Weill et Drahi, les architectes d’un SFR réalisant la convergence médias-télécoms

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SFR mise sur les tuyaux des télécoms et sur les contenus de ses médias pour accroître ses revenus.
SFR mise sur les tuyaux des télécoms et sur les contenus de ses médias pour accroître ses revenus. (Crédits : © Jacky Naegelen / Reuters)
En mettant sous la coupe de l'opérateur au carré rouge toutes ses activités télécoms et médias en France, Patrick Drahi, son chef de file, joue à fond la carte de la convergence entre les « contenants » et les « contenus ». Pour lancer cette stratégie, il s’est largement appuyé sur Alain Weill, le PDG de NextRadioTV, qu’il a su rallier à sa cause.

En s'alliant à Alain Weill pour racheter son bébé NextRadioTV (BFMTV, RMC...) l'été dernier, Patrick Drahi a une fois de plus fait les gros titres. Cette acquisition, beaucoup la voyaient comme une énième emplette du patron d'Altice, perçu comme « ogre » dopé à la dette. Il faut dire que depuis deux ans, Patrick Drahi a déboursé des milliards d'euros dans les télécoms (SFR, Portugal Telecom, Suddenlink et Cablevision aux Etats-Unis) et les médias (Libé, L'Express, L'Expansion, Stratégie, etc.). Sans compter ses investissements dans les droits sportifs, dont ceux du championnat de foot anglais. Mais en s'associant à NextRadioTV, Patrick Drahi a fait davantage qu'une simple acquisition : il a rallié Alain Weill à son projet de « convergence » entre les télécoms et les contenus. Il l'a nommé, dans la foulée, à la tête de toutes les activités médias de son groupe Altice, la maison-mère de tous ses actifs.

A chaud, certains spécialistes ont perçu la manœuvre comme le don d'un os à ronger au PDG de NextRadioTV. D'autres, au passage, se demandaient bien quelles synergies étaient possibles entre SFR et BFMTV. « Que diable veut faire Drahi ? BFMTV, c'est une chaîne gratuite, on ne peut pas la réserver aux seuls clients de SFR ! On la tuerait ! », nous disait-on. Mais aujourd'hui, le passage sous la coupe de SFR de tous les médias du groupe en France le prouve : Alain Weill n'est pas un simple pion dans la galaxie de Patrick Drahi. Mais plutôt une dame, essentielle dans sa stratégie de convergence.

SFR, « un opérateur de contenus »

En conférence de presse ce mardi, c'est lui qui en duo avec Michel Combes, le PDG de SFR, a dessiné les contours du nouveau groupe de télécoms et de médias. Et pour cause : outre son rôle historique de fournisseur de connectivité, l'opérateur au carré rouge est désormais « un opérateur de contenus », ont martelé les deux hommes. Concrètement, toutes les activités médias d'Altice et de Patrick Drahi dans l'Hexagone passent sous son contrôle, y les journaux (Libé, L'Express, L'Expansion...), comme l'avait révélé La Tribune.

Pour déployer de nouvelles offres, les activités de SFR comprennent désormais trois pôles. Le premier concerne les télécoms traditionnelles, suivi des médias et de la publicité. « Ces deux derniers pôles seront directement pilotés par Alain Weill », nous précise SFR. Sachant que l'on retrouve largement sa patte dans les nouvelles offres médias du groupe, avec la création de sept nouvelles chaînes.

Cinq nouvelles chaînes sportives

D'ici le mois de juin, quatre offres de contenus supplémentaires figureront dans le catalogue de SFR. Il y a d'abord « SFR Presse ». Ici, une appli va voir le jour, et donnera un accès illimité à tous les titres du groupe. Celle-ci sera proposée aux 18 millions d'abonnés de SFR, mais aussi à tous ceux qui ne sont pas clients du groupe pour 19,99 euros par mois.

Il y a ensuite « SFR Sport ». D'ici le mois d'août, un bouquet payant de cinq nouvelles chaînes apparaîtra. Il vise à valoriser les droits acquis dans le foot, le basket, ou encore dans les sports extrêmes et ceux de combat acquis par le groupe. Enfin, « SFR News » regroupera les chaînes d'infos. On y retrouve BFMTV, BFM Business, la chaîne d'actualité internationale I24. Mais aussi deux nouvelles chaînes : BFM Paris, spécialisée sur l'actualité francilienne, et BFM Sport, pour l'actualité sportive. La dernière offre, enfin, se nomme « SFR Play ». Dédiée au divertissement, on y retrouvera le service de streaming vidéo Zive, lancé récemment par SFR pour concurrencer Netflix et Canalplay.

Dégager des synergies

Au total, SFR regroupera quelques 1.000 journalistes sous sa bannière. Pour le groupe, l'idée est de jouer à fond la carte des synergies entre ses différentes entités pour proposer de nouveaux contenus à moindre frais. Par exemple, « BFM Sport pourra tirer profit des 70 journalistes sportifs de RMC, ainsi que de ses 30 consultants et anciens professionnels », précise Alain Weill. Du côté du pôle presse, dont les titres rachetés par Altice sont en proie à de lourdes difficultés économiques depuis des années, Michel Combes se montre confiant. D'après lui, en proposant sa nouvelle appli « SFR Presse » aux abonnés mobiles et Internet, l'audience devrait progresser, ce qui permettra de générer plus de recettes publicitaires.

En faisant le pari de la convergence, SFR, deuxième opérateur télécoms de l'Hexagone, espère tailler des croupières à ses concurrents Orange, Free et Bouygues Telecom. Non seulement, le groupe souhaite étoffer son parc d'abonnés. Un point-clé sachant que l'an dernier, il en avait perdu plus d'un million, conséquence d'un réseau dégradé faute d'investissements. Mais surtout, SFR espère que ses clients dépenseront davantage pour booster ses revenus. Le groupe en a besoin pour éponger l'énorme dette d'Altice. A la fin 2015, celle-ci s'élevait à 35,5 milliards d'euros, auxquels s'ajouteront prochainement 8 milliards supplémentaires liés à l'acquisition de Cablevision aux Etats-Unis.

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Commentaires
a écrit le 28/04/2016 à 13:37 :
Cela me rappel quelqu'un cette strategie d'endettement.

La chute n'est pas loin...
a écrit le 28/04/2016 à 8:52 :
Aujourd'hui SFR offre gratuitement au détenteur de SFR box l'application gratuite SFR presse avec l'accès gratuit aux journaux du groupe en mentionnant un coût de 19€90 et un avoir de 19€90 sans préciser la durée de cette gratuité.
Personnellement je reste prudent sur cette manœuvre, Gratuit aujourd'hui mais Payant dans le futur ?
a écrit le 27/04/2016 à 19:13 :
messier a fait la meme chose en 2000
a t il eu raison trop tot, ou est ce l'annonce d'un ( nouveau) tabac lie a l'endettement ?

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