Deux Français mettent en oeuvre la simplification administrative des Émirats

 |   |  709  mots
De gauche à droite : Charles Plenet de Badts, Marwan Al Zarouni, le directeur de Blockchain Center, et Thomas Jaulin. Les fondateurs de Blockrise veulent supprimer la bureaucratie à Dubaï.
De gauche à droite : Charles Plenet de Badts, Marwan Al Zarouni, le directeur de Blockchain Center, et Thomas Jaulin. Les fondateurs de Blockrise veulent "supprimer la bureaucratie" à Dubaï. (Crédits : J.D.)
Bienvenue à l'Area 2071, un espace de coworking flambant neuf et l'une des nombreuses vitrines tech de Dubaï qui doit « faire des Émirats arabes unis la nation leader du monde d'ici 2071 », cent ans après sa création.

Au niveau inférieur de la tour Emirates, dans le quartier du World Trade Center, sous les étages de chambres d'hôtels, de boutiques et de bureaux, on y croise les ovnis de cette Zone 51 [une aire du Nevada qui a inspiré la science-fiction, ndlr] du futur et de l'innovation. Parmi eux, deux Parisiens de 23 ans qui, eux aussi, doivent « créer un impact positif global sur le monde » avec leur startup Blockrise.

Arrivés munis d'un visa touristique à l'été 2018, Thomas Jaulin et Charles Plenet de Badts, les deux cofondateurs, sont aujourd'hui incorporés au sein de l'Émirat. Leur ambition est de « supprimer la bureaucratie » à l'aide d'une place de marché de services reposant sur la blockchain.

Rapidement, Blockrise a tapé dans l'œil de Marwan Al Zarouni, le directeur jovial et aux petits soins du Blockchain Center de l'Area 2071, mais pas seulement. Après plusieurs démos, la plateforme destinée à simplifier les interactions entre une entreprise et un acheteur public, ou une entreprise et un consultant, a séduit les autorités. Basée sur la blockchain Ethereum, elle permet d'automatiser les paiements, de payer en cryptomonnaie à l'aide d'un token d'actions programmées ERC 20, ou encore de valider les échanges grâce à la communauté. De quoi plaire aux officiels émiratis, en plein dans le plan Blockchain Strategy 2021 qui prévoit plusieurs milliards d'économies de fonctionnement dans les services publics.

« Toute dispute se gère sur la plateforme automatisée », expliquent les deux expatriés. Concrètement, Blockrise veut casser le silo, telle la direction achat, et mettre « plus de transparence dans les transactions et les appels d'offres auprès de tiers, et ce, en temps réel ».

La solution touche notamment à l'épineuse question des délais de paiement, fixés, pour rappel, à 60 jours en France, mais qui atteignent encore 11,5 jours de retard en 2018, avec une hausse de 20% des « longs retards » dans les PME (Baromètre ARC/ Ifop, cité par Daf-Mag).

« Ici, dès que vous avez un produit, tout va plus vite »

Après un premier financement en pré-amorçage non divulgué, Blockrise compte dix collaborateurs, dont quatre développeurs. Côté modèle économique, la place de marché doit prélever « 1% à 1,5% de commission sur chaque transaction », mais réfléchit encore aux sources de revenus, « en SaaS [logiciel en tant que service, ndlr], ou freemium notamment ». Hébergés gratuitement pour une durée illimitée, ils n'ont pas à se soucier des charges patronales, sociales ou salariales, inexistantes à Dubaï.

Pour l'heure, le duo a validé une période de test avec la Dubai Future Foundation, une entité transversale choyée par le Premier ministre Cheikh Al Maktoum, avant un lancement prévu pour la rentrée 2019, et peut-être un déploiement de la plateforme dans toutes les entités et ministères locaux, de Dubaï à Abu Dhabi.

« Le gouvernement de Dubaï veut un dashboard pour tout comprendre, voir ses rapports et ses dépenses », détaille Charles Plenet bien décidé à « vendre un produit qui plaise au secteur public et aux entreprises ».

Les deux Français sont d'ailleurs encore surpris par l'accessibilité et « la proximité avec les décideurs de l'État ». « Leurs bureaux sont - physiquement - au-dessus de nous ; ils nous ouvrent très rapidement leur réseau », expliquent-ils.

« Ici, dès que vous avez un produit, tout va plus vite. Parce qu'ils jouent le rôle d'entremetteurs, vous rencontrez immédiatement les bonnes personnes, avec environ six meetings par jour avec des entités du gouvernement. Cela aurait été beaucoup plus lent en France », renchérit Thomas Jaulin, passé par les grandes écoles britanniques.

Depuis Londres, il raconte avoir vu il y a quelques mois « une annonce du gouvernement sur le site Medium » pour les startups de la blockchain.

De passage en début d'année dans la capitale, ils ont pu présenter la solution à la Mairie de Paris. "Des discussions" qui ne les feront pas pour autant revenir tout de suite en France. « Si nous signons avec les autorités de Dubaï, le gouvernement français ne sera pas le premier, mais notre but est de revenir en France », indiquent-ils sans préciser d'échéance. « Ça sera d'abord les micro-États, ensuite les plus gros. »

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/02/2019 à 8:54 :
Et la simplification administrative en France (moins de lois, de réglementations, de normes, d'organismes bidules inutiles, de politiciens parasites, ...), c'est pour quand ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :