"Canal+ n'a pas attendu Netflix pour laisser le pouvoir à ses abonnés" (Manuel Alduy)

À la tête de Canal OTT, une nouvelle direction de Canal+ créée en janvier 2014, Manuel Alduy a pour mission d'amener les contenus Canal+ sur Internet. Pour lui, la distinction TV linéaire-non linéaire est moins déterminante que la différence entre écran du salon et consommation personnelle sur tablette.

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Manuel Alduy, Directeur de Canal OTT (Canal+)
Manuel Alduy, Directeur de Canal OTT (Canal+) (Crédits : DR)

La Tribune. Quel est le périmètre de Canal OTT ["Over The Top"]?

Manuel Alduy. Notre activité repose sur deux piliers : d'une part, l'édition et l'animation d'offres de contenus sur le Web gratuit, à travers les sites Internet des chaînes du groupe (Canal+, D8...), des chaînes sur YouTube, des communautés Facebook ; d'autre part, la vidéo à la demande, à l'acte ou par abonnement, avec notre service CanalPlay qui a 3 ans et compte 520.000 abonnés à fin septembre. 80% ont choisi l'offre sans engagement à 9,99 euros par mois pour un accès tout écran incluant la télévision via leur box FAI ["fournisseurs d'accès à Internet" : Free, SFR, Orange, Bouygues Telecom] ou sur leur décodeur satellite Le Cube ; les autres ont choisi celui à 7,99 euros par mois pour un usage over-the-top (OTT), donc sur second écran (mobile et tablette).

Nous travaillons sur un troisième axe, que nous serons prêts à lancer en 2015 : des offres payantes à la demande, moins généralistes que CanalPlay, pour une consommation individuelle, notamment sur tablettes. L'application CanalPlay Kids pour les enfants, lancée en juillet 2014, disponible sur mobiles et tablettes iOS, Android, avec trois interfaces différentes selon l'âge des enfants, préfigure ce mouvement.

Qu'avez-vous fait depuis la création de Canal OTT ?

Nous avons développé l'audience du groupe sur les réseaux numériques gratuits. D'abord en prenant, en mars, une participation majoritaire dans Studio Bagel, qui est à la fois un producteur de vidéos d'humour et un réseau multichaîne sur YouTube. Puis en créant une quinzaine de nouvelles chaînes sur YouTube, avec essentiellement des contenus originaux que nous coproduisons, une fois un talent identifié et sélectionné sur YouTube.

Il y a un an, nous avions déjà 15 chaînes YouTube avec des programmes essentiellement dérivés des antennes de Canal+ et de D8. Aujourd'hui, nous en avons 32, qui totalisent 85 millions de vidéos vues par mois sur YouTube, et plus de 100 millions en comptant nos propres sites. Chaque chaîne tire ses recettes de la publicité, de production d'émissions pour une marque et de la syndication de ses programmes pour des chaînes de TV. Toutes les chaînes ne sont pas encore rentables, mais certaines le sont largement, et l'ensemble est proche de l'équilibre. L'objectif est d'élargir la vitrine en clair de Canal+, pour toucher un public jeune qui consomme la vidéo sur un écran mobile. C'est aussi un moyen de trouver de nouveaux talents qui arrivent ensuite à l'antenne, comme Jérôme Niel de Studio Bagel.

Sur CanalPlay, nous avons enrichi le catalogue - il compte aujourd'hui plus de 10.000 titres contre 4.000 au lancement -, lancé CanalPlay Kids, et ouvert depuis octobre un département pour des Web-séries originales, dont nous coproduirons certaines avec Studio Bagel.

Nous avons aussi enrichi les fonctionnalités en permettant une souscription directe depuis les magasins d'applications d'Apple ou d'Android. En 2014, le parc d'abonnés aura doublé.

HBO, le modèle américain de Canal+, a annoncé qu'il lançait une offre OTT, la chaîne CBS aussi. Canal+ va-t-il suivre ce mouvement ?

Les programmes de HBO étaient déjà accessibles à la demande à condition d'être abonné à HBO par câble ou par un opérateur Internet. La nouveauté de HBO-OTT, c'est de permettre de s'abonner uniquement à la version « à la demande ».

La vraie distinction n'est pas entre OTT et non OTT, linéaire et non linéaire, mais entre les usages sur le téléviseur du foyer ou l'écran individuel. Sur l'écran du salon, l'usage privilégie les offres généralistes, consommées en linéaire ou non, comme Canal+ qui n'a pas attendu Netflix pour laisser le pouvoir à ses abonnés de regarder ce qu'ils veulent quand ils veulent.

La consommation individuelle, elle, est d'abord passée par la personnalisation de l'expérience TV avec la pratique du second écran, pour participer à un programme sur une tablette à travers les réseaux sociaux. Aujourd'hui, on va vers des offres de contenus personnalisées.

Canal OTT avec ses chaînes YouTube a développé cette consommation individuelle de vidéo de façon massive et gratuite. Notre problématique est de la monétiser. C'est le sens des offres payantes que nous lancerons en 2015.

CanalPlay comme Netflix ne vont-ils pas concurrencer CanalSat et Canal+ ?

Une majorité des abonnés à CanalPlay ne sont pas abonnés à une autre offre du groupe.

Leur profil est plus jeune que celui des autres abonnés du groupe. CanalPlay propose un catalogue large, à visionner sans contrainte, pour moins de 10 euros par mois. CanalSat n'a pas le même positionnement : c'est un bouquet avec beaucoup d'inédits, des programmes pour la jeunesse, du cinéma, des documentaires, une offre de rattrapage. Canal+ enfin propose du sport en direct, des séries originales, des films récents. C'est l'un des services les plus premiums au monde avec quatre fois plus de séries que HBO, plus d'inédits en une semaine que sur Netflix en un semestre... Cela a un coût. Un film français moyen coûte au moins 4 millions d'euros. Il faut une taille critique pour générer des revenus récurrents et suffisants pour continuer à investir sur ces contenus. Les plates-formes généralistes peuvent atteindre cette taille, pas les offres très individualisées. Le public comprend très bien que l'on ne peut avoir la même chose pour moins de 10 euros par mois que pour 30.

Et si une plate-forme internationale brade ces contenus en les distribuant mondialement, c'est au détriment de la diversité.

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Commentaires 7
à écrit le 06/01/2015 à 12:17
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Encore un "fils de" aux manettes

à écrit le 06/01/2015 à 9:23
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Des films de mauvaise qualité , des pièces de théâtre de piètre qualite voilà l'offre de Canal qui vient de mettre offerte gratuitement jusqu'au 19 février , alors je ne m'abonnerai pas

le 06/01/2015 à 9:50
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en phase avec vous, c'est un programme ringard et dépassé.

à écrit le 06/01/2015 à 8:45
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"plus d'inédits en une semaine que sur Netflix en un semestre", la bonne blague. cela fait des années que canal+ est là alors que ca fait QUE un semestre qu'il est en france. on ne peut que comparer la progression fulgurante contre l'attentisme des ...

le 06/01/2015 à 11:12
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- Entre la sortie ciné et DVD et VoD le délai n'est plus que de 4 mois. ça vous semble vraiment trop long ? - 2014 a été une année record pour le cinéma. Comme quoi si la programmation correspond aux attentes du public, les salles se remplissent ce ...

le 06/01/2015 à 16:17
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dvd 4 mois mais vod 24 mois , à ne pas confondre.

le 20/01/2015 à 9:55
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