Nigeria : Buhari reprend ses fonctions et enfile ses habits de commandant en chef
Aboubacar Yacouba Barma
Aboubacar Yacouba Barma
Cette fois, Muhammadu Buhari est vraiment de retour ! C'est en tout cas l'impression qu'il a voulu donner dans le bref message à la nation qu'il a adressé à ses concitoyens, ce lundi 21 Août, deux jours après son retour au pays après trois de séjour médical à Londres.
Depuis Aso Rock, le siège de la présidence fédérale nigériane, Buhari est apparu certes encore affaibli et un peu hagard, mais déterminé et surtout ferme sur ce qui lui apparaît comme les défis nationaux de l'heure. Une manière pour le chef d'Etat nigérian de montrer qu'il a repris effectivement ses fonctions officielles et qu'il entend pleinement assumer ses charges présidentielles. C'est du reste ce qu'a confirmé par la suite, son conseiller en communication, Femi Adesina. « Conformément aux dispositions constitutionnelles, le président Muhammadu Buhari a écrit à l'Assemblée Nationale, le Sénat et la Chambre des représentants, de son retour au bureau, après avoir passé des vacances médicales à Londres » a rapporté la même source.
Officiellement de retour donc et sans perdre de temps, le président nigérian a annoncé la couleur dans son message à la nation retransmis en direct par la télévision publique nigériane. S'il s'est montré reconnaissant à l'égard de ses compatriotes pour leurs prières durant son hospitalisation, Buhari a souligné qu'il a été tout ce temps maintenu en contact permanent avec ce qui se passe au pays. Saluant les débats qui agitent l'opinion du pays sur plusieurs sujets, le président nigérian s'est dit toutefois, « affligé de constater que certains commentaires, en particulier sur les réseaux sociaux, ont franchi nos lignes rouges nationales », s'insurgeant contres certains propos qui ont l'audace même « de douter de notre existence collective en tant que nation ».
« C'est aller trop loin !» a tranché Buhari qui a plaidé pour l'unité du pays tout en se montrant intransigeant par rapport aux questions qui touchent l'intégrité du pays.
Le président nigérian fait ainsi référence aux troubles ethniques qui ont dernièrement agité le pays ainsi qu'aux mouvements indépendantistes qui s'activent dans la région de l'ancienne Biafra. « Il ne s'agit pas de nier qu'il existe des préoccupations légitimes des différents groupes qui ont chacun des revendications propres mais la beauté et l'avantage d'une fédération, c'est qu'elle permet à différents groupes de faire part de leurs doléances et d'établir un mode de coexistence pacifique », a indiqué Buhari rappelant que le Parlement est justement l'organes légitime pour porter et discuter de certaines problématiques nationales. « Le consensus national est qu'il vaut mieux vivre ensemble que vivre séparément » a également plaidé le chef d'Etat nigérian. Durant son séjour londonien, le vice-président Yemi Osinbajo qui assurait l'intérim, est parvenu à un accord de paix avec les mouvements rebelles qui perturbaient la production du pétrole dans la région du Delta du Niger, mais la situation sécuritaire reste toujours précaire et plusieurs groupes avec diverses revendications parfois ethniques ou tribales se sont montrés particulièrement actif ces derniers temps dans plusieurs Etats de la fédération nigériane.
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Dans le collimateur du président Buhari, le groupe Boko Haram qui continue à sévir dans le nord-est du pays ainsi que dans la zone frontalière dans les pays voisins du Lac Tchad. Le président nigérian a exhorté les forces de défense et de sécurité nigériane à ne pas les succès obtenus au cours des 18 derniers mois contre la secte islamiste.
En véritable commandant en chef, il a promis qu'il entend redynamiser la lutte non seulement contre les éléments de Boko Haram qui tentent une nouvelle série d'attaques contre des cibles faciles avec des enlèvements de pauvres citoyens mais aussi contre « les violences ethniques alimentées par des fauteurs de troubles politiques ».
Le président nigérian a enfin appelé les nigérians à contribuer à l'atteinte de l'intérêt collectif du pays en évitant les petites différences pour faire face aux défis communs de l'heure, notamment la sécurité, le développement socio économique et une paix durable pour le pays. « Je reste résolument attaché à ce que ces objectifs soient atteints et maintenus » a réaffirmé le président Buhari qui a clôturé son discours en avouant qu'il est « si content d'être à la maison ».
Contrairement à mars dernier ou de retour d'un premier séjour médical de deux mois, Buhari a annoncé qu'il va poursuivre sa convalescence, cette fois le président nigérian montre qu'il a repris le travail. Il n'a évoqué aucune question sur son état de santé et sur la suite de sa convalescence, une manière certainement de prouver que la parenthèse médicale est fermée.
L'opération de communication de la présidence nigériane vise certainement à rassurer les nigérians mais les inquiétudes et les interrogations sur la santé du chef de l'Etat ainsi que sa capacité à diriger le pays vont se poursuivre davantage.
Quelques jours avant son retour, le président nigérian à reçu à Londres, les présidents du Sénat et de la chambre des représentants, ce qui suppose que conformément à la constitution, il a mis fin à la délégation des pouvoirs qu'il a confié à son vice-président, Yemi Osinbajo, avant son départ londonien. Ce qui lui permet effectivement de reprendre ses fonctions à la tête du pays.
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Les prochains jours permettront certainement de déterminer si Buhari est effectivement en capacité de continuer à diriger le Nigéria, ce qu'il a voulu démontrer dans son adresse à la nation de ce lundi 21 Août, surtout que ce ne sont pas les défis qui manquent à deux ans de la fin de son premier mandat.
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