Charles Wolf, directeur général de Sanofi France : « Les États-Unis siphonnent les investissements »
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Charles Wolf, directeur général de Sanofi France.
LTD/Fabien Malot / SANOFI
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Charles Wolf, directeur général de Sanofi France.
LTD/Fabien Malot / SANOFI
LA TRIBUNE DIMANCHE — Six ans après le Covid, sommes-nous moins dépendants de la Chine et de l’Inde pour nos médicaments ?
CHARLES WOLF — La trajectoire n’a pas été complètement incurvée. Le chiffre le plus parlant, c’est la part des produits validés par l’Europe qui sont produits en France : il n’y en a plus que 9 %, contre 24 % en Allemagne. C’est un marqueur des médicaments d’aujourd’hui, de demain et d’après-demain. La souveraineté ne se mesure pas à l’instant T : elle se construit sur vingt ans. Or les nouveaux médicaments sont beaucoup moins produits en France qu’avant, et beaucoup moins qu’en Allemagne.
Qu’est-ce qui cloche ?
Une lente érosion de l’attractivité française. Et surtout une politique du médicament trop tactique, fondée sur des achats annuels, alors que notre industrie est une industrie du temps long. Construire une usine, c’est dix ou vingt ans. Développer un médicament, c’est souvent plus de dix ans.
Aujourd’hui, un médicament développé et produit en France est évalué quasiment comme un autre développé et produit ailleurs. Résultat : les prix des médicaments en France sont environ 15 % sous la moyenne européenne et 30 % sous l’Allemagne. Six médicaments sur dix validés par l’Europe sont disponibles en France, contre neuf sur dix en Allemagne. Et il faut environ 550 jours entre l’autorisation européenne et la commercialisation en France, contre 50 jours en Allemagne.
Vous décrivez une nouvelle compétition mondiale du médicament…
Oui. Nous sommes sortis d’un monde globalisé du médicament. Il y a une nouvelle donne géopolitique. Les États-Unis siphonnent les investissements avec leur politique industrielle et sanitaire : ils ont attiré 400 milliards d’euros d’investissements l’an dernier. La Chine, elle, a une stratégie de très long terme, appuyée sur la taille de son marché intérieur. La France et l’Europe doivent réagir pour redevenir une puissance du médicament. Ce n’est pas une fatalité : cette industrie est très régulée, donc les leviers sont entre nos mains.