Or : pourquoi le premier producteur africain veut augmenter les réserves de sa banque centrale

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

L’or brut, instrument de la stratégie ghanéenne pour renforcer les réserves nationales.
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Emiliano Tossou, Agence Ecofin

L’or brut, instrument de la stratégie ghanéenne pour renforcer les réserves nationales.
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À compter du 1er juillet 2026, les grandes compagnies minières actives au Ghana devront vendre 30% de leur production d’or à l’État. L’accord conclu avec la Chambre des Mines du pays marque une nouvelle étape dans la stratégie d’Accra visant à transformer une partie de sa production aurifère en réserves monétaires. Premier producteur africain d’or, le pays ne veut plus seulement exporter son métal mais l’utiliser pour renforcer la Banque centrale.
Le nouveau dispositif remplace l’arrangement conclu en 2022 entre la Bank of Ghana et les compagnies minières, qui portait sur 20 % de la production annuelle. Désormais, l’or sera livré localement au GoldBod, l’agence publique chargée de centraliser les achats d’or au Ghana. L’or livré sera du doré, une forme encore brute, avec une décote de 0,55 % par rapport au prix de référence fixé par la Bank of Ghana. Les paiements seront effectués en cedis, sur la base de ce même taux de référence. Après un premier raffinage local, le métal sera envoyé vers une raffinerie agréée par la London Bullion Market Association (LBMA), l’organisme international qui fixe les standards de qualité et de traçabilité de l’or sur les marchés mondiaux, pour être fondu, estampillé et intégré aux réserves de la Banque centrale.
Pour Accra, l’enjeu dépasse la seule gestion du secteur minier. Le programme s’inscrit dans le Ghana Accelerated National Reserve Accumulation Program (GANRAP), qui vise à porter les réserves extérieures à quinze mois de couverture des importations d’ici fin 2028. Alors que les avoirs en or de la Banque centrale atteignaient 19,2 tonnes en février, le gouvernement vise à terme jusqu’à 157 tonnes.
Cette stratégie répond à une fragilité révélée par la crise de 20222023. Le Ghana avait alors connu une forte dépréciation du cedi, une inflation élevée et une crise de la dette qui l’a contraint à restructurer ses engagements et à solliciter le FMI. Pour les autorités, accumuler de l’or local permet de bâtir des réserves sans dépendre exclusivement des marchés internationaux de capitaux.
Le contexte mondial renforce aussi cette option. Les banques centrales ont accumulé en moyenne 1 000 tonnes d’or par an au cours des quatre dernières années, contre 500 tonnes par an durant la décennie précédente, selon le World Gold Council. L’institution souligne aussi que les pays producteurs d’or ont de plus en plus recours à des programmes d’achat auprès des exploitants locaux pour soutenir cette stratégie de constitution de réserves.
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L’accord avec les grandes mines a aussi une dimension industrielle. En imposant une livraison du doré au Ghana, le gouvernement veut soutenir le raffinage local et obtenir l’accréditation LBMA d’au moins une raffinerie nationale à l’horizon 2030. Cette ambition rejoint la promesse du président John Mahama de tendre vers la fin des exportations de minerais bruts.
Cette stratégie d’accumulation n’a cependant pas que des avantages. Le FMI a déjà appelé le Ghana à mieux encadrer les risques liés à son programme d’achat domestique. Selon les données communiquées par la Bank of Ghana, les différents programmes mis en œuvre ont déjà enregistré des pertes nettes cumulées de 7,11 milliards de cedis (553 millions EUR) entre 2022 et 2024. Ces pertes ne remettent pas nécessairement en cause l’objectif de réserve, mais elles montrent que l’utilisation de l’or pour soutenir la monnaie, financer des besoins extérieurs ou générer des devises peut fragiliser le bilan de la Banque centrale si les coûts ne sont pas clairement pris en charge.
Accra ne réduit pas ses achats, contrairement à ce que recommande le FMI, mais cherche plutôt à en modifier l’organisation. Une partie des opérations de GoldBod doit désormais être financée par le budget et non par la banque centrale, tandis que l’or issu des grandes mines sera intégré aux réserves physiques sous contrôle plus strict. Reste à voir si ce contrôle sera suffisant.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin