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Politique - La Tribune AfriquePolitique publique - La Tribune Afrique

Niger : pour le FMI, l’évolution démographique présente des opportunités

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 25 juillet 2017 à 14:20 - Mis à jour le 25 juillet 2017 à 14:20

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Dans une note d’analyse que vient de publier le FMI sur la transition démographique au Niger et son impact potentiel sur l’économie, il apparait que la croissance galopante de la population peut être traduite en fenêtre d’opportunités pour que le pays tire pleinement profit du dividende démographique. Pour ce faire, le pays devrait veiller à instaurer les conditions d’une croissance forte et durable. En plein débat sur l’explosion démographique comme cause du sous-développement, le FMI montre ainsi une...

C'est le FMI qui le dit : « l'évolution démographique du Niger présente des opportunités à long terme, mais d'importants défis devront être relevés avant de pouvoir tirer parti du dividende démographique ». La conclusion tirée d'une note d'analyse qui vient d'être rendue publique par le Fonds monétaire international (FMI) a de quoi surprendre puisqu'elle prend, en partie, le contre-pied de certaines affirmations polémiques de ces derniers temps et surtout pour une fois que l'institution de Bretton Woods ne s'érige pas en donneuse de leçons.

D'autant qu'elle intervient en plein débat au Niger et ailleurs sur le continent, sur l'impact de la croissance démographique sur le développement des pays africains. Un débat qui a viré à la polémique à la suite de la "malencontreuse" déclaration du président Emmanuel Macron qui a récemment estimé que le taux de fécondité des femmes africaines est un sérieux handicap au développement, provoquant un véritable tollé au sein de l'opinion africaine. Avec la dernière décision des parlementaires de la CEDEAO qui viennent de décider, le weekend dernier, de viser à réduire le nombre d'enfants par femmes à 3, la vague n'est pas prête de s'estomper et si les avis des spécialistes de tout genre et d'experts de tout acabits continuent à amplifier le débat, la publication du FMI a de quoi apporter une forte valeur ajoutée aux échanges, en ce sens qu'elle montre plutôt la voie pour gérer efficacement cette phase de transition démographique pour bon nombre de pays africains.

« Le Niger va connaître, dans les 5 à 15 prochaines années, une augmentation du pourcentage de sa population en âge de travailler, offrant une opportunité de commencer à tirer parti du dividende démographique, à condition que les politiques adéquates soient élaborées et correctement mises en œuvre ».

Sous le titre, « tirer parti du dividende démographique au Niger : opportunités et défis », le FMI a analysé la dynamique démographique du pays et son impact sur les perspectives de développement. Sur la base de différentes données statistiques officielles, le constat qui se dégage est que le Niger accueille la population qui connait la croissance la plus rapide au monde, avec le taux de fécondité le plus élevé et une diminution significative du taux de mortalité, alimentant ainsi une croissance rapide de la population moins urbanisée avec un âge moyen inférieur à 15 ans.

Transition démographique à multiples enjeux

Pour le FMI, le Niger est au début de sa transition démographique et les tendances observées de l'analyse de l'évolution de sa population font ressortir que ces tendances démographiques vont permettre à la « fenêtre » du dividende démographique de s'ouvrir au Niger, mais très lentement, après 2020, pour se maintenir éventuellement au-delà de 2100. Afin de saisir au mieux cette opportunité, et de gérer les aspects socioéconomiques négatifs d'une démographie galopante.

Le FMI a recommandé aux autorités de veiller à maintenir la stabilité macroéconomique afin, par exemple, de jeter les bases d'un environnement propice au développement du secteur privé. « En mettant en place des politiques publiques permettant de maintenir le cap vers le dividende démographique, les autorités doivent aussi assurer la résilience aux chocs exogènes, créer une marge de manœuvre budgétaire nécessaire pour investir dans l'éducation, les services de santé, et construire des infrastructures destinées à accompagner le développement du secteur privé », souligne la note.

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« L'accélération et la gestion de la transition démographique au Niger par la promotion d'un environnement propice à une croissance forte et durable sont essentielles pour tirer parti du dividende démographique ».

Incidences économiques

Selon la note du FMI, comme d'autres pays d'Afrique subsaharienne, « l'actif économique le plus important du Niger pourrait bientôt être sa population ». À mesure de son évolution démographique, le pays pourrait bénéficier d'une solide croissance, si les politiques sont conçues pour exploiter ce potentiel plaide réitère encore le Fonds pour qui, « cette  transition démographique pourrait avoir une incidence sur l'économie nigérienne par le biais de nombreux circuits de transmission ».

Au rang de ces derniers et pour le cas nigérien, les auteurs ont ainsi listés quatre principaux circuits notamment l'augmentation de la part employable dans la population en âge de travailler, « provenant d'une plus grande participation des femmes au marché du travail à la suite de la baisse de la fécondité » ainsi que celle de l'épargne globale du fait du nombre accru d'adultes en âge de travailler, « qui ont tendance à épargner davantage par rapport aux autres tranches d'âge, fournissant ainsi les ressources nécessaires aux investissements pour doper la croissance ». Il en va de même avec une population ayant moins d'enfants et vivant plus longtemps qui tend à dépenser davantage dans les soins de santé et l'éducation, « contribuant ainsi à assurer une main-d'œuvre plus productive » et enfin une population active plus nombreuse pouvant entraîner une plus forte demande intérieure et dynamiser l'investissement à la fois national et étranger.

« Si le Niger est en mesure d'accélérer la baisse de sa croissance démographique et d'apporter aussi des améliorations aux autres facteurs qui ont une incidence positive sur le niveau d'équilibre du PIB par habitant, à savoir la productivité totale des facteurs et le taux d'épargne, il pourrait alors tirer un meilleur parti de sa transition démographique ».

Population active ou explosion démographique

L'analyse du FMI s'est particulièrement focalisée sur la part de Population en âge de travailler (PPAT) et son rôle dans la croissance économique du pays en ce sens que selon les auteurs du rapport, au Niger, la fenêtre d'opportunité pour tirer parti du dividende démographique découlant de l'augmentation du PPAT devrait commencer lentement à s'ouvrir entre 2020 et 2025 et pourrait se maintenir au-delà de 2100.

Selon les projections contenues dans le document, le pourcentage de la PPAT serait tout juste supérieur à 50 % en 2050, et le pays pourrait entrer dans une période « d'explosion » du nombre de jeunes. Le PPAT au Niger devrait augmenter pour passer de 47 % en 2015 à 53,5 % en 2050, soit 10 points de pourcentage en-dessous des niveaux moyens prévus dans les régions d'Asie du Sud-est et d'Amérique latine et Caraïbes et d'ici 2050, la population âgée de 15 à 24 ans aura atteint 20 % de la population totale, situation qualifiée « d'explosion » du nombre des jeunes. Pour le FMI, cette dynamique «  peut causer des mouvements politiques et sociaux déstabilisateurs, si les autorités ne parviennent pas à répondre à leur demandes croissantes en matière de services d'éducation, de santé et d'emploi ». En outre, poursuit la même source, «  la croissance rapide du nombre de jeunes risque d'entraîner d'autres problèmes de société, tels que ceux observés dans certaines grandes villes d'Afrique et d'Amérique latine, nécessitant davantage d'investissement en matière de sécurité ».

De manière générale, le FMI estime que bien que l'économie politique de la démographie au Niger reste complexe, il n'en demeure pas moins que comme la part de la population jeune risque de diminuer au profit d'un nombre croissant d'adultes, « il est possible d'augmenter rapidement les revenus et l'épargne dans la société ».

Toutefois, tempère la note, « l'évolution en termes de revenus dépendra des progrès enregistrés sur le plan de la création d'emplois et de la part de la population en âge de travailler qui aura effectivement un emploi, à mesure que les opportunités de travail augmenteront ».

Défis nigériens, problématique africaine

Il ne s'agit-là que de certains aspects les plus significatifs de l'analyse du FMI qui bien qu'elle se focalise sur le Niger, peut bien servir d'autres pays où la même problématique subsiste comme l'illustre le fait que même l'Union africaine (UA) s'est saisie de la question devant l'urgence de la situation.

Au Niger, la problématique se trouve d'autant plus amplifié que les autorités tentent, tant bien que mal et depuis des années, d'apporter des réponses concrètes à la gestion de cette transition démographique qui n'est qu'à sa première phase. Selon les experts, la deuxième phase risque d'être plus compliquée et c'est de l'approche avec laquelle les politiques publiques intègrent cette dynamique en matière de stratégie de développement, que le pays pourrait pleinement tirer profit de sa population.

Comme l'a mis de nouveau en évidence le rapport, le Niger pourrait devenir dans un avenir proche le plus peuplé de l'UEMOA. La croissance démographique du Niger est passée de moins de 3 % par an dans les années 80, à 4,11 % en 2015 et sa population à 19,9 millions d'habitants en 2015, soit le deuxième pays le plus peuplé de l'UEMOA après la Côte d'Ivoire, avec 22,7 millions d'habitants à la même période.

Selon les projections des Nations Unies reprises par le FMI dans son analyse, la population du Niger devrait doubler d'ici 2034 et dépasser celle de la Côte d'Ivoire dès 2024, représentant 19,3 % de la population totale de l'UEMOA et d'ici 2050, la population nigérienne représentera un quart de la population de l'UEMOA et 3,4 % de celle de l'Afrique subsaharienne exerçant ainsi « une pression considérable sur les autorités pour répondre aux besoins croissants en termes d'infrastructures de base et de services sociaux ».

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Le principal défi, c'est de faire en sorte que ces millions de nigériens qui suscitent les inquiétudes, deviennent autant de « consommateurs » à travers des politiques publiques efficaces qui vont au delà de la « cristallisation sur la fécondité », et ainsi changer d'angle de vue...

Aboubacar Yacouba Barma

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