En Afrique, Orange veut devenir le « champion de la ruralité »

Par Pierre Manière  |   |  759  mots
Avec Orange Money, l'opérateur historique espère réaliser un chiffre d'affaires de 200 millions d'euros d'ici à 2018. (Crédits : © Feisal Omar / Reuters)
L’opérateur historique voit dans le continent africain un relais de croissance de choix. Présent dans 20 pays, il cherche à séduire la classe moyenne et ses villages pour s’imposer.

Loin de la foire d'empoigne du marché français des télécoms, l'Afrique constitue une des principales priorités d'Orange à l'international. Depuis plusieurs mois, l'opérateur historique est en pleine offensive sur ce continent, qui pèse 11% de ses 40 milliards de chiffre d'affaires en 2014, et 40% de ses clients (avec notamment 115 millions de cartes SIM). Pour se démarquer de ses concurrents, Orange veut surtout séduire les classes moyennes et devenir « le champion de la ruralité et des villages », insiste Marc Rennard, le directeur exécutif de la zone Afrique, Moyen-Orient et Asie du groupe, qui faisait vendredi le point sur la stratégie du groupe.

C'est donc avec cet objectif que le groupe investit aujourd'hui environ un milliard d'euros par an sur le continent africain. Parmi ses initiatives récentes, Orange a dégainé un smartphone low cost en début d'année. Baptisé « Klif », celui-ci est commercialisé « à moins de 40 dollars, avec de la data et une SIM incluse », souligne le monsieur Afrique du leader français des télécoms. « C'est une innovation très importante, car à ce prix-là, on rend l'Internet accessible aux classes moyennes », poursuit-il. Sachant que, pour mémoire, le mobile demeure - de très loin - le principal moyen de surfer sur le Net en Afrique, les d'infrastructures fixes étant globalement très peu développées.

Bientôt 25 pays connectés au haut débit

Cette semaine, Orange a également lancé avec d'autres partenaires la troisième partie du câble sous-marin ACE (« Africa Coast to Europe »). Ce câble - qui atteindra une longueur totale de 17.000 km une fois achevé -, part de la France, et vise à connecter tous les pays africains situés sur la côte atlantique au reste du monde. Ce dernier tronçon, qui coûtera 700 millions d'euros, partira des îles de Sao Tomé-et-Principe, dans le golfe de Guinée, pour rejoindre l'Afrique du Sud. In fine, « il y aura 25 pays connectés à l'Internet haut débit, avec les derniers standards technologiques », assure Marc Rennard.

A ses yeux, il s'agit d'un catalyseur de choix pour développer les services et usages numériques dernier cri. Le directeur exécutif y voit une alternative plus performante que le satellite, largement utilisé par les pays non reliés au câble sous-marin. Mais dont les performances s'avèrent médiocres, selon lui, lorsqu'« on consomme des vidéos ou qu'on utilise des services interactifs ». Pour Orange, l'enjeu est important : une fois que les pays côtiers sont connectés, l'opérateur peut tirer de la fibre optique dans les pays sans accès à la mer et enclavés dans le continent. C'est par exemple le cas du Mali, où l'opérateur apporte de la connectivité grâce à des câbles terrestres traversant ses voisins, le Sénégal et la côte d'Ivoire.

Miser sur les services à valeur ajoutée

 « Le Mali, c'est un pays très important pour nous. On est numéro un avec 13 millions de clients, et on fait plus de 50% d'Ebitda, lâche Marc Rennard. On n'aurait jamais pu y avoir un tel développement sans les câbles sous-marins. » Le directeur exécutif renchérit :

« Lorsqu'il était au pouvoir, je me rappelle qu'Amadou Toumani Touré [« ATT », l'ex-président du Mali, qui a été renversé par le coup d'Etat de mars 2012, Ndlr] m'avait dit : 'Avant, quand j'allais dans les villages, les gens me demandaient une école, une mosquée... Maintenant, ils me demandent Orange.' »

Outre la connectivité traditionnelle, l'opérateur mise sur les services pour ferrer ses abonnés. Régulièrement, le groupe investi dans des startups, à l'instar d'Afrostream, une plateforme de vidéo à la demande spécialisée dans les contenus « afro ». Mais sur ce créneau, le fer de lance de l'opérateur s'appelle Orange Money. Lancée en 2008, cette solution de paiement et de transfert d'argent compte quelques 13 millions d'utilisateurs en Afrique. Sachant que le groupe espère passer la barre des 30 millions de fidèles d'ici à 2018.

Orange Money, « une importante source de revenus »

« En Afrique de l'Ouest, plus de 35% des transactions sont faites par Orange Money, assure Marc Rennard. Au Mali, c'est 20% du PIB du pays qui passe par ce service. » D'après lui, Orange Money constituera demain « une source de revenus très importante ». En 2018, le groupe espère en tirer 200 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 80 millions cette année. « L'objectif, à terme, c'est que le paiement mobile soit aussi populaire que le SMS », poursuit le directeur exécutif. L'appétit vient en mangeant, dit-on.