Derrière l’IPO de SpaceX, un pari massif sur l’IA plus que sur le spatial

Des Cybertrucks avant l’introduction en Bourse (IPO) de SpaceX, à Starbase, au Texas.
/FW1HFS/Harikrishnan Nair - REUTERS - Gabriel V. Cardenas - Gabriel V. Cardenas

Des Cybertrucks avant l’introduction en Bourse (IPO) de SpaceX, à Starbase, au Texas.
/FW1HFS/Harikrishnan Nair - REUTERS - Gabriel V. Cardenas - Gabriel V. Cardenas
Avec l’entrée en Bourse de SpaceX ce vendredi, Elon Musk vend le rêve de l’infini… et au-delà. « Notre mission : mettre en place les systèmes et les technologies nécessaires à l’émergence d’une vie multiplanétaire, pour comprendre la véritable nature de l’univers et pour étendre la lumière de la conscience jusqu’aux étoiles », écrit dès les premières pages l’entreprise dans son document d’introduction en Bourse. L’introduction est historique : SpaceX s’attend à lever 75 milliards de dollars (environ 65 milliards d’euros), trois fois le précédent record détenu par le géant pétrolier saoudien Saudi Aramco. Ce montant porterait la valorisation de la société à pas moins de 1 765 milliards de dollars (environ 1 535 milliards d’euros).
Contrairement à ce que son nom indique, l’entreprise ne s’arrête pas à l’espace, aux fusées et aux projets de coloniser d’autres planètes. Elle regroupe également Starlink, spécialisée dans l’Internet par satellites, et xAI, la filiale d’intelligence artificielle. Les investisseurs qui vont acheter des titres ne vont donc pas se contenter de financer une entreprise spatiale. Ils vont financer tout le « muskverse », c’est-à-dire tout l’univers et les entreprises d’Elon Musk. Un point commun se dessine : l’intelligence artificielle.
Au sein de SpaceX, la machine à cash est Starlink. Les satellites génèrent environ 60 % du chiffre d’affaires du groupe. De 25 à 30 % proviennent des lancements spatiaux, notamment des fusées Falcon 9 et Falcon Heavy, et le reste est tiré des contrats avec le gouvernement américain. Ainsi, si SpaceX a généré un chiffre d’affaires de 18,5 milliards de dollars (16 milliards d’euros) en 2025, elle a enregistré une perte nette de 5 milliards de dollars (4,35 milliards d’euros).
« Deux tiers des dépenses passent dans le développement de l’IA, pas dans le spatial, avec le risque que ça ne rapporte rien », ajoute Alexandre Baradez. Ce qui fait dire qu’une fois en Bourse, SpaceX serait largement survalorisé face à des entreprises rentables.
xAI, qui regroupe le modèle de langage (LLM) Grok et le superordinateur Colossus, ne rapporte donc pas d’argent. C’est également le cas de Starship, le lanceur spatial réutilisable développé par SpaceX. La promesse d’Elon Musk revient ainsi à financer l’IA et ses projets futurs. « Ce qui est valorisé, c’est le fantasme du monde d’après, ils misent sur la personnalité de Musk. Mais sur le rationnel financier, cette IPO me pose une colle en tant qu’investisseur », commente de son côté Emeric Blond, gérant de portefeuille chez Tailor Asset Management. « Les investisseurs vont financer les plans d’investissement du groupe pour les 2 ou 3 prochaines années, en attendant la prochaine levée », résume-t-il.
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Mais au-delà des imbrications financières entre les entités, l’univers de Musk fait aussi des ponts entre les technologies. En début de semaine, SpaceX a dévoilé Al1, la toute première génération de satellites dotés de l’IA. Le milliardaire ambitionne également d’envoyer des centres de données dans l’espace.
Tout comme SpaceX, la valorisation importante de Tesla (plus de 300 fois les bénéfices) reflète les paris futurs du milliardaire. Derrière les voitures électriques d’Elon Musk, les investisseurs financent aussi les projets de robotaxis autonomes ou encore le robot humanoïde Optimus.
Le document d’introduction en Bourse de SpaceX a surtout révélé les liens qu’entretient le groupe avec Tesla. Cette dernière détient ainsi 19 millions d’actions SpaceX, un peu moins de 1 % de l’entreprise. SpaceX et xAI ont acheté 650 millions de dollars de biens et services (environ 565 millions d’euros) à Tesla en 2025, rapporte Reuters. Plus de 500 millions de dollars concernent les batteries Megapack. SpaceX a également acquis des Cybertrucks Tesla en acier inoxydable.
Mais leurs affinités dépassent de simples échanges financiers. Les deux entreprises travaillent sur Terafab, une société de fabrication de semi-conducteurs, pour répondre à leurs besoins en commun. Tesla construit également une usine solaire, qui pourra fournir à terme du matériel photovoltaïque pour les centres de données orbitaux de SpaceX. Ces imbrications et l’introduction en Bourse de cette fin de semaine ont relancé la rumeur d’une possible fusion entre les deux entreprises de l’univers Musk.
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