Des ambassadeurs pour faire briller la French Tech à l’international

Par Delphine Cuny  |   |  1079  mots
Lors de cette soirée de vœux aux acteurs du numérique, les ministres ont soufflé la première bougie de ce mouvement de mobilisation, autour d'un gâteau orné d'un coq rose stylisé, le logo de la French Tech.
Le gouvernement veut créer des « French Tech Hubs » labellisés dans les grandes métropoles innovantes du monde, en fédérant représentants publics de la France à l’étranger et entrepreneurs expatriés, pour aider les startups hexagonales à s’implanter ou lever de l’argent.

Un an après avoir lancé l'initiative de labellisation des métropoles French Tech, destinée à distinguer les écosystèmes de startups les plus dynamiques et prometteurs de l'Hexagone, le gouvernement veut passer à la vitesse supérieure. « L'an II de la French Tech sera celui de l'accélération à l'international » ont annoncé Emmanuel Macron et Axelle Lemaire jeudi soir à Bercy, devant près de 1.000 personnes, dont de nombreux représentants des neuf territoires labellisés à l'automne. Lors de cette soirée de vœux aux acteurs du numérique, les ministres ont soufflé la première bougie de ce mouvement de mobilisation, autour d'un gâteau orné d'un coq rose stylisé, le logo de la French Tech.


Le ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique ainsi que la secrétaire d'Etat au Numérique ont dévoilé la stratégie du gouvernement pour faire davantage briller la French Tech à l'étranger, à la fois en aidant les jeunes pousses hexagonales à se projeter à l'international et en renforçant l'attractivité du pays en attirant des investisseurs, des talents et des entrepreneurs venus du monde entier.

« 2015 doit être l'année de l'approfondissement et de l'accélération. Approfondissement de l'écosystème, pour ouvrir la French Tech vers l'extérieur, vers l'international, vers les grandes entreprises » a déclaré Emmanuel Macron jeudi soir à Bercy.

Labellisations de métropoles innovantes comme Londres ou Tel Aviv


Les ministres ont annoncé le projet de création de « French Tech Hubs» au sein de grandes régions internationales d'innovation, comme « Londres, Tel Aviv, Singapour, Sao Paolo » a cité en exemples Axelle Lemaire. Deux ont déjà ouvert l'an dernier à San Francisco et Boston. Sur le modèle des métropoles French Tech dans l'Hexagone, des écosystèmes d'entrepreneurs seront labellisés par l'Etat sur la base d'un projet répondant à des critères bien précis. Plusieurs pourraient l'être dans un même pays (typiquement Etats-Unis, Brésil, Chine). Il n'y aura « aucun financement venant de l'Etat » insiste le cahier des charges publié ce vendredi.


L'objectif est de « susciter une mobilisation collective » et de fédérer sous cette bannière les divers acteurs publics (Business France, né de la fusion d'Ubifrance et de l'Agence française pour les investissements internationaux, consulats, chambres de commerce, collectivités, etc) et un réseau d'entrepreneurs bien implantés sur place (startups, grands groupes, investisseurs, ingénieurs ou développeurs) pouvant jouer le rôle de mentors pour les jeunes pousses voulant se développer sur ce territoire, et d'ambassadeurs de la French Tech auprès des décideurs locaux.


Le « hub » devra organiser des événements et du réseautage dans un lieu identifié, ainsi qu'un « programme d'accélération » destiné à aider une startup à s'implanter, à lever des fonds, à rencontrer des clients, des médias. Ces French Tech hubs collaboreront avec les métropoles labellisées dans l'Hexagone, y compris la locomotive Paris-Ile de-France.

« La présence massive des entreprises françaises au dernier Consumer Electronics Show (CES), les levées de fonds internationales de plusieurs de nos champions, le succès des produits et services numériques français sur les marchés du monde ont contribué à remettre la France sur le devant de la scène de l'innovation mondiale. Nous devons maintenant transformer l'essai ! » a lancé Axelle Lemaire.


Opérations de promotion à l'étranger et en France


Les ministres ont aussi annoncé hier le lancement de la « plateforme d'attractivité internationale de la French Tech », un programme, doté d'un budget de 15 millions d'euros. Business France organisera des opérations de promotion et d'influence à l'étranger, lors des grands salons et festivals (CES de Las Vegas, Mobile World Congress de Barcelone, SXSW d'Austin), mais aussi en France en faisant venir des investisseurs, des entrepreneurs, des influenceurs internationaux pour leur faire découvrir la richesse et la diversité des écosystèmes français, comme cela avait été fait en juin dernier avec des « venture capitalists » (VC, investisseurs en capital-risque) américains pendant Futur en Seine à Paris.

« Je dis aux médias et aux VC: venez juger sur pièce et sur place ! Ils connaissent la France pour leurs vacances, ils doivent la découvrir pour le business et ses startups » a estimé Axelle Lemaire.


Ces actions destinées à accroître la visibilité et la notoriété des startups et du tissu entrepreneurial français cibleront en priorité en 2015 l'Amérique du Nord, « marché de référence pour les entreprises et en matière d'investissement international », mais où « les investisseurs continuent d'entretenir des sentiments et perceptions mêlés à l'égard de la France » observe la mission French Tech, rattachée à Bercy.


Business France rendra accessible en ligne le 1er juin cette « plateforme » qui sera composée d'outils de communication et de « modules packagés » : brochures multilingues numériques ou papier, « goodies » aux couleurs de la French Tech, dispositifs clé en main de visite à la découverte de l'écosystème français pour des leaders d'opinion, etc. L'agence veillera à la cohérence des messages.

Des événements privés subventionnés

Business France invite les acteurs privés, les entrepreneurs, à proposer des actions concrètes et à s'engager dans cette démarche de rayonnement de l'écosystème français. D'ailleurs, en parallèle, la Caisse des Dépôts pilotera un programme Action French Tech, dans le cadre des investissements d'avenir, et attribuera des subventions à des projets d'organisation d'événements de promotion à l'international de l'écosystème de startups français : un appel à manifestations d'intérêts a ainsi été lancé ce jeudi. Les projets seront proposés au fil de l'eau d'ici à la fin décembre 2017. En juin dernier, la mission French Tech avait contribué au financement de La French Touch Conference organisée à New York par un groupe d'entrepreneurs, avec le soutien d'Axa. Une seconde édition est prévue les 24-25 juin prochains.


Enfin, Emmanuel Macron a annoncé « un événement ici-même à Bercy, avec les plus grands VC américains de la côte ouest et de la côte est, un grand concours pour vous mettre au défi », qui devrait se tenir après l'été. Et le ministre de conclure :

« La France a besoin d'exemples de réussites, en particulier après les événements tragiques du début d'année, besoin de retrouver de l'espoir. Prenez un maximum de risques, plus vous en prendrez en 2015, plus j'en prendrai pour vous défendre » a-t-il promis, déclenchant un tonnerre d'applaudissements.