Intelligence artificielle : former à tous les âges
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Tout d'abord, démystifier. Oui, l'intelligence artificielle modifie en profondeur les pratiques, les métiers, mais il est aussi relativement simple de s'y frotter seul, dans un cadre privé ou professionnel. Le problème est que si beaucoup de professionnels utilisent l'IA - que leur entreprise le sache ou non - beaucoup le font mal, énonce d'emblée Bastien Masse de l'université de Nantes, membre de la Chaire UNESCO et délégué général de l'association ClassCode. « L'adoption est énorme, la vraie question est l'efficacité que l'on obtient, d'autant que la méthodologie du prompting évolue énormément et très rapidement. » Face à ce constat, la réponse des participants à cette matinée consacrée à l'IA est unanime : il faut former.
Enthousiasme, inquiétude, questionnement : les réactions des collaborateurs face à l'IA sont aujourd'hui multiples, mais toutes nécessitent un accompagnement, une acculturation, qui dépasse le simple stade de l'appropriation technologique. « L'IA doit enrichir nos métiers et non les déshumaniser », explique Bernard Schaupp, président du Medef Pays de la Loire, rappelant également qu'elle doit leur permettre de se recentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée, reposant sur la créativité, l'innovation ou la gestion des relations humaines.
Inscrire la formation au cœur de l'entreprise, pour tous les collaborateurs et non seulement pour ceux exposés le plus directement à l'IA, est également un moyen efficace d'atténuer les peurs en encourageant une réflexion collective, en sélectionnant également les bons outils, adaptés aux métiers, précise Bastien Masse. D'où l'importance d'écouter les collaborateurs, d'ancrer l'adoption de l'IA au plus près des besoins du terrain. Concrètement, il recommande également de privilégier une formation continue, notamment car les méthodologies et technologies évoluent rapidement. Avec un point d'attention : rendre les ressources accessibles à des publics variés. Face au manque de moyens de certaines entreprises, de certains secteurs ou territoires, des dispositifs d'accompagnement existent, à l'instar de DIVA (Digital Innovation Value Accelerator) dans le Pays de la Loire.
Jeux vidéo, recherches en ligne, les jeunes sont déjà des consommateurs d'IA. La question de la formation à cette technologie dans leur parcours est donc essentielle, avec une réflexion sur le juste moment de son introduction. Nombre de formations supérieures l'ajoutent ainsi à leur cursus, comme l'école d'ingénieur ESTACA, spécialisée dans les transports et la mobilité. « Nous avons voulu nous assurer que tous les étudiants soient exposés à l'IA, tout comme ils doivent l'être sur les questions de numérique et de cybersécurité », explique Anne de Cagny, directrice prospective et relations institutionnelles de l'école. Cette dernière a donc choisi de consacrer une partie de son enseignement à l'IA en 4e année, tout en sachant qu'elle fera l'objet de développement plus accentués pour certains car cette technologie conquiert aussi de grands pans de la mobilité. Sans oublier que les étudiants doivent être sensibilisés à toutes les évolutions économiques et sociétales engendrées par l'intelligence artificielle.
Si l'IA peut commencer à être employée au collège, Bastien Masse met un point d'alerte quant à son usage dans les plus petites classes. Pour utiliser une IA, l'esprit critique est indispensable. Il faut comprendre que ce qu'elle dit peut être faux, il faut savoir agencer des idées et des arguments par soi-même. « Ce qui n'est pas simple pour des plus jeunes, dont l'esprit critique est en cours d'élaboration. Surtout quand ils se retrouvent face à une intelligence artificielle qui sait plus de choses qu'eux, qui s'exprime mieux qu'eux. » Attention donc à ne pas priver les enfants d'esprit critique en les exposant trop jeune à l'IA. D'autant que cet esprit critique deviendra indispensable pour les adultes, alors que les intelligences artificielles vont devenir de plus en plus « intelligentes ». Bientôt, certaines devraient posséder l'équivalent d'un doctorat dans toutes les matières, avertit Bastien Masse. Comment, dès lors, être capable de repérer des erreurs, de contrer les raisonnements ? Il faudra probablement des intermédiaires entre l'IA et son utilisateur, des tiers vérificateurs. Auxquels il faudra aussi être formés ?
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