Le 4 juillet, les États-Unis célèbrent les 250 ans de leur indépendance. Un moment en théorie fédérateur. Mais les festivités de Donald Trump ignorent largement la contribution des Afro-Américains à la construction du pays.Le 4 juillet prochain, Neville Waters se tiendra loin de Washington. Depuis un moment, le sexagénaire a programmé un voyage en Europe. Non pas qu’il se moque de l’histoire de son pays et de ce 250e anniversaire de l’indépendance que tout le pays fêtera ce 4 juillet. C’est même tout le contraire.
Depuis des années, il dirige la Black Georgetown Foundation, institution qui œuvre à préserver la mémoire des quelque 10 000 Afro-américains enterrés dans deux cimetières de Georgetown, ce quartier devenu l’un des plus cossus de la capitale américaine. De sa voix chaude, il aime aussi raconter le parcours de sa famille. Celui d’Afro-Américains arrivés ici au milieu des années 1850, quand l’esclavage régentait encore une large partie du sud des États-Unis.
Mais dans l’Amérique de Donald Trump, son récit va à rebours de la relecture historique portée par la galaxie Maga (Make America Great Again). Alors pas question de s’associer aux festivités prévues par la Maison-Blanche, à cette version biaisée du passé dans laquelle la participation des Afro-Américains à la construction nationale sera largement ignorée.
« Il y a une volonté de minimiser certaines contributions des personnes de couleur, dénonce-t-il. Pourtant, les Noirs et les Blancs ont vécu une trajectoire commune. Toute tentative de séparation narrative est fausse. » Déjà en avril, lors du congrès du National Action Network, organisation de défense des droits civiques créée au début des années 1990, son fondateur, le médiatique pasteur Al Sharpton, avait vivement critiqué les commémorations à venir : « Ils vont marquer le 250e anniversaire du pays le 4 juillet, mais ce n’est pas notre récit. Nous étions esclaves, à cette époque. »
Bertrand Morin, correspondant à Washington