La Commission dévoile son « paquet souveraineté technologique », attendu depuis plusieurs mois. L'objectif de cet ensemble de mesures est de réduire les dépendances numériques aux acteurs étrangers, notamment américains et chinois.Bruxelles ne revendique pas totalement la préférence européenne dans ses achats publics. C’est ce qui ressort - notamment - de son plan pour la « souveraineté technologique » présenté ce 3 juin. Ce « package » comprend un ensemble de règles censées assurer à l’UE une plus grande autonomie sur le numérique. La stratégie se veut « sophistiquée » selon des responsables de la Commission, l’Europe se trouvant aujourd’hui dans une « toile de relations complexes » où elle possède des forces (comme ASML, spécialiste néerlandais pour les puces) mais aussi de nombreuses dépendances.
L'Union reposerait ainsi à 80 % sur des acteurs étrangers pour ses achats de services et d'infrastructures numériques, selon un chiffre donné par la Commission. « Il ne s'agit pas pour l'Europe de se fermer soudainement et de se mettre à imprimer des puces ou à développer des algorithmes d'IA de toutes pièces », a prévenu d'emblée, lors d'une conférence de presse, Henna Virkkunen, la vice-présidente exécutive de la Commission chargée de la Souveraineté technologique. L'idée reste néanmoins de « d'être toujours en mesure de contrôler les services et les données en Europe ». Et de se prémunir d'un éventuel « kill switch », le débranchement d'un service par un Etat tiers).
Une commande publique guidée par la « valeur ajoutée »
Mais plutôt que de miser sur une préférence européenne frontale, la Commission opte pour une commande publique guidée par la « valeur ajoutée européenne » (« EU value added »). Concrètement, un opérateur de cloud ou un fournisseur de puces pourra travailler pour les administrations européennes s'il justifie qu'il développe un centre de R&D en Europe ou qu'il y crée des emplois. S’il est européen, ce critère est de facto rempli. Mais bon nombre d’acteurs non européens peuvent également justifier apporter de la valeur sur le territoire européen. C’est le cas des hyperscalers américains comme Amazon, Microsoft et Google, qui ont massivement investi sur le continent ces dernières années et y ont établi des centres de recherche.