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« Les femmes sont au coeur des grandes transitions mondiales »

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De gauche à droite : Anne-Gabrielle Heilbronner, Chiara Corazza et Clara Gaymard.
De gauche à droite : Anne-Gabrielle Heilbronner, Chiara Corazza et Clara Gaymard. (Crédits : DR)
Pionnières parmi les pionnières, Clara Gaymard, Chiara Corazza, respectivement présidente exécutive et directrice générale du Women’s Forum for the Economy & Society, et Anne-Gabrielle Heilbronner, membre du directoire de Publicis Groupe, continuent de battre le rappel : participer à l’inclusion des femmes dans le secteur économique et social, ce n’est pas simplement une question d’égalité, c’est en réalité répondre à l’ensemble des défis que le monde affronte aujourd’hui.

Le Forum économique mondial a récemment calculé que 217 années seraient nécessaires pour atteindre la parité économique dans tous les secteurs. Ce chiffre ne vous désespère-t- il pas ?

CHIARA CORAZZA : Bien sûr, mais c'est stimulant! Je suis convaincue que l'on peut accélérer et que c'est maintenant qu'il convient de fédérer les énergies positives et ceux qui souhaitent créer un monde plus juste et inclusif. C'est une raison de plus pour en appeler à toutes les volontés qui peuvent avoir un impact positif. Car derrière l'inégalité femmes hommes se cache non seulement une discrimination à l'endroit de la moitié de la population mondiale mais plus encore. Notre combat n'est pas idéologique. Il est pragmatique. On me demande parfois pourquoi je ne me consacre pas à l'urgence climatique, à la lutte contre la faim, à la protection de l'environnement. Mais c'est ce que je fais en réalité ! Les femmes sont une partie de la solution à tous ces enjeux. A nous de les associer pleinement pour bénéficier de tous les talents et pour que nous puissions tous apporter leurs clés de réussite!

CLARA GAYMARD : Un exemple, parmi tant d'autres : l'intelligence artificielle. Elle structure aujourd'hui nos vies : technologies médicales, espaces de travail, mobilité, smart cities, changement climatique... Or, la plupart des outils d'IA sont aujourd'hui développés par des hommes, blancs et quadragénaires et tendent de fait à reproduire les discriminations présentes dans notre société. Ainsi des outils de traitement du langage : le champ lexical associé aux femmes relève davantage des activités familiales quand celui associé aux hommes réfère à l'activité professionnelle. Idem pour les logiciels de reconnaissance faciale qui fonctionnent mieux sur des hommes que sur des femmes, sur des personnes à peau claire plutôt qu'à peau foncée.

Comment faire ? Instaurer des quotas, encore ?

 ANNE-GABRIELLE HEILBRONNER : Ça, c'est aux politiques, aux décideurs économiques, d'en discuter. Cela peut marcher quelque part, pas forcément partout... En revanche, ce qui est sûr, c'est qu'il faut agir de front ! D'une part, l'enjeu autour de l'éducation est structurant : attirer les filles vers les filières techniques et technologiques permettra à terme de rééquilibrer les profils. Aujourd'hui, en France, les écoles d'ingénieur en informatique accueillent moins de 10 % de femmes. Si l'on remonte le fil, c'est donc encore en amont qu'il faut agir pour réinventer une culture « geek » plus inclusive et en faisant sauter le verrou de l'autocensure qui empêche encore aujourd'hui les jeunes filles d'emprunter les filières scientifiques. D'autre part, les parcours de femmes dans les milieux de la tech sont encore trop souvent entravés. Dans la Silicon Valley, les postes à responsabilités sont encore occupés par 86 % d'hommes.

C. C. : L'exemple du changement climatique est tout aussi parlant. Particulièrement dans les pays en développement, les femmes sont fortement impliquées dans les secteurs de la santé, l'agriculture et l'énergie. Parce qu'elles représentent 43 % de la main-d'oeuvre agricole dans le monde, parce qu'elles s'occupent encore dans la grande majorité des familles de l'alimentation et des soins de leurs proches, leur donner les savoir-faire de gestion raisonnée des ressources naturelles, des déchets, de l'énergie, c'est donner au monde les outils pour se soigner. Au Niger, ce sont les femmes qui reboisent les zones désertiques et au Sénégal, ce sont elles qui replantent la mangrove.

Vous vous positionnez aujourd'hui comme un do thank plus qu'un think tank, comment parvenez-vous à agir au niveau mondial quand les contextes locaux sont si différents ?

C. C. : Quant à l'adaptation aux contextes locaux, elle est naturelle. Les Forums à Toronto et à Singapour ont rencontré un très grand succès, justement parce que si nous partageons de grands enjeux et une vision commune, nous ne sommes jamais dans le prêt-à-penser dans les solutions que nous valorisons.

A.-G. H. : Notre efficacité, nous la tirons aussi de notre capacité à embarquer les grands de ce monde. Entrepreneurs, politiques, investisseurs... On nous compare parfois au Davos des femmes. Au Women's Forum, nous avons choisi d'être inclusifs dès le départ d'inviter les hommes à prendre part à la conversation.

C. G. : C'est vrai, il peut sembler difficile d'agir, et c'est souvent là que les grands discours achoppent. C'est pourquoi nous croyons à la force de l'exemple, à la puissance des modèles pour transformer le monde. C'est l'individu qui nous porte. Nous pensons qu'une Ellen Sirleaf, une Sheryl Sandberg, une Claudie Haigneré en font plus pour l'égalité femmes-hommes que toutes les publicités du monde ! Pour découvrir les futurs rôles modèles qui inspireront les femmes de demain, nous écumons avec Rising Talents les entreprises françaises et internationales, les universités, les centres de recherche. Elles sont là, mais peut-être ne le savent-elles pas elles-mêmes. C'est notre mission de les accompagner à se révéler à elles-mêmes et au monde, de leur faire rencontrer les bons réseaux et les meilleurs coachs pour elles.

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