« Approfondir la culture entrepreneuriale dans la deep tech »

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Paul-François Fournier, directeur exécutif innovation, Bpifrance.
Paul-François Fournier, directeur exécutif innovation, Bpifrance. (Crédits : DR)
Paul-François Fournier, Directeur exécutif innovation de Bpifrance, nous explique l'importance de l'investissement dans le secteur de la deep tech.

Quels sont les enjeux de l'action de Bpifrance en matière d'investissement dans la deep tech ?

Paul-François Fournier : Les enjeux sont les mêmes que pour le digital ! Avec notre plan Deep tech, lancé en début d'année, notre ambition est de changer d'ère et de passer du digital à la deep tech, notamment dans l'industrie. Le but est donc d'aider à la création d'une nouvelle vague de start-up qui prennent leur origine dans les laboratoires, en leur donnant des moyens plus tôt et pour plus longtemps. Au-delà du pilotage du programme national des sociétés d'accélération du transfert des technologies (SATT) et de l'accompagnement à la création d'incubateurs, d'accélérateurs et de start-up studios spécialisés deep tech dans les territoires (dans le but de mieux connecter laboratoires et entrepreneurs), notre participation à la création d'un écosystème passe, comme pour le digital, par des investissements. En plus de 300 millions d'euros investis en direct majoritairement grâce à l'État dans des start-up de la deep tech, nous allons mettre 1 milliard d'euros d'ici à 2023 dans des fonds d'investissement dont le but est de soutenir ce secteur. Cette logique de fonds est la même que celle que nous avons mise en œuvre pour la French Tech : injecter de l'argent pour soutenir la création de fonds spécialisés sur la deep tech, depuis l'amorçage jusqu'au late stage. En lançant le mouvement,nous espérons qu'avec un effet d'entraînement auprès des investisseurs privés, ce seront au total quelque 5 milliards d'euros qui seront disponibles pour les jeunes pousses de la deep tech. L'effet de levier est clé. Nous n'investissons jamais seuls - et c'est là le secret.

Pouvez-vous donner quelques exemples emblématiques qui illustrent la pertinence et le succès de Bpifrance en tant qu'investisseur ?

Paul-François Fournier : Parmi nos investissements emblématiques, je pense à Cellectis, lauréate du concours i-Lab en 1999 dans la catégorie Émergence et en 2000 dans la catégorie Créa- tion-Développement, qui fait un parcours extraordinaire. Cotée sur Euronext Growth et au Nasdaq, cette société, spécialisée dans le développement d'immunothérapies fondées sur des cellules CAR-T allogéniques ingénierées, a obtenu l'autorisation de la FDA américaine pour procéder à une étude clinique de phase I chez les patients atteints de myélome multiple. C'est l'exemple parfait de découvertes essentielles, sorties du laboratoire pour révolutionner la thérapie génique, au profit de milliers de patients dans le monde. Je pense également à Sigfox, l'une des pépites françaises les plus connues à l'international dans le domaine de l'Internet des objets, lauréate du concours i-Lab en 2010 et qui ne cesse de se déployer, partout dans le monde, pour améliorer le quotidien des usagers. Autant de success-stories de nature à approfondir la nouvelle culture entrepreneuriale, plus ambitieuse, plus dynamique, que Bpifrance contribue à forger en France.

Vous parliez du lien entre la deep tech et l'industrie, pouvez-vous être plus explicite ?

Paul-François Fournier : L'ambition française est de créer de nouvelles filières dans la deep tech, avec des entreprises françaises qui y seraient leaders. Mais nous voulons également renouveler nos filières traditionnelles, en particulier dans l'industrie et la fabrication, que ce soit en termes de matériaux ou de process, grâce à la deep tech. Cette « tech in fab » comme nous l'appelons, est aussi de la « tech for good », puisqu'en créant de nouvelles filières et en renouvelant des pans entiers de l'industrie, nous nous mettons au service du collectif et des territoires.

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Deep tech et French tech, un destin commun

L'une, la deep tech, s'appuie sur des recherches longues et coûteuses, et surtout, sur une innovation de rupture. L'autre, la French Tech, est plus agile et davantage axée   sur de nouveaux usages. À défaut d'apporter une mutation profonde et structurelle, la French Tech affiche des succès rapides, flamboyants et souvent caractérisés par une hypercroissance. On pense ainsi à Doctolib, issue de l'incubateur public Agoranov, qui, en facilitant la prise de rendez-vous en ligne chez les professionnels de la santé, s'est hissée cette année au rang de licorne et recrute actuellement près de 50 personnes par mois !

Si elles ont des différences, deep tech et French Tech ont en fait un destin commun, la première pouvant faire avancer la deuxième vers plus d'innovations et plus d'usages.   Et des ambitions identiques : faire bénéficier le plus grand nombre - à l'international - de leurs avancées ou de leur rupture technologique.

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