Comment SFR espère sortir la tête de l’eau

Par Pierre Manière  |   |  930  mots
Patrick Drahi, le patron d'Altice, maison-mère de SFR.
Plan de départs dans la distribution, lancement de SFR Presse, rattrapage sur le très haut débit mobile… L’opérateur de Patrick Drahi bataille sur plusieurs fronts pour tenter de retrouver la confiance de ses abonnés.

Les temps sont durs chez SFR. L'opérateur phare d'Altice, le groupe du magnat des télécoms et des médias Patrick Drahi, a vécu un début d'année pour le moins difficile. Au premier trimestre, celui-ci a signé une perte de 41 millions d'euros, contre un bénéfice de 743 millions un an auparavant. Une fois encore, le groupe a perdu des abonnés dans l'Internet fixe comme dans le mobile. Aujourd'hui, il affiche 14,86 millions de fidèles dans le mobile, contre 15,82 millions au premier trimestre 2015. Et dans le fixe, il n'en dispose plus que de 6,29 millions, contre 6,52 millions un an plus tôt. Des défections qui, mois après mois, viennent grignoter son chiffre d'affaires et son résultat.

Les causes sont connues : depuis que Patrick Drahi a racheté SFR en 2014, celui-ci s'est lancé dans une impitoyable politique de chasse aux coûts pour regonfler ses marges. Mais ce faisant, SFR a négligé, aux yeux de bon nombre d'analystes, ses investissements dans le réseau. Pas dupes, beaucoup d'abonnés, parfois très irrités par des problèmes à répétition, ont donc filé à la concurrence.

Refaire son retard dans le mobile

Pour sortir la tête de l'eau, l'opérateur a veut à tout prix refaire son retard dans le très haut débit mobile. Résultat, depuis quelques mois, il met les bouchées doubles dans le déploiement de la 4G. D'après les derniers chiffres de l'Agence nationale des fréquences (ANFR) publiés jeudi, son nombre de sites 4G en fonctionnement s'élève désormais à 6.295 dans l'Hexagone, c'est-à-dire 509 de plus que le mois précédent. C'est beaucoup, sachant que dans le même temps, Free, qui déploie aussi son réseau 4G à grande vitesse, n'a activé que 100 sites supplémentaires. Néanmoins, SFR reste encore bon dernier en termes de nombre de sites très haut débit en service, sachant qu'Orange, Bouygues Telecom et Free en disposent respectivement de 8.841, 8.049 et 6.414.

Outre la préservation de clients, SFR veut aussi augmenter le revenu moyen par abonné. C'est la raison pour laquelle l'opérateur joue à fond la carte de la convergence entre les médias et les télécoms. En avril dernier, il a ainsi rassemblé sous la bannière de SFR tous les médias d'Altice en France. Parmi eux, on trouve notamment BFMTV, RMC, mais aussi les journaux Libération, L'Express, L'Expansion ou encore Stratégie.

L'idée ? Vendre tout un éventail de films, de contenus sportifs et de journaux aux abonnés en plus de leurs abonnements Internet fixe et mobile. Avec cette stratégie, Patrick Drahi espère bien doper les marges de son groupe. Mais pour SFR, c'est aussi un moyen de réaliser de substantielles économies... En intégrant son service SFR Presse (qui permet d'accéder aux éditions numériques des journaux du groupe) à ses forfaits, l'opérateur cherche également à payer moins de TVA. Concrètement, ce dernier applique la TVA à taux réduit sur la presse (2,1% contre 20% auparavant), ce qui, d'après les calculs d'Europe1.fr, devrait lui faire économiser entre 250 et 350 millions d'euros par an ! Du moins, si la légalité de cette opération est validée par les autorités...

De nouvelles offres aux entreprises

En parallèle de ses offres aux particuliers, SFR fait du pied aux entreprises. Si le marché des télécoms professionnelles est moins médiatique que celui des télécoms grand public, il n'en pèse pas moins 10 milliards d'euros dans l'Hexagone. Sur ce créneau, SFR dispose d'une part de marché d'environ 20%, et se situe en seconde position derrière la machine de guerre d'Orange (qui en possède 65%). Or les entreprises aussi ont été déçues par les déboires sur le réseau de l'opérateur au carré rouge. En mars dernier, Michel Combes, le directeur des opérations d'Altice, n'en faisait pas mystère :

« On ne va pas se cacher, disait-il. On a des clients qui ont été un peu déçus parce que la couverture de nos réseaux mobiles n'était pas ce qu'elle devait être. Des clients se sont détournés de SFR. »

Plan de départ volontaire

Pour les séduire à nouveau, il a donc dévoilé une stratégie basée sur des partenariats avec des opérateurs étrangers dans les pays où il n'est pas présent. Ce faisant, il espère répondre aux besoins de connectivités des entreprises françaises à l'international. En parallèle, SFR investit dans des services à valeur ajoutée, notamment dans le cloud (informatique dématérialisée) et les data centers.

A côté de ces nouveaux projets, le SFR de Patrick Drahi n'en poursuit pas moins sa quête de « synergies » et continue de tailler dans les coûts qu'il juge superflus. Tout récemment, Michel Paulin, le nouveau DG de l'opérateur, a justifié dans une lettre interne qu'il allait restructurer la distribution du groupe. Dans cette missive publiée jeudi par le site NextInpact, il la juge inadaptée, et annonce « des impacts sur le volume d'emploi ». Ce qui va se solder, en clair, par l'ouverture d'un plan de départs volontaires. Pas de quoi rassurer les salariés du groupe, dont les syndicats dénoncent déjà de nombreux départs non-remplacés depuis la fin 2014.