Quelles conditions pour mettre l'IA au service des ponts ?
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« L'intelligence artificielle reste encore une science expérimentale », avertit Quoc-Cuong Pham, Responsable du Service d'Intelligence Artificielle Langage et Vision au CEA. Ce qui ne l'empêche pas d'avancer sur des projets communs avec le Cerema, permettant la surveillance des ouvrages d'art - c'est-à-dire des ponts - grâce à cette technologie. La profusion de données disponibles rend en effet l'usage de l'IA dans ce secteur particulièrement indiqué... tout en constituant une difficulté majeure. « De nouveaux outils technologiques vont aider grandement à traiter la quantité de plus en plus massive de données que nous avons, car nous en engrangeons toujours plus autour des ouvrages. Mais il va aussi falloir gérer leur stockage et leur conservation sur des durées très longues, car ces ouvrages vont vivre », appuie Cyrille Fauchard, directeur de recherche au Cerema.
Si les données existent à profusion, toutes ne se valent pas. Cyrille Fauchard explique ainsi que la fiabilité des diagnostics s'appuyant sur l'IA va en grande partie dépendre de leur qualité, mais aussi de leur pertinence par rapport aux objectifs recherchés. L'accès aux données qualifiées est donc un enjeu préalable à un déploiement à grande échelle d'outils basés sur l'IA. « L'acquisition et la qualification des données sont des étapes majeures, sur lesquelles un accès en open source permettrait d'accélérer et de faciliter l'entraînement des modèles », précise Christophe Raulet, Directeur général de Setec Diadès et Vice-président de l'IMGC (Ingénierie de la Maintenance du Génie Civil). Il est néanmoins conscient des obstacles qui s'opposent à un tel accès ouvert, notamment à cause de la propriété intellectuelle, « première question à traiter ».
Le second enjeu majeur au sujet de l'IA est celui de sa certification et du seuil d'erreur acceptable. Là encore, l'objectif recherché va contribuer à définir le niveau d'attente. « Si l'on utilise l'IA comme un outil d'assistance, on peut se permettre une performance plus ou moins moyenne du moment que cela fait gagner du temps. En revanche, si l'on met de l'IA dans les systèmes critiques, on touche à l'aide à la décision et les questions de certification deviennent critiques. Sur le plan théorique comme sur le plan pratique, avancer sur la certification apportera de la confiance pour une utilisation de l'IA dans des usages bien déterminés », explique Quoc-Cuong Pham. La décision humaine reste donc au cœur des processus critiques, ce qui conduit Cyril Fauchard à estimer que l'intelligence artificielle ne doit pas être considérée comme un outil qui fait le diagnostic à la place de l'expert, mais plutôt un outil permettant de gagner du temps, de diminuer les coûts et la gêne.
Le déploiement de l'IA dans les systèmes va se faire très progressivement, car la première phase de collecte de données va s'étendre dans la durée. « Il y a aussi le temps long de la recherche, poser les fondements théoriques de la certification peut demander plusieurs années. Les solutions d'assistance, en revanche, peuvent être envisagées à bien plus court terme », analyse Quoc-Cuong Pham.
Corollaire de la confiance, l'acceptabilité et l'appropriation seront clés dans le déploiement de nouvelles solutions technologiques. « Il faut débuter par une acculturation au niveau des managers, des financeurs, des instances de décision, car tous ont leurs propres échelles de temps, d'investissement et de rentabilité », conseille Christophe Raulet. Il croit surtout en de nouveaux types de partenariats, capables de faire avancer les projets plus rapidement. « Inspirons-nous du monde médical, où la coopétition - mélange de coopération et de compétition - permet à des acteurs différents d'avancer ensemble sur la phase de recherche, avant de se séparer pour la commercialisation. » Une coopétition autour de l'intelligence artificielle dans laquelle le Cerema pourrait jouer le rôle de facilitateur.
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