David Kassar : « La francophonie représente un enjeu incontestable »

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David Kassar, Président fondateur de Mission Internationale
David Kassar, Président fondateur de Mission Internationale (Crédits : DR)
Le jeudi 8 novembre prochain se déroulera, à la Maison de la Mutualité à Paris, les prochaines Rencontres d'Affaires Francophones. Dans ce cadre David Kassar, Président Fondateur de Mission Internationale, nous livre sa vision de la francophonie.

Vous êtes à la tête de Mission Internationale et avez l'habitude d'accompagner les entreprises à l'étranger: quel est le poids de la francophonie à l'international ?

Mission Internationale accompagne les entreprises, ETI et PME-PMI, à chaque étape de leur processus d'internationalisation vers les pays ou zones francophones, portes d'entrée vers l'international. Nous agissons comme un accélérateur d'affaires dans des zones géographiques que nous connaissons et maitrisons depuis plus de 10 ans que nous existons. Par exemple, nous avons acquis une forte expertise sur le Québec - j'y ai moi-même vécu plus de 10 ans -, mais aussi au Maroc, à Djibouti, au Liban, au Vietnam, en Côte d'Ivoire pour avoir organisé de nombreuses missions exploratoires sur le terrain et conduit plusieurs délégations de chefs d'entreprise.

Ce n'est pas un scoop : les Français n'excellent pas en langues. Le système scolaire n'est pas adapté pour pousser l'apprentissage des langues, et historiquement, les Français ont toujours eu une mentalité tournée vers la terre plutôt que vers la mer. Malheureusement, les chefs d'entreprise ne font pas exception à ce constat. Leur anglais est approximatif. Généralement, lorsque l'on évoque un développement à l'international, l'on pense spontanément aux marchés anglophones où la langue de Shakespeare est un « must », c'est le cas de le dire ! Mais, de mon point de vue, une stratégie plus astucieuse et payante est de commencer par un pays francophone. En effet, cette approche donnera au dirigeant et à ses équipes un niveau de confiance et de confort qu'ils n'auraient pas eu en s'attaquant à un marché très différent de la France, et donc perçu potentiellement comme déstabilisant à plusieurs titres, la langue bien sûr mais aussi le contexte culturel, l'environnement juridique, les pratiques d'affaires ... Il ne faut pas négliger les facteurs d'ordre psychologique qui, bien qu'invisibles, jouent un rôle clé dans la réussite d'une entreprise à l'international.

Sur un plan plus large, la francophonie représente un enjeu incontestable, et d'abord pour la France elle-même. A l'occasion de la Journée Internationale de la Francophonie le 20 mars dernier, nous avons bien saisi la volonté du Président Emmanuel Macron de moderniser la francophonie et de réformer l'action de rayonnement du français à travers le monde. C'est un plan d'actions comportant plus d'une trentaine de mesures qui a été présenté, ce qui est un signal fort.

Je souligne également que la France a été élue la nation la plus influente du monde en juillet 2017 et que son principal atout en matière « soft power » est la francophonie. Selon l'Organisation Internationale de la Francophonie, les francophones sur les 5 continents représentent environ 275 millions de personnes. Langue officielle dans 32 pays, le français est reconnue comme une langue noble et la langue du romantisme par excellence. Si l'anglais est unanimement qualifié de langue des affaires qui reste à la première place devant le mandarin, le français arrive en troisième position.

Les chiffres le prouvent : le français a un vrai potentiel pour devenir largement dans plusieurs zones du monde. L'évolution du taux de natalité en Afrique fera du français une langue parlée par 750 millions de personnes d'ici 2050 selon l'Institut d'Etudes Nationales Démographiques (INED). C'est en effet grâce au dynamisme démographique de l'Afrique que la francophonie est l'espace linguistique à la plus forte croissance: +143% prévus entre 2015 et 2065 (+62% pour l'anglais), selon l'ONU. D'ici à 2065, un milliard de personnes devrait parler français, soit cinq fois plus qu'en 1960. Le français est actuellement cinquième après le mandarin, l'anglais, l'espagnol et, suivant les estimations, l'arabe ou l'hindi, selon l'OIF.

Existe-t-il une économie de la francophonie ?

Je souhaite d'abord rappeler que l'espace francophile-francophone représente aujourd'hui 16% de la richesse mondiale avec d'importants potentiels de croissance économique. Près de 20% des échanges commerciaux y sont réalisés. Si dans un passé pas si lointain, la francophonie s'entendait souvent au travers du prisme linguistique et culturel, la francophonie est devenue un véritable espace d'échanges marchands qui crée de la richesse, des emplois, du développement économique partout sur la planète. Derrière une langue, il y a souvent des valeurs communes, une façon de penser, de « commercer », c'est à dire d'échanger et de créer du lien avec l'autre. Selon moi, la francophonie économique est « faite » par des hommes et des femmes de terrain, des chefs d'entreprise et des entrepreneurs pragmatiques. On est loin de la francophonie politique et institutionnelle, un peu poussiéreuse et dépassée.

Evidemment, la francophonie économique est encore fragmentée ; ce n'est ni l'Alena ni l'Asean ou le Mercosur. Je parlerai davantage d'espaces francophones économiques au pluriel au sein desquels des réseaux d'affaires et d'entraide s'organisent de manière transversale. La coopération entre chefs d'entreprise de pays différents ayant une langue et un héritage culturel en partage est à l'oeuvre. Parce que le plaisir de faire des affaires, de se découvrir, d'apprendre et de grandir ensemble, de s'apporter mutuellement des bénéfices se traduit nécessairement par des opportunités économiques. En s'implantant en francophonie, les entreprises françaises s'offrent donc un ancrage commun qu'est la langue mais aussi un cadre maitrisé et sécurisé face à une économie globalisée qui souvent fait peur.

Je tiens à préciser que l'écosystème d'acteurs de l'accompagnement à l'international que sont les chambres de commerce et d'industrie internationales, les structures telles que Business France, les cellules internationales de fédérations professionnelles... jouent un rôle essentiel pour les entreprises en leur proposant des services clé en main et des conseils avisés. Mission Internationale en a fait des partenaires de premier rang et a su développer avec eux de solides partenariats. Les Rencontres d'Affaires Francophones que nous organiserons le 8 novembre prochain à Paris ont précisément pour objectif de rassembler physiquement l'ensemble des acteurs qui « font » la francophonie aujourd'hui - experts, conseillers, dirigeants de PME-PMI, délégations de chefs d'entreprise francophones...- et ceux qui sont tentés par l'international mais qui n'osent pas franchir le pas. Les Rencontres d'Affaires Francophones seront un événement convivial et festif où seront traités des sujets sérieux et utiles. Je suis convaincu que l'événement permettra des rencontres qui n'auraient peut-être jamais eu lieu.

Le thème de cette année sera "la Transformation digitale des PME/PMI, facteur de succès à l'international", quel conseil leur donneriez-vous pour se lancer ?

La révolution digitale est partout. On pouvait difficilement passer à côté ! C'est parce qu'elle affecte les clients que nous accompagnons au quotidien qu'elle touche aussi notre métier qui consiste à gérer toutes les étapes de l'internationalisation d'une entreprise, du diagnostic export, à l'étude de marché, au choix du mode d'implantation en passant par l'accès au financement et la recherche de débouchés commerciaux. En améliorant nos méthodes et nos outils grâce à la technologie, nous offrons un service de meilleure qualité et adapté aux besoins de chaque client.

La transformation digitale d'une entreprise ne veut pas simplement dire automatisation des process, numérisation des données et éventuellement robotisation des tâches. La transformation digitale, tout comme la Responsabilité Sociale de l'Entreprise, doit impacter l'ensemble de l'entreprise, à savoir les métiers, la gouvernance, les méthodes de travail et même la culture interne. Pourquoi ? Parce que l'objectif de la transformation digitale est de permettre à une organisation d'améliorer ses indicateurs économiques, en un mot augmenter sa performance. La transformation digitale est aussi étroitement associée au big data, à l'intelligence artificielle, au machine learning. Derrière tous ces concepts, il y a de nouvelles façons de travailler qui, en théorie, doivent créer de la valeur.

Même si, à l'heure actuelle, les entreprises n'ont plus vraiment d'autre choix que d'adopter le digital et de se réinventer à travers lui, je dirais qu'une attitude enthousiaste, un état d'esprit agile et une ouverture à l'innovation sont de bons atouts pour amorcer une transformation digitale. A l'opposé, se sentir constraint et forcé risque de conduire à l'échec. Au delà de l'attitude, il est important d'être en confiance et, par conséquent, une transition digitale ne s'improvise pas. Il est important d'être éclairé, guidé par des professionnels et éventuellement recueillir des conseils auprès de ses pairs. Je connais des dirigeants d'entreprise qui ont réussi à restructurer leur modèle économique grâce au digital et en ont fait un puissant levier d'accélération du processus d'internationalisation.

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