Stéphane Bern : « J’aimais ma mère comme on aime son bourreau »
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel
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Stéphane Bern à l'hôtel Régina.
LTD/Magali Delporte pour La Tribune Dimanche
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Stéphane Bern à l'hôtel Régina.
LTD/Magali Delporte pour La Tribune Dimanche
« Voyons-nous à l’heure du thé. » Stéphane Bern arrive à l’Hôtel Regina avec trente minutes d’avance. En métro. Un détail qui résume assez bien le personnage : passionné de monarchies mais allergique aux privilèges ; amoureux des traditions mais réfractaire aux étiquettes. Dans sa famille d’intellectuels ashkénazes, il a longtemps vécu avec le sentiment d’être « entré en se trompant de porte ». Sa mère voulait faire de lui un bon petit soldat ; il a choisi les têtes couronnées. Elle aurait préféré qu’il soit « mort que gay » ; lui n’échangerait sa vie contre aucune autre.
Républicain « centre droit-centre gauche » en France, monarchiste au Luxembourg, sa deuxième patrie, le joyeux de la couronne reste fidèle à une seule bannière : « Le patrimoine est mon seul parti. » Il a passé sa vie à préserver les institutions ; les Français ont fini par faire de lui l’une d’entre elles.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Stéphane, pourquoi on vous aime tant ?
STÉPHANE BERN – Quand j’ai commencé, j’étais plutôt ringard. Aujourd’hui, je deviens un peu culte ! J’ai été éduqué avec le sens du devoir : je ne suis pas là pour mon plaisir, je suis là pour les autres. Enfant, j’ai reçu très peu de démonstrations affectives. Il fallait d’abord avoir bien travaillé avant de pouvoir recevoir un câlin de ma mère. Cela m’a laissé le sentiment qu’il faut toujours que j’en fasse davantage pour ne pas décevoir. Je me souviens d’entendre mes parents dire à mon frère de quatorze mois mon aîné : « Qu’est-ce qu’on va faire du petit ? On n’arrivera jamais à rien avec lui. » Ils me prenaient pour un débile. J’avais le choix entre m’effondrer ou transformer cette blessure en force et leur prouver de quoi j’étais capable.
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel