Monnaie unique de la CEDEAO : Issoufou optimiste, Buhari pessimiste et ADO toujours acquis au CFA
Aboubacar Yacouba Barma
Aboubacar Yacouba Barma
C'est certainement avec l'idée en tête que l'horizon est par définition, une ligne imaginaire qui s'éloigne quand on s'en approche que les quatre chefs d'Etat composant la Task force présidentielle du projet de monnaie unique de la CEDEAO ont encore renouvelé leurs engagements pour la réalisation de cet idéal à l'horizon 2020. Réunis en sommet à Niamey ce mardi 24 octobre, Issoufou Mahamadou du Niger, Muhammadu Buhari du Nigéria, Nana Akufo-Addo du Ghana et Alassane Dramane Ouattara de la Côte d'Ivoire auxquels s'est joint Faure Gnassingbé du Togo en sa qualité de président en exercice de l'organisation sous-régionale ont tenu à raviver la flamme de ce processus initié depuis 1987 tout en faisant preuve d'un certain réalisme sur le respect du délai. Des progrès ont certes été réalisés ainsi par les institutions de la CEDEAO impliquées dans la conduite du processus, comme il en a été fait cas dans le communiqué final ayant sanctionné la rencontre. Mais la Task force s'est contenté de réaffirmer son engagement dans la poursuite et l'accélération de la réalisation de l'agenda de l'intégration économique et monétaire de la CEDEAO. « Elle réaffirme sa ferme volonté à œuvrer à l'atteinte des objectifs des Pères fondateurs de la CEDEAO de doter la région d'une union monétaire en vue d'accélérer la construction d'un espace de prospérité et de solidarité » poursuit le communiqué dans lequel les chefs d'Etat ont également appelé les autres pays membres à « prendre les mesures nécessaires, notamment le respect des critères de convergence qui permettraient de réaliser les objectifs de création de la monnaie unique de la CEDEAO à l'horizon 2020 ».
Les Etats membres ont également été conviés à renforcer le mécanisme de la surveillance multilatéral et la Task force a instruit le comité ministériel à l'effet de se réunir dans un délai de trois mois pour proposer une nouvelle feuille de route en vue d'accélérer la création de la monnaie unique en 2020. « Dans ce cadre une approche graduelle privilégiant un démarrage avec les pays qui respectent les critères de convergence devrait être étudiée » a conclut le communiqué dans lequel les chefs d'Etat se sont donnés de nouveau rendez-vous en février 2018 à Accra au Ghana.
De l'optimisme donc mais aussi du pragmatisme car si l'importance d'une telle monnaie continue à faire consensus, le respect de l'échéance plaide pour un réalisme au vu de l'état des préparatifs et de l'évolution du processus notamment l'atteinte des critères de convergence monétaire. Le premier à en faire cas a été le président nigérian pour qui, en substances, rien ne sert de courir il faut juste savoir partir à point.
Pour ceux qui estiment que le Nigéria, première puissance économique de la CEDEAO n'a aucun enjeu à se précipiter même s'il pourrait en sortir gagnant, le président nigérian les conforte certes mais son avis est partagé par le président de la commission de la CEDEAO. Ce n'est pas nouveau, Marcel de Souza s'est montré depuis fort longtemps sceptique sur l'effectivité de cette monnaie en 2020 et il l'a encore répété dans la capitale nigérienne. « Malgré des progrès sur la convergence macro-économique, les résultats sont faibles. Nous ne pouvons pas aller en 2020 à la monnaie unique » a reconnu De Souza à l'ouverture du sommet où il a du reste précisé que « la feuille de route n'a pas été mise en œuvre vigoureusement ». Sur les quatre objectifs fixés, « les résultats ne sont pas au rendez-vous » a relevé le président de la commission de la CEDEAO qui précise par exemple que « de 2012 à 2016, aucun de nos pays n'a pu respecter de manière continue les critères de premier ordre du programme de convergence macro-économique ».
Il n'y aura donc pas de monnaie unique dans l'espace CEDEAO avant 2020, mais le processus suivra son cours et la dynamique renforcée. C'est un peu ce qui convient à l'hôte du sommet, Mahamadou Issoufou pour qui l'enjeu est ailleurs. « La mise en place d'une union monétaire est à la fois une décision économique et politique. Les enjeux sont importants et les défis multiples et redoutables » a estimé le président nigérien rappelant qu'une monnaie unique, « en réduisant les coûts des transactions, en faisant converger les taux d'inflation, et en assurant la transférabilité des capitaux, renforcera les échanges des biens et des services, amplifiera la croissance économique et donc la prospérité des peuples de chacun de nos pays ».
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Pour le président nigérien, il faudrait mettre tout en œuvre pour le respect de la date de 2020. « Même si nous devrions commencer par une formule novatrice » s'est défendu le chef d'Etat nigérien pour qui il est par exemple possible d'envisager, suivant une approche gradualiste, la création formelle par les Etats qui sont techniquement prêts en terme de convergence macroéconomique. Un processus qui s'inspire du modèle suivi pour l'euro et au travers duquel une monnaie unique pourrait être mise en circulation comme une unité de compte à partir de 2020, dans un système de compensation dont la mise en place pourrait provenir d'une harmonisation des systèmes de paiements. « Dans cette hypothèse, les transactions importantes entre les opérateurs économiques de la communauté seront libellées dans cette monnaie, ainsi que la tenue de leur comptabilité » a détaillé le président nigérien pour qui «la circulation des signes monétaires pourrait intervenir à une date ultérieure et l'adhésion des autres états se ferait au fur et à mesure de leur aptitude à respecter les critères de convergence ».
Pour le président nigérien qui se pose en chef de file de cet ambitieux chantier depuis qu'il a été chargé en 2013 par ses pairs d'en chapeauter le processus, la symbolique qui consiste à envoyer un signal politique fort à tout son sens. En 2020, il sera à une année de la fin de son second et dernier mandat et l'instauration d'une monnaie unique pourrait lui servir d'héritage politique tout comme le chantier de mise en œuvre d'une zone africaine de libre-échange qu'il dirige pour le compte de l'Union africaine (UA).
C'est le chef d'Etat ivoirien qui a été à la fin du sommet commis pour détailler en conférence de presse les grandes décisions issues de la rencontre de Niamey. Et comme il fallait s'y attendre il a veillé à concilier les différentes positions même s'il a reconnu, qu'il ne serait pas facile d'avoir la monnaie unique en 2020. « Nous allons proposer en 2019 une évaluation et à partir de là, nous verrons si nous maintenons 2020 avec les pays qui remplissent les critères ou si nous voulons donner un nouveau délai pour aller de l'avant. C'est dire que c'est une évolution graduelle souple, mais avec en même une volonté politique d'avoir la monnaie unique en 2020» a résumé Ouattara
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Pour Ouattara qui assure la présidence en exercice de l'UEMOA, c'est l'engagement politique qui compte. « Nous voulons respecter cet engagement. La volonté d'avoir une monnaie unique de la CEDEAO a été prise en 1987. Si nous avons pris l'objectif de 2020, cela ne veut pas dire que cet objectif sera atteint en 2020, mais nous pouvons faire des progrès et les évaluer en 2019 » a estimé le chef d'Etat ivoirien. Et comme il fallait s'y attendre, la question du Fcfa s'est invité à la conférence et sur cette question, ADO s'est montré fidèle à ses convictions d'économiste : «nous sommes attachés au Franc CFA, mais nous voulons la monnaie unique dans le meilleur délai».
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