Entretien des ponts : le Cerema relance le débat sur l'aide aux petites collectivités
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Déjà en 2019, le titre du rapport de la mission d'information du Sénat (Sécurité des Ponts, éviter un drame) soulignait l'urgence de s'atteler à la question de l'entretien des ponts, pointant du doigt les milliers d'ouvrages construits après-guerre et arrivant en fin de vie. Depuis, la prise de conscience collective des enjeux de sécurité, d'attractivité et de développement des territoires a permis de remettre le sujet en haut de la pile, mais le « Plan Marshall » d'1,3 milliards demandé par le Sénat n'a pas eu lieu et de nombreux ouvrages passent encore sous les radars, en particulier dans les petites collectivités. « Après le rapport du Sénat, le programme Ponts a été centré sur les diagnostics des ouvrages des communes de petite taille et nous a permis de traiter 15 000 communes sur les 20 000 concernées, explique Pascal Berteaud, directeur général du Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement). D'ici 2025, 63 000 ponts auront été diagnostiqués, dont le quart nécessite des travaux, 10% des travaux lourds et 4% des mesures immédiates telles que la fermeture ou la réduction de tonnages. Aujourd'hui, alors que nous commençons la phase de travaux, il y a un vrai engouement sur le sujet, mais cela va évidemment nécessiter des financements... »
Car si l'importance d'entretenir les ponts fait aujourd'hui l'unanimité, il aura fallu un drame - l'effondrement du pont Morandi à Gênes en août 2018 - pour que les pouvoirs publics de nombreux pays européens s'emparent du sujet. En France, le Sénateur de l'Eure Hervé Maurey, qui a dirigé le rapport de 2019, se souvient être parti de loin : « j'ai été très étonné de découvrir que très souvent les élus locaux ne savaient même pas combien ils avaient de ponts sur leur territoire, confie-t-il. Certains ne considéraient pas leurs ponts comme un ouvrage en tant que tel, mais juste comme un morceau de route. Très souvent on manque d'historique, le pire étant un pont « orphelin », dont on ne sait pas qui est le propriétaire... ». Une méconnaissance qui peut avoir des conséquences lourdes en cas d'effondrement, le maire étant alors responsable pénalement avec faute présumée... Dans le cadre du Programme National Pont, financé à hauteur de 40 millions d'euros, des « carnets de santé » des ponts ont d'ailleurs été remis systématiquement aux communes, ce qui permet aux collectivités de mieux connaître l'historique de leur patrimoine et d'assurer le suivi, sans pour autant imposer de nouvelles contraintes à des élus déjà refroidis par les lourdeurs administratives. « Contrairement aux voitures qui bénéficient du contrôle technique, les ponts sont beaucoup moins standardisés, rappelle Eric Ollinger, chef du département de la Transition écologique des mobilités routière, doctrine et de l'expertise publique au Ministère de la Transition écologique. Mais il existe déjà un document de référence qui a un statut de guide et donne des bonnes pratiques de visites. Nous travaillons également sur une qualification individuelle des inspecteurs d'ouvrages d'art, dans une approche de label pour que les prestataires soient qualifiés, sans pour autant ajouter d'obligation. » En parallèle, le symposium du Cerema a également permis de présenter 17 solutions innovantes qui pourraient à terme optimiser la surveillance des ponts et faciliter ainsi le travail des gestionnaires à chaque étape...
Mais outre les défauts d'ingénierie que partagent les plus petites collectivités, se pose la question du financement, les travaux sur les ponts se chiffrant rapidement en centaines de milliers d'euros, sans même parler des investissements liés à la création d'un trottoir ou d'une piste cyclable. Si l'importance de la sécurité et les conséquences liées à la fermeture de ponts fréquentés ne font plus de doute, la question de l'arbitrage se pose toujours aux élus, qui doivent également faire face à de nombreuses autres priorités, parfois plus valorisantes pour leur bilan. Un problème qui concerne d'ailleurs toutes les tailles de collectivités, comme le rappelle Sylvain Laval, coprésident de la commission Transports, mobilité et Voiries de l'Association des Maires de France : « les intercommunalités et les métropoles ont parfois des milliers d'ouvrages à entretenir, et la contrainte budgétaire reste très lourde, surtout quand il faut rattraper le travail d'un siècle qui n'a pas été fait par manque de connaissance de l'état du patrimoine et manque de moyens financiers. Ce sont toujours les mêmes enveloppes de qui sont proposées pour tous, mais qu'on ne peut pas recycler sur tous les sujets. Pourtant on n'est pas sur des investissements de confort ou de prestige, mais sur des enjeux de nécessité quotidienne et de sécurité, il va donc falloir trouver des solutions de financement pérennes et affecter des crédits sur ces entretiens fondamentaux. ». Pour cela, le Cerema et le sénateur Hervé Maurey ont bien l'intention de poursuivre leurs efforts afin de convaincre le nouveau gouvernement de créer un fonds dédié, destiné à la surveillance et à l'entretien de l'ensemble des ponts gérés par les collectivités. Dans un contexte de restriction budgétaire, la tâche s'annonce ardue, mais plus personne ne peut aujourd'hui ignorer que les ponts ne sont pas éternels et qu'ils peuvent s'effondrer s'ils sont mal entretenus...
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