Une des plus grosses interconnexions électriques européennes est en chantier le long de la côte aquitaine. Les câbles sous-marins permettront à l’Espagne d’exporter ses surplus de production photovoltaïque vers le nord du continent… et au français RTE d’empocher les péages des électrons.Depuis quelques jours sur le littoral landais, les plagistes peuvent distinguer, au large, deux bateaux peu communs, équipés de grues et de gigantesques enrouleurs. Ces navires sont des « câbliers » missionnés par les opérateurs publics de transport d’électricité français et espagnol pour dérouler une longue interconnexion sous-marine à courant continu.
L’une des deux embarcations, baptisée « Monna Lisa », est sous pavillon du fabricant européen Prysmian. À son bord, deux immenses cylindres stockent chacun 100 kilomètres de câble qui n’excèdent pas 20 centimètres de diamètre. Étape symbolique pour la future autoroute maritime. « Le câble constitue le premier poste de dépense sur une telle infrastructure », commente Emmanuel Gosset, le directeur du projet. Et pour cause, leur cœur est de cuivre ou d’aluminium massif.
Aspirés par des grues, ils sont ensuite envoyés sous la surface. Acheminés depuis les usines de fabrication situées en Sicile et en Finlande, ces serpents de mer sont déposés dans une tranchée d’un à trois mètres, percée par les paquebots eux-mêmes sur le fond sous-marin sableux. Les câbles sont déposés par paire et seront recouverts de sable en quelques jours par la houle. Le linéaire sera ainsi fondu dans le paysage sous-marin.
Embouteillage d'électrons espagnols
Les entreprises Prysmian et NKT dérouleront chacun près de 600 kilomètres de câble le long de la façade atlantique. Deux postes de conversion sont en construction aux extrémités du projet, à Gatika au nord de Bilbao et à Cubnezais au nord de Bordeaux. Un passage intermédiaire à terre, entre Seignosse et Capbreton dans les Landes, permet d’éviter les abysses du Gouf de Capbreton, un canyon sous-marin infranchissable. Le détour à terre a nécessité la construction de tunnels sous la dune littorale et provoqué la forte opposition d’habitants et de la communauté surf, qui poursuivent le projet jusque devant le Conseil d’État.