Iliad (Free) : le "trublion des télécoms" fait grise mine

Par Pierre Manière  |   |  654  mots
Xavier Niel, le fondateur et propriétaire d'Iliad (Free). (Crédits : Reuters)
Dans la foulée de la publication de résultats trimestriels décevants et marqués par une perte d'abonnés dans l'Internet fixe, le groupe de Xavier Niel, maison-mère de Free, a dégringolé en Bourse. Pour se relancer, l'opérateur a présenté une nouvelle stratégie et va se doter d'un nouveau DG: Thomas Reynaud, jusqu'alors directeur financier.

L'industriel s'est, finalement, fait prendre à son propre jeu. Iliad, maison-mère de l'opérateur Free, subit désormais de plein fouet la très forte concurrence sur le marché français des télécoms. Lui, qui a pendant des années mené une politique agressive en cassant les prix de ses abonnements et en multipliant les dégriffes, a obligé ses rivaux à faire de même. Et aujourd'hui, voilà qu'il en fait lui-même les frais. Ce mardi, le groupe de Xavier Niel a ainsi publié des résultats décevants. Au premier trimestre, son chiffre d'affaires a certes progressé de 0,8% à 1,2 milliard d'euros. Mais cela reste en-dessous des attentes des analystes. Ceux sondés par l'agence Bloomberg s'attendaient, en moyenne, à des ventes autour de 1,26 milliard d'euros. La sanction des marchés a été immédiate. A la Bourse de Paris, le titre Iliad a dégringolé de 19,15% à 133,80 euros en fin d'après-midi.

Si, sur le mobile, le "trublion des télécoms" continue de gagner des abonnés, c'est sur le front de l'Internet fixe qu'il inquiète. Sur ce créneau historique, souvent présenté comme la "vache à lait" de Free, le chiffre d'affaires s'est replié de 1,6%, conséquence d'une perte de 19.000 abonnés par rapport au trimestre précédent. En plus, le revenu moyen par abonné (un indicateur très suivi dans les télécoms), s'affiche en baisse de 1,60 euros sur un an, à 32,90 euros. Lors d'une conférence auprès des seuls analystes financiers ce mardi (la presse a été tenue à l'écart), Xavier Niel lui-même a constaté que l'opérateur souffrait.

"Depuis un an, on n'a pas de bons chiffres, des chiffres qui me déçoivent, a-t-il indiqué, a rapporté l'agence Reuters. Un certain nombre de choses ont peut-être traîné, un certain nombre de choses n'ont pas été assez vite."

Thomas Reynaud prend la direction générale

Alors que de nouvelles box sont, depuis longtemps, attendues par le marché, Iliad a confirmé leur arrivée pour la rentrée. Hors du marché français, le lancement d'Iliad en Italie, qui avait aussi pris du retard, devrait être effectif d'ici le 21 juin.

Mais, surtout, le groupe va revoir sa politique commerciale en France. Iliad veut, semble-t-il, revoir sa stratégie de promos via le site Vente-Privée, et les rendre accessibles au plus grand nombre sans casser les prix. Enfin, de nouvelles offres mobiles et fixes doivent voir le jour dans les quatre prochaines semaines. En outre, Iliad a indiqué qu'il se lançait dans les télécoms d'entreprise. Selon Reuters, le groupe ambitionne d'adresser ce marché dans son ensemble à partir de 2020. Ce n'est pas rien: dans le monde des télécoms, certains estimaient depuis longtemps que ce segment n'intéressait guère Xavier Niel, jusqu'alors focalisé sur les télécoms auprès du grand public.

Pour piloter cette nouvelle stratégie, Iliad s'est doté d'une nouvelle gouvernance. A partir du 21 mai prochain, l'actuel DG du groupe, Maxime Lombardini, va céder sa place à Thomas Reynaud, jusqu'alors directeur financier. Maxime Lombardini ne quitte pas le navire: il prendra la présidence du conseil d'administration, succédant ainsi à Cyril Poidatz, qui devient secrétaire général. Thomas Reynaud a déclaré qu'à ses yeux, "il [était] primordial de réaffirmer [le] caractère de challenger, de 'maverick', et de maintenir [la] singularité [du groupe]".

Quid de la consolidation du secteur?

Avec cette mauvaise passe d'Iliad, couplée aux difficultés de SFR, la question de la viabilité d'un marché français à quatre opérateurs revient inévitablement sur la table. Selon les analystes d'Oddo, Xavier Niel était d'ailleurs convaincu, "en mars, en marge de la conférence des résultats 2017 du groupe, que la consolidation des télécoms en France serait un sujet dès 2018".

(avec agences)