Toulon chante les héros de l'IA
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Moustafa Marzuk est emblématique de cette nouvelle génération d'entrepreneurs made in Var. Ancien étudiant à l'ISEN Méditerranée, l'école des ingénieurs du numérique, il a fait ses classes, après son diplôme, « dans la finance, à Paris », dit-il. Puis il est revenu dans sa région natale et a fondé Utop. IA Formation, dans le but d'accompagner le déploiement des nouvelles technologies - principalement l'intelligence artificielle (IA) - au sein des entreprises. « L'activité de formation nous permet aussi de mieux connaître les besoins des sociétés locales. Nous avons d'ailleurs aussi développé des logiciels que nous vendons », poursuit-il, tout sourire.
De fait, les entrepreneurs du Var (2 000 d'entre eux appartenant à l'Union Patronale du Var), qui recevaient, le 19 décembre dernier, le Tour de France de l'IA, organisé par le Medef national avec Numeum (l'organisation des professionnels du numérique en France), veulent faire plus dans ce domaine, puisqu'il est la promesse d'une compétitivité accrue. D'autant que « du fait du port militaire de Toulon et des industries de la défense qui s'y attachent, nous avons été parmi les premiers, il y a plus de 30 ans, à nous saisir d'Internet et à dispenser des formations dans le numérique, avec l'ISEN Méditerranée », relève Stéphane Benhamou, président de la section locale du Medef.
Les sociétés « numérisantes », autrement dit, celles qui proposent des outils d'IA, et les « numérisées », qui bénéficient des avantages de ces technologies, ont pu partager leurs expériences avec les quelque 150 participants à l'événement, dans les locaux de l'Union Patronale du Var, Place de la Liberté, à Toulon.
L'association Delta Revie 83, lancée en 1977, fait partie de la deuxième catégorie, les numérisées.
« Nous faisons de la téléassistance de proximité, en particulier pour les personnes âgées, décrit Christine Le Bihan, la directrice. Au-delà des systèmes classiques d'alerte en cas de chute ou autre, nous faisons des analyses sur l'évolution de la situation. Grâce à des capteurs installés chez nos clients, nous pouvons analyser leur comportement : à quelle heure se lève la personne, sort-elle de la maison pour aller faire ses courses, a-t-elle des conversations téléphoniques, etc. Un moyen, avec l'IA, de prédire ensuite si elle pourra encore rester seule ou devra, à un certain moment, rejoindre un établissement spécialisé », explique-t-elle, pour ajouter : « C'est aussi une façon de rasséréner les proches aidants. » Compte tenu du vieillissement de la population, autant dire que l'association - et l'IA - jouent un rôle sociétal clé.
Amandine Fleurot, chargée de la promotion de la marque Famille Ravoire, des vins de la Vallée du Rhône et de la Provence, utilise l'IA de manière bien différente. Avec les équipes de l'entreprise reprise en 1987 par une nouvelle famille, elle a imaginé puis créé, grâce à un outil d'IA générative, une « égérie » numérique pour promouvoir les vins. Longs cheveux bruns et bouche gourmande, Manon, comme elle s'appelle, correspond aux canons méditerranéens, mais lorsque Famille Ravoire, qui exporte dans quelque 60 pays depuis Salon-de-Provence, veut toucher un public scandinave ou asiatique, l'égérie prend d'autres traits, plus proches du public à conquérir. Les paysages dans lesquels elle évolue peuvent aussi varier - l'idée étant que les clients, où qu'ils soient, puissent se projeter dans l'univers de ces vins ou dans des lieux familiers. « Nous avions cherché, sans succès, une influenceuse qui aurait pu jouer ce rôle, explique Amandine Fleurot. Cette solution est moins chère et beaucoup plus flexible », conclut-elle.
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Quant à Marc-Antoine Sulmon, directeur technique de Rofim, une entreprise fondée en 2018 à Marseille, qui propose une solution de télémédecine, il fait à la fois partie des numérisants et des numérisés. La plateforme collaborative, imaginée par un médecin, que Rofim propose, permet à des praticiens de ville, par exemple, de demander l'avis d'un spécialiste d'un CHU pour une pathologie délicate. Mais « l'IA sert non seulement à nos clients (environ 30 000 dans l'Hexagone), qui établissent ainsi un dialogue dans des conditions de parfaite sécurité et de totale confidentialité, afin d'établir le meilleur diagnostic possible, mais en plus, en interne, elle a permis à nos équipes de développeurs d'accroître leur productivité de 10 à 30 % et à nos spécialistes de répondre avec plus d'efficacité aux appels d'offres », relève-t-il.
De même, l'IA peut aussi servir, comme dans le cas de Docaposte, présent à l'évènement de Toulon, à accompagner les enseignants et à les alerter sur les risques de décrochage de certains élèves, notamment, ou à explorer de nouvelles variétés de vignes, plus résistantes aux effets du changement climatique, tel qu'au Centre du Rosé (situé à Vidauban, dans le Var). « Cette démocratisation de l'IA est très importante, conclut Moustafa Marzuk. Il s'agit maintenant d'innover dans la réflexion autour des cas d'usage. » Familiers des enjeux de sécurité et de souveraineté, grâce à leur culture de port militaire, les Varois, sans aucun doute, sauront être fers de lance de cette réflexion.
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