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Marion Darrieutort, activiste de la "Com For Good"

Photo de Valérie Abrial

Valérie Abrial

Publié le 26 novembre 2018 à 15:31 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:15

Marion Darrieutort

Marion Darrieutort

Presse

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Photo d'illustration de l'article
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Présidente de l’agence Elan Edelman, Marion Darrieutort est l’une des rares femmes dirigeantes dans le landerneau de la communication. Entrepreneure dans l’âme, résiliente par essence, militante d’un leadership qui réconcilie féminin et masculin, ses convictions et actions sont de plus en plus entendues au sein des gouvernances. Portrait d’une combattante de la communication for good.

Elle fait partie de ces personnalités que l'on dit solaires et pourtant... Marion Darrieutort n'a pas l'habitude d'être dans la lumière. Elle ne la recherche pas d'ailleurs. Enfin si ! Mais pour les autres, ses clients qu'elle accompagne dans leur gouvernance dès qu'il s'agit d'influence et de marketing. Présidente d'Elan Edelman, elle revendique une agence hybride et alternative ; une agence engagée aussi. Surtout, engagée, semble-t-on lire dans ses pensées. Et l'engagement, Marion en a fait un peu sa profession de foi. D'abord avec la passion communication qui l'a touchée dès le plus âge, celui où petite fille elle regardait Culture Pub, l'émission culte créée par Christian Blachas dans les années 80 et qui a révélé l'art publicitaire au grand public. Et oui, la pub, c'est un métier.  D'ailleurs, la jeune Marion sait d'ores et déjà que c'est dans ce secteur qu'elle s'épanouira. Impossible d'expliquer vraiment cet engouement subit ; mais si la passion avait ses raisons, ça se saurait ! De fait, l'aval parental ne s'est jamais exprimé. Il faut dire qu'avec un père juge administratif et une mère professeure d'économie, le carcan familial est loin des émotions business et ne souhaite d'ailleurs pas en connaître. Au grand dam de Marion qui, bille en tête, alors qu'elle est prise à Science Po Aix en Provence, s'inscrit à l'European Business School et se lance dans un double cursus en communication au Celsa. Une révélation qui la mènera tout droit en agence où son épanouissement titille doucement son envie d'entreprendre. Mais le confort d'une situation agréable, le statut social aussi, génèrent des hésitations qui confinent à la peur d'entreprendre. Contre toute attente, c'est le choc d'un événement tragique qui effacera les craintes et les incertitudes ; transformera le drame en opportunité, comme si les ruptures de vie avaient le pouvoir de libérer les existences. Le drame familial aura, fort heureusement, une fin heureuse ; et c'est parce que cette fin ouvre la voie à tous les possibles que Marion ose enfin créer son entreprise. Ce sera l'agence ELAN ; on est en 2008, Marion a 35 ans et des projets plein la tête.

Créer le meilleur, maintenant

« Mon expérience n'est pas un cas rare, précise Marion Darrieutort. J'ai pu observer que bien souvent les femmes se lancent dans l'entrepreneuriat après des ruptures de vie. Avec cette sensation inouïe que la peur n'existe plus et que vivre sa vie est plus fort que tout ». Comme une libération des empêchements, ceux que les femmes se créent elles-mêmes.

« Si j'avais un message à faire passer aujourd'hui, c'est : N'attendez pas le pire pour créer le meilleur. Foncez dès maintenant ! Nous sommes tous égaux face au risque. Je dis souvent que l'entrepreneuriat m'a permis de briser mon plafond de verre et de m'affranchir des codes masculins. C'est vrai que le secteur de la communication est assez féminin mais pas les postes à décision. Dernièrement, je me trouvais à une réunion de présidence d'agence ; sur 70 personnes, il n'y avait que 4 femmes. C'est la création de mon entreprise qui m'a permis d'en être présidente. Je n'aurais pas été conviée sinon ».

Il semblerait donc qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir en termes d'égalité et que la nécessité de montrer l'exemple soit plus que jamais d'actualité. « Les femmes de ma génération n'ont pas eu beaucoup de modèles. Certaines ont ouvert la voie, mais si peu. Aujourd'hui encore, nous sommes en recherche de rôles modèles. La bonne nouvelle, c'est qu'on en parle beaucoup entre nous. Sans doute l'une des raisons pour lesquelles, ces dernières années ont vu éclore un nombre incroyable de clubs et réseaux féminins ».

Réseauter et exister

Clubs auprès desquels Marion Darrieutort est engagée comme l'IWF (International Women's Forum, un réseau de femmes influentes qui œuvrent pour une gouvernance paritaire, ndlr), ou d'autres plus confidentiels comme celui qu'elle a cocréé avec Clara Gaymard et Delphine Ernotte. « On me demande souvent, est ce que le leadership est masculin ou féminin ? Il est ni l'un ni l'autre, il est hybride. Vous savez, on n'a pas forcément envie d'utiliser l'expression "entrepreneuriat au féminin", c'est comme les quotas, on est obligé d'en passer par là. L'égalité, c'est quand nous ne serons plus obligées de nous différencier pour exister ». Et puis, défendre une cause n'est pas de tout repos et il arrive que sous le feu des critiques l'on se demande si la bataille n'est pas vaine, surtout quand on s'entend dire que les clubs féminins sont des « trucs de bonne femme » ou bien que les postes intéressants sont maintenant proposés aux femmes tout simplement parce qu'elles sont femmes et que de fait, les hommes se font voler leurs jobs ! Et oui, la tâche (ou tache, c'est selon) est immense. Et il est humain [ou devrais-je écrire, elle est humaine], de se laisser submerger par la lassitude. Heureusement les temps changent ! Et ça, c'est une autre bonne nouvelle.

Réunir business et bien commun

« Je défends plus que jamais la réconciliation féminin masculin. Je suis une adepte de Valérie Colin Simard* qui a beaucoup écrit sur le sujet. Chaque jour, je m'engage à accélérer l'équilibre des genres. C'est ce que je m'applique à faire dans mon style de leadership : l'équilibre, c'est le féminin ET le masculin, pas le OU ». Convaincue que la communication a le pouvoir de changer le monde puisqu'elle infiltre les systèmes et les gouvernances des entreprises, en tous les cas de celles qui ont envie de laisser une empreinte sociétale forte, Marion Darrieutort n'a de cesse de vouloir faire progresser la société vers le meilleur. Business et bien commun enfin réuni ? Engagement premier d'une jeune fille obstinée devenue patronne d'agence influente :

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« j'ai toujours été une militante de l'action ; si, à mon niveau, je peux faire quelque chose, alors je le fais. A l'agence, nous sommes une bande de militants qui revendiquons la communication au service du bien commun. La communication n'est pas futile. Notre métier est utile ; c'est mon combat personnel. La chance aujourd'hui, c'est que nous sommes dans un momentum, notamment avec la Loi Pacte et l'article 61 sur la raison d'être des entreprises. Nous faisons de la communication for Good».

La chance aussi, c'est d'être chef d'entreprise et de pouvoir montrer l'exemple. C'est en tous les cas ce que s'efforce de faire Marion Darrieutort, qui à la suite de la fusion de son agence avec Edelman en 2014, « pour pouvoir agir dans une dimension internationale élargie», n'hésite pas à se transformer elle-même pour transformer « la boite, en tous les cas libérer les énergies et faire du collectif une force entrepreneuriale. Quand Richard Edelman, que je connaissais bien pour avoir travaillé pour lui et qui est aujourd'hui un de mes mentors, m'a proposé la fusion, j'ai accepté d'autant plus qu'il me donnait carte blanche. Le problème est que j'ai voulu calquer mon modèle sur un groupe qui ne pouvait pas coller avec. Et puis, j'ai vite compris qu'il fallait que je libère le cadre, les codes, et pour cela il fallait que je me libère moi-même, que je lâche prise. J'ai voulu faire un acte fort, alors je suis partie pendant un mois sans être joignable, en laissant les clefs de l'entreprise aux équipes. Et vous savez quoi ? L'entreprise a tourné ! Grosse leçon d'humilité ». Humble, c'est aussi ce que Marion a su rester, elle qui n'hésite pas à raconter comment de son propre lâcher-prise dans un ashram en Inde, elle a réussi à libérer son entreprise. Elle qui explique avec enthousiasme que nos erreurs peuvent devenir de vraies leçons de vie et source de réinvention. « Je peux échouer, mais ce n'est pas grave si j'utilise cet échec à bon escient. Ma principale qualité, c'est la résilience. Mon principal défaut c'est que je vais un peu trop vite. Mais en même temps quand on veut changer le monde, on est un peu pressé ».

Communication for Good

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Du rêve à la réalité, parfois l'escale n'est pas si longue. Avec Elan Edelman, Marion Darrieutort se veut avant tout une entreprise rôle modèle dont l'influence se fait  ressentir auprès de ses clients. « Aujourd'hui, il y a de la place pour inventer des gouvernances nouvelles. Notre agence prône le cadre collectif et mixte; dans certains grands groupes c'est la réconciliation femme homme qui est modèle comme chez Sodexo avec Sophie Bellon et Denis Machuel ou encore chez Raise avec Clara Gaymard et Gonzague de Blignières. Transformer l'entreprise, c'est possible. Nous allons appliquer la loi Pacte et l'article 61 à nous-mêmes ; changer nos statuts, redéfinir notre raison d'être. Nous allons être une des premières entreprises à le mettre en action. Et mon nouveau combat sera d'aider les patrons de PME et ETI qui, contrairement aux grands groupes, n'ont pas forcément les moyens d'appliquer la loi. En fait, je veux livrer le mode d'emploi de la Loi Pacte ». Un combat audacieux qui redonne ses lettres de noblesses aux métiers de la communication.

.............................................................

* Valérie Colin Simard est auteure de "Quand les femmes s'éveilleront" (2008) et de "Masculin féminin, la grande réconciliation" (2013) chez Albin Michel

Valérie Abrial

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