Pharmacie en ligne et déserts médicaux

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(Crédits : DR)
Si les pharmacies physiques risquent de disparaître au même rythme que les déserts médicaux se développent sur le territoire français, de nouveaux acteurs économiques ont tout intérêt à tirer leur épingle du jeu. Les pharmacies en ligne, elles, profitent de l'émergence des nouvelles technologies et s'engouffrent grâce aux brèches d'une législation française de santé en pleine mutation pour les pharmaciens des officines traditionnelles.

Le métier de pharmacien en pleine mutation

La Cour des comptes a remis un rapport à l'automne dernier selon lequel il existerait deux fois trop d'officines en France. Elle recommande de supprimer à termes l'équivalent d'une pharmacie sur deux. La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) tire la sonnette d'alarme depuis, redoutant un futur désert pharmaceutique sur l'Hexagone. David Perad, responsable de la communication de la fédération, parle lui de "mise à mort du seul professionnel de santé accessible sans rendez-vous, 7j/7".

Pourtant, les pharmaciens d'officine se sont vu confier plus de missions à l'occasion de la Nouvelle convention pharmaceutique publiée au Journal Officiel en mars dernier et signée conjointement par l'Union des Syndicats des Pharmaciens d'Officine (USPO) et l'Assurance maladie en novembre 2017. Les pharmaciens sont dorénavant sollicités afin de sensibiliser leur clientèle en matière de vaccination et peuvent aussi effectuer des bilans de médication par exemple. Présentée comme une nouvelle source de revenu, cette opportunité consiste à replacer le pharmacien comme acteur à part entière du suivi de santé des Français. Leurs nouvelles compétences plus élargies pourraient ainsi venir compenser en partie la désertification médicale de certains territoires. D'autant que le pharmacien bénéficie d'une forte popularité auprès des Français. L'étude d'avril menée par Opinion Way et Satispharma pour PharmagoraPlus "Avenir Pharmacie : le pharmacien, acteur de proximité de l'expérience patient" le montre : le pharmacien est considéré comme "le professionnel de santé le plus facilement accessible" par près de 2 patients sur 3 (63%), devant le médecin (33%). D'un côté, 95 % des titulaires d'officines seraient enclin à proposer à leurs patients des dépistages de santé dès lors que l'acte est autorisé et rentable. De l'autre, 56 % des patients intéressés seraient prêts à payer 15 EUR pour un dépistage effectué en pharmacie. Ajoutez à cela le très vaste projet de rémunération bilans de médication et le métier de pharmacien en officine risque de changer vertigineusement ces prochaines années.

Outre le paiement des dépistages, l'avenant à la Convention Pharmaceutique prévoit aussi de rémunérer à l'acte les pharmaciens. Selon la même étude dévoilée par PharmagoraPlus, plus de 78 % des pharmaciens plébisciteraient ce pan du projet. On ne parlerait plus de clientèle mais de patientèle. Le pharmacien ne serait plus ainsi simple "vendeur en médicaments" et conseiller en auto-médication mais il deviendrait aussi prescripteur de soins. Par le biais de bilans de santé et d'évaluations cliniques de ses patients, il pourrait suivre les malades sur des périodes de post-opérations et plus largement intervenir auprès des publics âgés et/ou polymédicamentés afin de prévenir le risque d'erreurs lié à la prise de médicaments multiples.

Un futur modèle économique idéal pour les pharmacies en ligne ?

Certains gérants d'officine ne manquent pas de considérer que la Nouvelle convention pharmaceutique est une façon de limiter l'impact du dernier projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) fixant le prix des médicaments et réduisant par là même la marge des pharmaciens. Une aubaine justement pour le développement de toute pharmacie en ligne pas cher qui pourrait se concentrer sur la vente de produits d'auto-médication et de soins de santé courants sans attirer les foudres des pharmaciens de ville.

Malgré les restrictions législatives fortes en France qui encadrent scrupuleusement la vente de médicaments sur ordonnance en ligne, la capacité des grands groupes de distributeurs pharmaceutiques ouvre un large avenir au concept de pharmacie discount sur le web. Si les pharmacies physiques se concentrent sur de nouveaux métiers, les grands acteurs du marché devraient pouvoir avoir la main mise sur des prix de plus en plus compétitifs et alléchants pour le grand public. Le pharmacien physique serait alors perçu comme un professionnel de santé avec une patientèle alors que la pharmacie en ligne gèrerait le côté mercantile d'une clientèle traditionnelle. De quoi repenser la vision du pharmacien de demain.

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Commentaires
a écrit le 03/05/2018 à 19:17 :
Non mais vous rigolez ? Vous savez que l'on peut acheter n'importe quelle molécule n'importe où sur le web et à n'importe quel age ?

Héroine, extasy, valium, subutex, paracétamol, viagra et-c et-c, vraiment tout et n'importe quoi du coup il est évident que les petites pharmacies qui n'ont le droit de rien vendre elles ne peuvent que subir la concurrence directe d'internet mais bien entendu l'internet de la finance mafieuse, celle dont il ne faut surtout pas parler alors qu’elle se goinfre grâce au lobby chimique.

Sans parler du business des médicaments pour les animaux, un exemple tout simple, un médicament contre l'arthrose humain, 20 fois moins cher, se vendait plus ou moins librement permettant à l'animal de ne pas souffrir ses dernières années or dorénavant ce produit est totalement interdit seulement sur prescription.

Vous croyez qu'ils font quoi les gens quand on leur propose des alternatives de ce genre alors que de l'autre côté il n'y en a aucune ? Bref, libéralisme dans les paroles et dirigisme dans les faits.

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