Adeline Lescanne-Gautier, la passionaria de la nutrition

WOMEN FOR FUTURE- Amoureuse de l’Afrique depuis l’adolescence, cette baroudeuse dirige le groupe rouennais Nutriset, premier fournisseur mondial de produits de lutte contre la malnutrition dans les pays du Sud. Aussi à l’aise au fin fond de la brousse que dans l’hémicycle des Nations Unies, elle fait avancer la cause avec une détermination qui force le respect. Adeline Lescanne-Gautier a été lauréate de l'équipe de France des femmes leaders à l'occasion du Women for Future qui s'est déroulé jeudi 2 juin au Parc des Princes. Portrait.

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(Crédits : DR)

« Une femme exceptionnelle et je pèse mes mots », dit à son propos Nicolas Mayer Rossignol, maire de Rouen, qui fut son directeur général délégué entre 2016 et 2020 après avoir perdu la présidence de feue la Région Haute Normandie. Difficile, en effet, de ne pas être admiratif devant le parcours d'Adeline Lescanne Gautier.

Petite fille du fondateur de la coopérative Mamie Nova, cette humaniste à la tête bien faite préside aux destinées de l'entreprise rouennaise Nutriset créée par son père, Michel, dans les années 80. Laquelle est devenue depuis premier fournisseur mondial de produits de lutte contre la malnutrition des pays du Sud. Dès l'adolescence, Adeline se passionne pour ces enjeux en accompagnant son père dans ses voyages. « Elle est tombée dans la potion toute petite », s'amuse un proche. Devenue adulte, un diplôme en sociologie et développement rural en poche, elle passe un an au Malawi pour une ONG.

Bon sang ne saurait mentir

En 2005, c'est tout naturellement qu'elle rejoint le groupe familial avec pour mission de  monter le PlumpyField (littéralement champ dodu en français) : un réseau transnational d'entrepreneurs des pays du Sud qui fabriquent -en franchise- les solutions Nutriset au plus près de ceux qui en ont besoin. L'ambition est triple : concevoir des produits adaptés à l'état de santé des populations, créer de l'activité mais aussi offrir des débouchés aux filières agricoles locales.

Guinée, Madagascar, Haïti, Laos... En quelques années, cette baroudeuse qui n'aime rien tant que se colleter aux réalités du terrain pose les fondations de onze entreprises. Pas vraiment une promenade de santé dans des contrées souvent inhospitalières, gangrenées par la misère et la corruption. Il faut transférer la technologie, rechercher des fonds, mobiliser les compétences, dialoguer avec les grandes ONG et les autorités locales...

« J'ai eu l'occasion de l'accompagner au Nigeria, un pays où règne la charia, et où je peux vous assurer qu'y monter une boîte n'a rien d'une sinécure. A plus forte raison quand on est une femme blanche », raconte Nicolas Mayer Rossignol.

Aujourd'hui, le réseau PlumpyField fabrique la moitié des tonnages de Nutriset. Mieux, il est devenu un levier de développement pour plusieurs pays. « La présence de ces usines a incité des gouvernements, comme en Ethiopie, à lancer des programmes de santé nutritionnelle en direction des plus fragiles : enfants, femmes enceintes ou diabétiques », souligne Christian Troubé, directeur de la communication stratégique du groupe.

« Une agitatrice d'idées »

La rejetonne ayant fait ses preuves, Michel Lescanne lui confie la direction générale de l'entreprise familiale en 2012. Elle y imprime vite sa marque. « Elle a tout de suite adopté le style des leaders de sa génération. Elle délègue et favorise les remontées d'initiativesSon père est la figure tutélaire, elle est une agitatrice d'idées », confie un cadre. Sous sa houlette, Nutriset devient une Société à Objet Social Étendu (SOSE), préfigurant le statut des « entreprises à mission » inscrit dans la loi Pacte.

Il s'agit, à travers ce choix, de préserver l'indépendance financière du groupe et de graver dans le marbre sa vocation originelle : la lutte contre la sous nutrition des plus vulnérables. En clair, de  lui éviter de s'égarer dans des aventures à visée purement commerciale. « Je ne sais pas ce qu'est un business classique et à dire vrai, je n'ai pas très envie de le savoir », dira Adeline peu après devant un groupe d'étudiants.

C'est animée de cette philosophie qu'elle s'est lancée, depuis quelques mois, dans un autre grand chantier. A savoir combattre la dénutrition des personnes âgées dans les pays occidentaux. Une affection silencieuse peu connue du grand public qui concerne jusqu'à 40% des résidents des EHPAD et près de 70% des personnes hospitalisées. En coopération avec des maisons de retraite de la région normande, elle a conçu un produit prêt à l'emploi, hyperprotidique, hypercalorique et enrichi en vitamines et minéraux inspiré de ceux proposés aux femmes enceintes dans les pays pauvres. L'engagement n'a pas de frontières.

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