"Technicolor a choisi de garder sa recherche fondamentale en France"

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L'ex-Thomson, restructuré financièrement et rebaptisé Technicolor, redémarre. Après la perte d'un contrat France Télécom, Frédéric Rose estime qu'Américains et Asiatiques préservent mieux leurs entreprises.

Après la vente de la filiale américaine de Screenvision, où en est votre programme de cessions ?

Nous nous sommes concentrés sur les plus gros dossiers, et ceux qui étaient les plus gros consommateurs de cash. A ce jour, nous avons réalisé la majeure partie de notre programme de cession. Il nous reste deux entités plus petites de Grass Valley à céder : la partie transmission et la partie têtes de réseau, pour lesquelles nous sommes en discussions avancées avec plusieurs acheteurs. Nous progressons également dans la cession de PRN aux Etats-Unis, qui gère principalement les écrans et régies publicitaires dans les grandes surfaces. J'ai bon espoir de conclure ces dernières cessions le plus rapidement possible.

A la fin de cette vaste restructuration financière et industrielle, combien de salariés restera-t-il dans le groupe ?

Nous serons environ 17.000 salariés dans le monde.

Etes-vous tiré d'affaire ?

Oui. Nous avons réduit notre dette de 45%, nous bénéficions désormais d'un financement sur 7 ans, et nous avons publié un chiffre d'affaires confirmant notre retour à la croissance au troisième trimestre. Nous avons même pour la première fois en deux ans donné des perspectives de croissance pour le quatrième trimestre, tout en indiquant que nos priorités restaient la rentabilité et la génération de cash.

Dans un univers qui bouge très vite, face à des concurrents avec des moyens considérables, ne vous retrouvez-vous financièrement bridé pour investir?

Malgré les dix-huit mois de restructuration financière que nous avons traversés, nous n'avons pas réduit notre effort de recherche et développement car il s'agit d'un atout déterminant et hautement stratégique pour le Groupe. Nos investissements dans ce domaine s'élèvent à environ 150 millions d'euros par an. Par ailleurs, Technicolor a déposé de nombreux brevets sur la technologie 3D. Au prochain salon mondial de l'électronique de Las Vegas (le CES qui se tient en janvier), nous présenterons de nombreuses nouveautés significatives développées ces dernières années dans le domaine de l'accès et la consommation des contenus sur Internet, en vidéo à la demande ou en streaming.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Il nous semble essentiel que l'accès au contenu devienne enfin plus fluide, plus simple. Rien qu'en France, nous avons dénombré quarante-cinq services de vidéo à la demande. Aux Etats-Unis, un service de visionnage comme Netflix compte déjà 20.000 références. Or, les études montrent que les gens regardent principalement les blockbusters du moment, ou des films qu'on leur a recommandés. Il y a par ailleurs un grand nombre de films produits qui ne sortent pas en salle mais qui méritent d'être accessibles au public. Nous y travaillons avec des ayants droits et des fabricants de téléviseurs. Pour aider le spectateur à mieux s'y retrouver, il serait très utile que des méta-données, permettant de marquer le contenu, soient associées à chaque étape du film. Ces méta-données représentent un enjeu culturel et économique majeur ; elles permettraient par exemple de contribuer à la promotion des films français à travers le monde. Compte-tenu de l'enjeu qu'elles représentent, et de notre expertise dans ce domaine, Nous sommes très actifs auprès des studios de cinéma pour définir une norme commune pour ces méta-données.

Dans le domaine des box triple play, que vous baptisez les passerelles d'accès, vous avez perdu le contrat France Télécom, n'est-ce pas un échec lourd ?

Nous en avons tiré les enseignements nécessaires. Il est cependant important de noter que nous n'avons perdu aucun autre client lors de notre phase de restructuration, et nous avons même remporté de nouveaux contrats cette année, tels que Verizon aux Etats-Unis et ONO en Espagne. En France, nous restons le fournisseur privilégié de l'opérateur télécoms qui a la plus forte dynamique commerciale dans l'ADSL depuis deux trimestres (Bouygues Télécom, NDLR). Enfin, nous avons livré notre cent millionième box en octobre et restons le leader mondial dans ce domaine. Permettez-moi cependant une remarque. A l'heure où l'Europe est devenue le marché le plus ouvert, avec une concurrence féroce, nous sommes une entreprise française, numéro un mondial dans les box, qui a fait le choix de garder sa recherche fondamentale en France. N'est-ce pas notre intérêt commun avec nos grands clients, français et européens, de veiller à préserver un écosystème européen, à l'image de ce que font de leur côté nos concurrents américains ou asiatiques ?

Mais êtes-vous toujours français alors que la grande majorité de vos salariés et de vos usines sont à l'étranger ?

Notre siège est à Issy les Moulineaux. Notre propriété intellectuelle est détenue par une société française et une grande partie de nos chercheurs sont basés à Rennes. Nous sommes cotés à la bourse de Paris, avec un capital détenu à hauteur de 30% à 35% par des petits porteurs français. La majorité des membres du conseil d'administration sont français. A tous ces égards, nous sommes clairement une entreprise française, dotée d'une présence mondiale.

Pensez-vous pouvoir regagner un contrat France télécom ?

Nous y travaillons, bien évidemment. Cependant, la prochaine version de tel ou tel produit n'est pas notre ultime objectif. Notre objectif est de travailler sur le prochain saut technologique, qui devrait permettre de limiter le nombre d'appareils et autres décodeurs à la maison, notamment sous la télévision, pour arriver à un système beaucoup plus simple pour l'utilisateur final d'ici 2015. Où mettra-t-on l'intelligence de ce système dans la maison ? Ma conviction est que ce « média hub » domestique se fera à partir de la boite d'accès à Internet et non pas du téléviseur ou du PC, ni dans ce qu'on appelle le « cloud ».

C'est sur ce projet que vous travaillez avec Intel ?

Nous collaborons avec Intel sur la prochaine génération de décodeurs intelligents, en nous basant sur leur processeur de dernière génération. Ces décodeurs permettront aux fournisseurs de services de proposer à leurs clients une nouvelle expérience au cœur de la maison, avec des fonctionnalités telles que le multi-écran, la 3D, les jeux et les vidéos en ligne. Mais ce projet n'en est qu'un parmi d'autres pour accompagner nos clients dans la révolution technologique en cours.

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Commentaires
a écrit le 30/11/2010 à 16:53 :
Que reste t il en France ? Thomson est morte et même sa mort est passée inaperçue.
Grass Valley est tombé dans le rouge non pas seulement à cause de l'ultra-compétitivité du marché mais aussi à cause de vos stratégies suicidaires. Un licencié parmi les 300 et quelques en France. Scandaleux.
Réponse de le 30/12/2010 à 21:49 :
Honteux de dire 300.. ou peut être manque t'il 1 ou 2 zéros.
En 1999, +75000 employés, combien aujourd'hui?

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