à Gbagbo !

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 21 juillet 2017 à 11:07 - Mis à jour le 21 juillet 2017 à 11:38

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Le tour de passe-passe politique se poursuit au sein de la majorité présidentielle soutenant le président Alassane Dramane Ouattara. Deux jours après le léger mais stratégique remaniement ministériel qui a été perçu comme une manière pur le chef de l’Etat ivoirien de reprendre la main, en envoyant un de ses fidèles lieutenants, Hamed Bakayako, dompter une armée encore infestée par des anciens rebelles encore acquis à leur ex-chef, Guillaume Soro. L'actuel président de l’Assemblée nationale a lui-aussi...

La crise couve au sein de la majorité présidentielle soutenant depuis 2011, le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara (ADO). Sur fonds de lutte de positionnement en vue de la succession du chef d'Etat, dont le second et dernier mandat arrive à échéance en 2020, les principaux partis alliés au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) se livrent une guerre feutrée mais acharnée pour marquer leurs territoires. Des tensions qui ont fini par provoquer un malaise qui se règle désormais sur la place publiques. Ils sont légions en effet au sein de la majorité mais aussi à l'intérieur même du Rassemblement des républicains (RDR) à afficher des ambitions présidentielles, et si jusque-là elles semblent relativement contenues, depuis quelques semaines, les différents protagonistes qui rêvent de succéder à ADO semblent déclencher les hostilités, chacun à sa manière.

D'un malaise, la crise semble désormais prête à éclater, même si les alliés continuent encore à afficher une certaine cohésion de façade au regard des piques que se renvoient, par déclarations interposées, les deux principaux clans qui sont bien parti pour le sprint final de cette guerre de succession. Il s'agit du camp présidentiel mené par les cadres du RDR et celui du président de l'Assemblée nationale et ancien chef rebelle Guillaume Kigbafori Soro.

Sur fond d'accusations à peine voilées et dans un contexte sécuritaire tendu qu'exacerbent des difficultés socioéconomiques conjoncturelles, l'actualité politique est en train de reprendre le dessus au bord de la lagune Ebrié à travers des actes qui ne trompent guère.

L'appel du pied de Guillaume Soro à Gbagbo

Le dernier acte en date de cette bataille politique, c'est la déclaration sur fonds de mea-culpa que vient de faire Guillaume Soro, ce jeudi 21 juillet, à Abidjan. De retour d'une tournée d'une dizaine de jour en Europe dont il a profité pour étoffer son réseau et surtout affiner sa stature internationale à coups de campagnes sur les réseaux sociaux, le président de l'Assemblée nationale a tenu des propos assez ambigus mais qui sont loin d'être anodins dans le contexte politique ivoirien.

« De retour en Côte d'Ivoire, j'ai pu noter des signes d'agitations. En tant qu'acteur politique et au nom de la responsabilité qui est la mienne, je voudrais lancer un appel au calme, à la pondération et à la retenue aux uns et aux autres »a souligné Soro ajoutant que« personne n'a intérêt à jouer contre la tranquillité, la sérénité et la stabilité de la Côte d'Ivoire ».

Plus loin, Soro contre-attaque en se déclarant prêt et déterminé à faire le premier pas allant jusqu'à annoncer sa décision de demander pardon aux ivoiriens mais aussi aux principaux leaders de la scène politique ivoirienne le président ADO, son principal allié Bédié du PDCI, et surtout l'ancien président Laurent Gbagbo, actuellement en détention à la CPI dans l'attente de bénéficier d'une hypothétique libération conditionnelle.

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C'est la partie de la déclaration qui a fait le plus de bruit et a aussitôt soulevé la polémique en ce sens que l'appel du pied à Gbagbo est loin d'être fortuit, dans le contexte politique actuel qui est celui de la Côte d'ivoire. Guillaume Soro le sait très bien d'ailleurs, ce qui prouve que la balle verbale était bien ciblée...

« Pour ma part, j'ai décidé de demander, une fois de plus, pardon aux Ivoiriens, pour tout ce que, depuis 2002, j'ai pu consciemment ou inconsciemment commettre comme offenses à ce peuple qui a tant souffert. J'adopterai la même approche du Pardon et j'irai demander Pardon à mes aînés les présidents Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et aussi Laurent GBAGBO pour tous les torts, manquements ou offenses que moi-même ou mes proches ont pu causer à chacun d'entre eux spécifiquement ».Guillaume Kigbafori Soro

Fidèle à l'habit d'homme d'Etat dans lequel il s'abrite depuis son arrivée au perchoir du parlement ivoirien, le président du parlement qui se savait très attendu, s'est mit dans une nouvelle posture politique, « au dessus de la mêlée » selon un de ses partisans présents à l'aéroport.

« Je vous en conjure, ne nous divisons pas. La division ne pourra que nous mener à la catastrophe. Rassemblons-nous ! C'est cette mission de rassemblement par le pardon et la réconciliation que je me suis assigné et rien ne devrait m'en détourner » a asséné un Soro bien dans ses bottes et sans laisser la moindre hésitation. Visiblement, la déclaration faite à sa descente d'avion a été bien préparée puisqu'elle a été postée presque texto sur les réseaux sociaux où il compte plusieurs profils (facebook et twiter notamment) mais aussi sur ses sites officiels.

« Je demeure convaincu que toutes les filles et tous les fils de ce pays doivent résolument emprunter le chemin de la vraie repentance et de la vraie réconciliation. En ce qui me concerne j'ai déjà pardonné et je suis désormais sans rancune ni colère » a finit par concéder l'ancien premier ministre de Laurent Gbagbo qui a pourtant choisi de soutenir Ouatarra lors de la crise post-électorale de 2011, mettant même à sa disposition ses « Forces nouvelles », l'ex-rébellion sans laquelle l'actuel chef de l'Etat n'aurait certainement pas pu arriver au pouvoir. « Je m'engage à travailler davantage, et plus que par le passé, pour reconstruire l'union de toutes les filles et tous les fils de la Côte d'Ivoire » a conclut Soro comme pour montrer qu'il maintien ses ambitions politiques intactes.

Ce n'est pas la première fois que Soro prône, ces derniers temps, la réconciliation nationale mais jusque-là, il a su mesurer ses propos. En dévoilant publiquement ses intentions de demander pardon à Laurent Gbagbo, c'est plus qu'un message qu'il envoie au camp du président ADO mais une véritable riposte.

Le fait est que cette posture a le don d'agacer en haut lieu particulièrement dans les rangs du RDR. Les premiers a en en faire les frais, ce sont les membres du PDCI qui avaient voulu à travers des déclarations du genre, essayer « un chantage dosé » au RDR avec qui visiblement ils ne comptent pas s'aligner derrière l'accord signé en 2015 à la veille de la dernière présidentielle entre Ouattara et Bédié pour que la majorité soutienne le candidat de l'ancien parti unique.

Des cadres du PDCI et non des moindres ont été dernièrement limogés de certains postes de responsabilité qu'ils occupaient dans la haute administration, ce qui a constitué également une pomme de discorde entre les deux alliés, le RDR et le PDCI, même si jusque-là la crise a été contenue en attendant le retour des vacances françaises de l'ancien président Bédié.

A Paris, Soro a d'ailleurs profité de son passage pour se rapprocher de Bedié à l'occasion d'une rencontre médiatisée dans la capitale française et alors qu'au pays, les nuages s'amoncellent sur la carrière politique du président de l'Assemblée nationale. Plusieurs membres de sa garde rapprochée sont visés par des procédures judiciaires ouvertes à la suite des mutineries qu'a connu le pays depuis le début de l'année. Pour l'entourage du président ADO, c'est Soro qui est derrière ces tentatives de déstabilisation surtout qu'elles sont devenues régulières depuis qu'il a été éjecté, à travers la réforme constitutionnelle de fin 2016, de dauphin constitutionnel du président ivoirien. La découverte d'une importante cache d'armes dans un des domiciles de son directeur de protocole et le fait que l'armée ivoirienne reste largement influencée par les anciens rebelles proches de Soro, ont fini par exacerber les soupçons du clan Ouattara.

ADO relance le RDR et envoie Bakayako « dompter » l'armée

La sortie médiatique de Guillaume Soro intervient deux jours après un léger mais stratégique remaniement ministériel qui s'est traduit par deux décisions qui ne trompent pas. Il y a d'abord le budget qui a été rattachée à la Primature, ce qui revient donc à confier à Amadou Gon Coulibaly les cordons des finances et ensuite la nomination de Hamed Bakayoko à la tête de la défense.

L'ancien journaliste qui était depuis 2011 à la tête du ministère de l'Intérieur et qui, avec Gon Coulibaly, constitue le premier cercle du clan ADO va donc se charger de ramener l'ordre dans les rangs de l'armée qui, il est vrai, a montré qu'elle était encore loin de « la force républicaine » qu'elle était supposée incarner au regard des nombreuses mutineries qui ont surgi depuis le début de l'année.

Cependant pour beaucoup en Côte d'Ivoire et au delà, c'est surtout une manière pour Ouattara et le RDR de « dompter » cette armée très influencée par des chefs et des militaires acquis à la cause de Soro. C'est d'ailleurs les anciens rebelles des Forces nouvelles qui ont été intégrés dans les forces de sécurité au lendemain de la victoire de 2011 qui ont été à la base des premières mutineries qu'a connu le pays et depuis le contexte sécuritaire n'a cessé de se dégrader. Quelques heures d'ailleurs après le remaniement, des coups de feu et des tentatives de déstabilisation des institutions, selon des sources sécuritaires, ont éclaté à Abidjan et avant même de prendre fonction, Bakayoko a été clair : il a appelée la hiérarchie militaire, composée de plusieurs «ex-comzones » affidés à Soro, à rentrer dans les rangs.

Main tendue, chantage et risques de divorce dans les rangs de la majorité

Le président ADO a dégainé et Soro a riposté ! C'est la principale lecture à faire de l'évolution des derniers évènements politiques survenus en Côte d'Ivoire et qui témoigne, si besoin est, du malaise.

Si dans le contexte actuel la main tendue de Soro aux partisans de Gbagbo n'a aucune chance d'être saisie par ces derniers, qui n'entendent point céder sans la libération, incertaine de leur leader, il n'en reste pas moins qu'elle serait perçue comme un chantage dans l'entourage de Ouattara.

Le rapprochement que fait miroiter Guillaume Soro avec le PDCI de Bédié fait planer les risques d'un inévitable éclatement de l'alliance RDHP et donc un désagrégation de la majorité présidentielle qui ne fera pas forcément les bonnes affaires du RDR. Ce dernier semble avoir pris conscience de la menace et serre désormais les rangs.

La lutte entre Bakayoko et Gon Coulibaly, deux potentiels successeurs de Ouattara à la tête du RDR et par ricochet à la présidence de la république en 2020, a été depuis quelques temps mise en sourdine et les deux principales têtes de l'exécutif avancent en rang serré.

Le RDR devrait d'ailleurs tenir son congrès en septembre prochain, ce qui constituera la mise à mort programmée de la fusion que projetaient Ouattara et Bédié des partis alliés au sein du RHDP.

En embuscade, Guillaume Soro qui reste toujours membre de cette alliance et militant du RDR prépare le terrain. Ses partisans ont récemment mis sur orbite un mouvement de soutien, « l'Alliance du 3 avril ». Un tremplin pour un éventuel parti politique au cas où...

A moins qu'il n'accepte de tempérer ou reporter ses ambitions en acceptant un poste de 3e vice-président du parti présidentiel c'est-à-dire jouer les seconds rôles derrière Gon Coulibaly et Hamed Bakayako. Cette issue reste peu probable d'autant que pour certains fidèles du « président GSK », le piège est trop gros pour se laisser prendre.

La « sérénité » qui prévaut actuellement au sein de la majorité présidentielle reste donc de façade et les derniers événements prouvent plus que jamais qu'il suffit d'une étincelle pour qu'elle explose ! Aujourd'hui alliés, mais au regard de ce qui se passe, personne ne peut parier sur ce qui peut advenir demain...

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D'ici l'échéance de 2020, il y a encore du temps mais en politiciens avertis, tous les protagonistes de cette crise savent plus que quiconque que pour aller loin, il faut savoir préparer sa monture. D'autant que le voyage s'annonce truffé d'embuches...

Aboubacar Yacouba Barma

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