La projection numérique progresse à grand pas en Europe

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La conversion à la projection numérique soulève, partout en Europe, les mêmes inquiétudes pour les salles et les films indépendants.

Même à Cannes, la bobine de film est en voie de disparition. Beaucoup de films sont projetés au Festival à partir d'un fichier (master) et d'un projecteur numériques. Et ce bouleversement, majeur pour les équilibres du secteur, préoccupe tous les professionnels rassemblés sur la Croisette. Dimanche, l'Observatoire européen de l'audiovisuel a fait l'état des lieux de ce dossier : le nombre de salles équipées en Europe a triplé en 2009. Sur les près de 4.700 salles passées au numérique au 1er janvier 2010, la France a rattrapé son retard sur le Royaume-Uni et est désormais la plus équipée (900 écrans). Une position qui va se renforcer cette année : UGC, longtemps réticent, annonce qu'il aura achevé le déploiement du numérique dans toutes ses salles d'Île-de-France avant fin 2010 et MK2 aussi veut aller vite. C'est l'arrivée de films américains grand public en relief, comme "Avatar", qui a provoqué cette accélération, a rappelé l'Observatoire.

Et c'est justement ce qui inquiète pour la diversité de l'offre de films en Europe : selon l'Observatoire, 15 % des salles ne pourront entrer dans le cadre dominant de financement de l'équipement, celui du VPF (pour Virtual Print Fee). Ce modèle consiste à faire rembourser l'investissement de l'exploitant de salles (75.000 à 80.000 euros par salle) par le distributeur. C'est ce dernier en effet qui, avec le numérique, réalise les économies de tirage de copies. À chaque fois qu'un de ses nouveaux films est programmé, le distributeur verse à la salle un VPF, pendant une période donnée.

Les petites salles à l'écart

Ce système fonctionne pour les circuits qui programment des blockbusters américains dès leur sortie, mais laisse à l'écart les petites salles qui ne récupèrent les films qu'après plusieurs semaines ou gardent longtemps à l'écran des films pour un public étroit. Des salles menacées, si elles ne passent pas au numérique : bientôt les distributeurs ne tireront plus de copies sur pellicule. C'est pourquoi de nombreux pays veulent mettre en place des aides publiques. Et comme en France, où un projet de fonds mutuel a été retoqué par l'Autorité de la concurrence, un schéma d'aide allemand a dû être abandonné et celui du crédit d'impôt italien est soumis à Bruxelles.

Un nouveau dispositif législatif et d'aide aux salles les plus fragiles se met en place en France (notre édition du 18 mai). Par ailleurs, le programme européen Media va débloquer 4 millions d'euros cette année, autant l'an prochain, pour payer 50 % de l'équipement d'écrans membres du réseau Europa Cinemas. Et Media apportera sa garantie, via un fonds de 8 millions d'euros, à des emprunts contractés par les exploitants de salles.

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