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Le Covid-19 à l’origine d’une révolution dans l’industrie minière

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Publié le 26 juin 2020 à 11:37 - Mis à jour le 26 juin 2020 à 13:41

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La pandémie sanitaire de Covid-19 qui a frappé le monde entier n'épargne pas l’industrie minière. Outre l’accélération de la levée des mesures de confinement qui nécessite une adaptation à de nouvelles méthode de travail, l’ensemble de la filière pourrait bien faire un bond en avant vers l’autonomisation.

Des exigences sanitaires difficiles à mettre en œuvre

A leur apogée, les crises sanitaires et économiques engendrées par l'apparition et la virulence du coronavirus ont provoqué la fermeture de plus de 1500 mines à travers le monde entier.

Les entreprises minières et leurs PDG se sont montrés particulièrement timides quant aux conséquences de la crise boursière de 2020 et des fermetures de mines sur la production mondiale. Mais tous s'accordent à dire que depuis les premières annonces de déconfinement, la situation revient lentement à la normale, bien qu'aucun calendrier précis n'ait été annoncé.

En se tournant vers les principales entreprises du secteur, on peut anticiper une baisse globale de 10% ou plus pour l'année 2020 :

  • Mexique : Fernando Alanis, directeur de la Chambre des Mines (Camimex) anticipe une réduction de 17% de la production minière à l'échelle du pays.
  • Inde : Coal India s'attend à un recul de la production de 11,2% en mai 2020 par rapport à 2019.
  • Afrique du Sud : le PDG de Minerals Council South Africa prévoit un recul de l'ordre de 8% à 10% de la production en 2020.

Ces anticipations sont également accompagnées de vives inquiétudes concernant le retour à la normale. Les mines sont considérées comme de potentiels foyers de contamination au covid-19, et les autorités craignent les nouveaux foyers alors que des cas sont réapparus dans des pays comme la Chine et que l'Allemagne vient d'annoncer le re-confinement de deux villes.

Le principal défi d'un retour à la normale vient de la proximité des travailleurs au sein des mines , des habitudes et contraintes de travail qui sont à l'opposé de la nécessité de distanciation pour limiter la propagation du virus.

Le Covid-19 a fait perdre 6,9 Milliards de $ à l'industrie minière

Tableau Covid
Photo d'illustration (Crédits : DR)

L'automatisation une idée pas si nouvelle à l'honneur

L'automatisation et l'extraction à distance ne sont pas de nouvelles idées qui ont émergé avec la crise. En réalité, on les a déjà vu à l'œuvre dès 2008 avec le projet Mine of the Future du géant Rio Tinto. Une entreprise menée avec succès mais qui n'avait pas séduit l'ensemble des acteurs de l'industrie.

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« Si ces technologies avaient été en place, nous n'aurions peut-être pas été obligés de fermer une mine à la suite de la pandémie - comme ce fut le cas pour notre mine South Deep en Afrique du Sud », a déclaré le vice-président des affaires commerciales de Gold Fields, Sven Lunsche.

« L'utilisation de machines à distance garantit à nos employés une distanciation sociale, loin de leurs collègues et donc loin des zones de travail les plus à risque.»

Resolute Mining, qui exploite la première mine d'or entièrement automatisée à Syama au Mali, a confirmé que les opérations de la mine n'avaient pas été perturbées par la pandémie mondiale et que la production se maintient en ligne avec les attentes.

Le PDG de Gold Fields, Nick Holland, qui s'est illustré en défenseur des innovations automatisées dans l'industrie, a commenté : « En matière de technologie, la crise de Covid-19 contribuera sans aucun doute à accélérer la mécanisation, l'automatisation et la numérisation de l'industrie minière.»

Cette révolution technologique dans l'industrie pourrait profiter aux entreprises minières bien au-delà des traditionnels critères de rentabilité et d'optimisation des coûts qui motivent certaines entreprises

Un renouveau en matière d'emplois et de profils

Nick Holland a reconnu que les nouvelles technologies nécessitent de nouvelles compétences au sein du personnel de l'entreprise, mais, dans la mesure du possible, Gold Fields formera ses employés à travailler avec les nouvelles technologies. « À long terme, cela entraînera sans aucun doute une baisse des effectifs dans la plupart des mines. » selon Holland.

C'est dans la région de Pilbara, en Australie que les exploitations minières à distance sont peut-être les plus nombreuses. Des sociétés comme Rio Tinto (ASX:RIO) et Fortescue Metals ont utilisés des processus automatisés supervisés dans des centres d'opérations à près de 1200 km des mines. Gold Fields, de son coté, a mis en place des systèmes de contrôle à distance pour ses machines souterraines dans toutes ses opérations en Australie. Les centres de contrôle étant tous au niveau de la surface.

Shabir Ahmed, conseiller industriel de SAP en Afrique du Sud, a également indiqué que l'utilisation de technologie comme l'intelligence artificielle auront également leur place dans cette révolution.

Des avantages diversifiés

Les technologies autonomes constituent certes un avantage non négligeable pour faire face aux pandémies, mais au-delà des crises sanitaires, c'est aussi une révolution en matières de sécurité pour les salariés travaillant sur les installations minières où les risques sont nombreux : machines, manipulations d'explosifs etc.

A ce sujet, Lunsche déclare "Avant tout, les avantages sont liés à la sécurité (...) Dans les mines souterraines, les explosions de roches sont l'une des principales causes de blessures graves et de décès. L'exploitation à distance permet d'éviter ce type d'accident.

Les avantages sont aussi économiques pour les entreprises minières, au sein d'une industrie concurrentielle ou les gains de productivité sont limités.

« Il y a clairement aussi de la productivité et donc des avantages en termes de coûts. Notre objectif ultime est de pouvoir faire fonctionner des machines en continu 22 heures par jour... nous sommes bien en deçà actuellement ».

L'automatisation peut également apporter des avantages à la main-d'œuvre elle-même. Ahmed déclare : «Il y a aussi un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, une meilleure diversité d'embauche, par exemple la possibilité d'embaucher des personnes handicapées ou de mettre en œuvre des stratégies plus axées sur la famille. Les entreprises minières pourraient également être en mesure de puiser dans un nouveau bassin de ressources de personnes qui seraient intéressées à travailler dans l'industrie minière si elle était plus respectueuse de l'environnement.

Obstacles à l'automatisation

La région de Pilbara, en Australie occidentale, peut être considérée comme un pôle d'innovation dans le secteur, mais la typologie des mines exploitées est à prendre en considération : Ce sont principalement des mines à ciel ouvert.

Pour les mines souterraines, les difficultés liées à la puissance du signal pour maintenir une connexion en profondeur peuvent rendre les systèmes autonomes peu pratiques, voir même dangereux.

Gold Fields (JSE:GFI) a testé un projet de chargement à distance avec le spécialiste de l'automatisation RCT. Alors que l'entreprise veut étendre ses technologies à distance à de nouveaux marchés, Luncsche reconnaît que ce n'est pas une solution universelle : « Les défis avec les centres de chargement à distance concernent les interactions avec d'autres équipements et, plus important encore, avec les gens. Lors de l'utilisation de la machine à distance, toute la zone doit être barricadée, isolée et protégée par des barrières laser qui, en cas de brèche, obligent la machine à s'arrêter automatiquement. Cela limitera l'application aux zones que nous pouvons isoler. »

En raison des propriétés spécifiques de chaque mine, il n'y a pas de solution unique. Les fournisseurs d'automatisation tels que RCT, Epiroc ou Sandvik travaillent en étroite collaboration avec des sociétés minières pour adapter les systèmes.

« Les équipes de direction doivent intégrer que la transformation basée sur la technologie est un parcours unique pour chaque entreprise et chaque mine, et non une application standard », a déclaré Ahmed. « Il y aura des centaines, et finalement des milliers d'idées d'améliorations et de cas d'utilisation. Une entreprise doit commencer par identifier un cas d'utilisation qui fournira un retour sur investissement élevé. »

Lunsche est cependant optimiste quant à l'avenir des systèmes autonomes dans l'industrie minière : « L'introduction de nouvelles méthodes de travail ne se fait pas du jour au lendemain. À l'heure actuelle, les économies d'échelle favorisent encore les mines traditionnelles, mais nous commençons à présager que l'exploitation minière autonome sera une mesure inévitable pour la plupart des mineurs. Il est difficile de déterminer à quel moment se fera la transition, mais nous parlons en années et non en décénnies. »

Quelles entreprises surveiller

Toutes les entreprises de l'industrie minière n'ont pas subi les effets de la crise. Alors que la production minière mondiale était à l'arrêt, on a pu distinguer deux catégories d'entreprises.

Les entreprises dont l'activité est essentiellement tournée vers des valeurs refuges comme l'or ont vu leur cours boursier augmenter grâce à une demande croissante des investisseurs cherchant à se protéger en plus de la demande industrielle classique. Parmi elles, on retrouve notamment Barrick Gold (NYSE:ABX) ou encore Newmont Goldcorp (NYSE:NEM), dont le cours s'est respectivement apprécié de 27.83% et 33.81% entre le 1er janvier et le 31 mai 2020.

De l'autre côté, on retrouve les entreprises qui exploitent des mines de matériaux destinées à un usage essentiellement industriel. Celles-ci ont particulièrement souffert de l'arrêt de la demande de production et des fermetures d'usines dans le monde entier. En tête de ces entreprises qui ont souffert on retrouve Glencore (LSE:GLEN) et Vale (NYSE:VALE) en recul respectivement de 39.42% et de 26.60% entre le 1er janvier et le 31 mai 2020.

Comparatifs performances minières
Photo d'illustration (Crédits : DR)

Source: données Admiral Markets MetaTrader 5 Édition Suprême

Pour les investisseurs prudents

Bien que le déconfinement ait commencé en Asie et en Europe, les craintes et les risques demeurent nombreux pour l'économie mondiale et les investisseurs.

Le covid-19 continue de frapper le continent américain, les Etats-Unis et l'Amérique Latine ne cessent de battre des records de cas de contamination. En parallèle, la crainte d'une deuxième vague agite les investisseurs. De nouveaux cas, y compris des personnes précédemment contaminés et guéries, émergent en Chine. L'Allemagne a été contrainte de re-confiner deux villes du nord afin d'enrayer de nouveaux foyers de contamination.

Sur les marchés, ces craintes se matérialisent par les records de hausse du prix de l'or et des valeurs refuges. La banque d'investissement Goldman Sachs anticipe une poursuite de la hausse de l'or jusqu'à 2000$ l'once d'ici 1 an.

Dans le même temps, des investisseurs institutionnels (comme Warren Buffett) restent majoritairement cash, c'est-à-dire en dehors du marché actions, en attendant des signaux solides de retour à la normale au niveau mondial. Une position qui se comprend tout à fait avec un VIX (indice de la peur) qui reste supérieur à 30, ce qui correspond à un niveau de crise financière.

Investir dans les entreprises minières qui gèrent essentiellement des gisements d'or paraît donc une bonne alternative pour les investisseurs prudents. On y retrouve notamment 3 avantages principaux :

  • Profiter de la hausse du prix de l'or qui va se répercuter sur le cours des actions
  • Faire fructifier votre épargne en créant de la valeur grâce aux dividendes versés
  • Être présent sur le marché de l'or sans les contraintes de l'investissement dans l'or physique (stockage, assurance etc.)

On retiendra ici 2 actions :

  • Newmont Goldcorp (NEM)

Le groupe américain Newmont séduit grâce à son profil orienté presque exclusivement sur l'exploitation de gisements d'or. Disposant d'une trésorerie excédentaire de 3,88 milliards de dollars en mars 2020, le groupe a les moyens de se lancer dans l'automatisation de ses centres d'activité sans se mettre en difficulté et en continuant à verser des dividendes attractifs. Le dernier détachement date du 18 juin à 0,25$, soit un rendement de 1,70%.

  • Barrick Gold Corp (ABX)

Barrick Gold Crop est un groupe canadien centré sur l'exploitation de mine d'or, de cuivre et d'argent. L'entreprise dispose de 3,33 milliards de dollars US en réserve de trésorerie en mars 2020. Comme Newmont, ce montant lui permet de financer sa transformation numérique et l'automatisation d'une partie de ses activités tout en conservant des réserves importantes et en continuant à verser des dividendes. Le dernier versement remonte aux 15 juin pour un montant de 0,07$ par action, soit 1,09%.

Et pour les plus spéculateurs

L'or est loin d'être le seul métal exploité par les entreprises du secteur ! Pour les plus spéculateurs, il convient de s'intéresser aux sociétés qui exploite des minerai ou métaux à usage presque exclusivement industriel.

Sans grande surprise, cela nous amène à considérer les valeurs ayant le plus reculé sous l'effet de la forte baisse de la demande. Les usines ayant été à l'arrêt et la reprise étant moins rapide que prévu offrent une opportunité d'investissement.

Les valeurs qui ont le plus fortement reculé sur les marchés ont peu profité du rebond entamé fin mai / début juin. Il reste donc possible d'acheter des actions à fort potentiel à un prix attractif. Si les cours de ces entreprises n'ont pas remonté aussi rapidement que dans les autres secteurs, c'est tout simplement à cause d'un manque de visibilité à court/moyen terme.

En plus de la crise de covid-19 qui se poursuit sur le continent américain et le risque de deuxième vague en Asie et en Europe, la reprise de l'activité industrielle est plus lente qu'attendue.

C'est bien là que réside une opportunité. La faiblesse de la demande actuelle est à mettre en perspective avec la faiblesse de la production liées aux conditions sanitaires dans les mines. Cet état de fait permet d'anticiper qu'en cas de reprise soudaine de l'activité, une fois le pic atteint sur le continent américain et en cas d'avortement d'une deuxième vague, la reprise globale d'activité des usines dans le monde va engendrer une demande que les sociétés minières seront incapables de satisfaire à court terme. Amenant ainsi à une hausse des prix des matières première et des actions de ces sociétés.

Il s'agit donc ici de miser sur deux choses :

  • Une reprise de la demande qui va submerger l'offre lors de la reprise
  • Une optimisation des coûts de production à moyen terme grâce à la numérisation et à l'automatisation

Il faut aussi prendre en considération le facteur risque inhérent à toute opportunité d'investissement. Ici le principal risque est celui d'un second krach boursier avec une deuxième vague généralisée de covid-19 qui empêcherait une reprise d'activité rapide et un une demande excédentaire à l'offre sur le marché.

Les trois entreprises qui retiennent notre attention sont celles ayant enregistrées la plus forte baisse sur le cours de l'action depuis le premier janvier 2020 :

  • Glencore (LSE:GLEN) -39,42%
  • Vale (NYSE:VALE) -26,60%
  • Anglo American (LSE:AAL) -23,17%

Ces 3 groupes font partis des géants du secteurs et disposent de réserves de trésorerie tout à fait correcte, même parfois supérieures à celles des entreprises moins risquées. Glencore disposait de 1,90 milliards de dollars en décembre 2019, Vale de 63,77 milliards de dollars en mars 2020 et Anglo American de 6,34 milliards de dollars en décembre 2019.

Pour les investisseurs qui souhaitent se constituer un compte titre plus équilibré, ni trop agressif, ni trop frileux, il est tout à fait possible d'investir simultanément dans des titres des deux catégories ci-dessus ou d'envisager les entreprises comme MMC Norilsk Nickel et Rio Tinto qui sont à la croisée des chemins entre les deux profils d'entreprises vus précédemment.

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