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Prime Video, Canal+ et Disney : comment un accord à 110 millions d’euros peut rebattre la chronologie des médias

latribune.fr

Publié le 23 juin 2026 à 12:00

Mike Hopkins, patron de Prime Video et d'Amazon MGM Studios, lors de la présentation d'Amazon MGM Studios à CinemaCon, à Las Vegas, le 15 avril 2026.

Mike Hopkins, patron de Prime Video et d'Amazon MGM Studios, lors de la présentation d'Amazon MGM Studios à CinemaCon, à Las Vegas, le 15 avril 2026.

CB - REUTERS - Caroline Brehman

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L’avenant validé par l’Arcom pour 2026-2028 porte l’effort minimal de la plateforme à 90 millions d’euros par an, contre 40 millions depuis 2021. Le montant grimperait à 110 millions si Amazon obtenait une fenêtre de diffusion inférieure à douze mois, mais un accord professionnel reste indispensable d’ici au 31 juillet.

Le 6 mai, l'Arcom a validé un avenant majeur. Les obligations annuelles de Prime Video pour la création française passent de 40 à 90 millions d'euros. Ce montant grimpera à 110 millions si la plateforme obtient une fenêtre de diffusion inférieure à douze mois pour au moins un film de cinéma. Un compte à rebours a commencé : Amazon et les organisations du cinéma ont jusqu'au 31 juillet pour signer un accord professionnel. Faute de quoi, le mécanisme du régulateur sera remis en cause.

Les discussions restent informelles. Mais l'enjeu dépasse la technique : il s'agit de la hiérarchie des financeurs privés et de la place des plateformes dans la chronologie des médias.

Un accord qui met Prime Video sur orbite

Le nouvel accord encadre la période 2026-2028. Il acte une montée en puissance spectaculaire d'Amazon dans le financement audiovisuel français. Le minimum garanti fixé fin 2021 (40 millions d'euros) est plus que doublé. Le niveau de base atteint désormais 90 millions d'euros par an. L'avenant précise que ce montant touchera les 110 millions d'euros si Prime exploite une œuvre cinématographique en France moins de douze mois après sa sortie en salles. Cette clause rend la négociation avec la profession incontournable. La convention rappelle que ces montants ciblent des œuvres européennes et majoritairement françaises. Cela inscrit l'effort d'Amazon dans le système d'obligations des plateformes en vigueur depuis 2021.

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Pour l'heure, l'Arcom ne règle qu'une moitié de l'équation. Le régulateur fixe le cadre financier, mais renvoie à l'accord interprofessionnel la question des fenêtres de diffusion. Il s'agit de permettre à Prime de sortir des films avant le délai réglementaire de dix-sept mois. L'autorité impose une date butoir au 31 juillet pour conclure. Cela met sous pression les syndicats de producteurs, d'auteurs et d'exploitants. D'ici là, Prime reste cantonné à dix-sept mois, derrière Netflix (quinze mois) et loin de Disney+ ou Canal+.

La part réelle allouée au cinéma

L'enjeu pour la filière réside dans la part fléchée vers le cinéma, par opposition aux séries. Le cadre réglementaire impose qu'au moins 30 % de ces obligations bénéficient aux films. Dans l'hypothèse haute, cela représente 33 millions d'euros sur 110 millions. Les représentants du cinéma jugent ce seuil minimal insuffisant face au raccourcissement de fenêtre exigé par Amazon. Selon plusieurs sources interprofessionnelles interrogées par l'AFP, Amazon propose d'engager environ 7,5 % de son chiffre d'affaires français dans le cinéma. À titre de comparaison, Disney+ a obtenu une fenêtre à neuf mois en acceptant un pourcentage nettement plus élevé de ses revenus hexagonaux.

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Les données de l'appareil de financement du cinéma français montrent le poids croissant des plateformes. Leur contribution obligatoire est fixée entre 20 % et 25 % de leur chiffre d'affaires français pour les œuvres européennes. Jusqu'ici, Prime restait derrière Netflix et Disney+ en valeur absolue. L'objectif des négociations est double : rassurer une profession qui exige un effort centré sur les longs-métrages, sans calquer les exigences sur le modèle Disney+, tout en préservant les budgets d'Amazon pour ses séries phares.

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La bataille des fenêtres de diffusion

La chronologie des médias codifie strictement l'exploitation des films. Depuis la révision de 2022, la salle conserve l'exclusivité pendant quatre mois (réductible à trois). Viennent ensuite les chaînes payantes à six mois, puis la SVoD. Sans accord spécifique, les plateformes attendent dix-sept mois. Netflix a négocié quinze mois, tandis que Disney+ a décroché, fin janvier 2025, un accès à neuf mois.

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En contrepartie, Disney+ a renforcé ses engagements financiers et ses volumes de préachats de films français. Ce deal sert de référence. Un passage de Prime sous la barre des douze mois réduirait l'écart commercial avec Canal+ (six mois). Pour les exploitants, chaque mois gagné par un streamer risque de vider les salles plus vite, malgré les garde-fous imposés pour protéger les films fragiles.

Canal+ : le leader sous pression

Canal+ reste le premier financeur privé du cinéma français. Son nouvel accord avec la profession prévoit un engagement d'au moins 480 millions d'euros sur trois ans (150 millions en 2025, 160 millions en 2026 et 170 millions en 2027). Ce contrat protège sa fenêtre exclusive à six mois. Toutefois, le groupe s'est indigné des conditions accordées à Disney+ en 2025. Il menace d'ajuster ses investissements si d'autres concurrents obtiennent des délais similaires.

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L'ascension de Prime ravive ces tensions. Canal+ affronte déjà Amazon sur le terrain du sport et des séries. Par ailleurs, le budget 2026 prévoit une baisse des crédits publics pour l'audiovisuel, notamment pour France Télévisions. Cela accentue la dépendance du secteur envers les acteurs privés. Les producteurs doivent donc doser la montée en puissance de Prime sans provoquer le désengagement du financeur historique dominant.

Le levier juridique d'Amazon

Un bras de fer judiciaire pèse sur les discussions. En 2025, Amazon a contesté en justice la chronologie des médias, imitant la démarche de Netflix. Ce recours sert d'outil de négociation. Les producteurs espèrent qu'un accord professionnel entraînera le retrait de cette plainte. Pour l'Arcom, l'enjeu est d'éviter une guerre ouverte en encadrant la SVoD par le dialogue plutôt que par le contentieux. Mais en fixant la date butoir au 31 juillet, le régulateur pousse la filière à choisir entre un besoin urgent d'argent frais et la protection de son modèle de diffusion.

Si un terrain d'entente est trouvé, Prime deviendra l'un des premiers financeurs de la création française derrière Canal+. Un film soutenu par Canal+ puis Disney+ arriverait très vite sur Amazon. Ce raccourcissement des délais multiplie les recettes mais menace la durée de vie des œuvres en salles et risque de saturer l'offre.

Enfin, le financement se concentre sur un nombre restreint de géants privés. Les rapports du Sénat sur le projet de loi de finances pour 2026 confirment une baisse de 71 millions d'euros des crédits pour l'audiovisuel public (dont 65 millions pour France Télévisions). La filière doit sécuriser les millions d'Amazon jusqu'en 2028 sans détruire l'équilibre entre le service public, les salles et les acteurs payants.

(Avec AFP)

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