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Le crépuscule de notre diplomatie parlementaire en Afrique

Ali Hojeij*

Publié le 05 avril 2022 à 07:00 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:45

Ali Hojeij

Photo d'illustration

DR.

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Le multilatéralisme et la démocratie libérale reculent dans le monde, et le retour par l'est du tragique en Europe escamote le débat démocratique français. Il a aussi pour regrettable effet de limiter l'affrontement d'idées que le scrutin présidentiel a pourtant vocation à purger.

Dans un monde où l'ordre international est bousculé et l'hégémonie occidentale dépassée, l'avenir de notre diplomatie aurait pu mériter un vrai débat, dans un contexte dans lequel, par ailleurs, une réforme en France dite de « l'encadrement supérieur de la haute fonction publique » conduira à la suppression, dès janvier 2023, de deux corps diplomatiques, au profit d'un corps interministériel unique, celui des administrateurs d'État : en ambassade, à l'exception notable de nos ambassadeurs, il n'y aura donc plus de diplomate de métier. Pour le meilleur ou pour le pire.

Comment s'organisera dans ces circonstances notre action extérieure dans les prochaines années ? Voilà par exemple un débat que nous n'aurons pas, et dont l'importance n'est pas mineure, en particulier pour les Français de l'étranger en première ligne, dont parfois 80% s'abstiennent aux échéances électorales. Je pense en particulier à l'Afrique, qui fait beaucoup parler d'elle pendant la campagne, parfois avec condescendance, souvent sous le prisme de l'actualité migratoire ou militaire, et alors même que tous les candidats s'accordent par ailleurs à reconnaître qu'Europe et Afrique ont destin lié.

Lorsqu'il était question à l'Assemblée générale des nations pour les pays d'Afrique de condamner l'invasion russe en Ukraine, l'Afrique du Sud, le Sénégal et l'Algérie se sont abstenus, comme d'ailleurs la Chine et l'Inde, quand le Maroc et l'Éthiopie n'ont tout simplement pas pris part au vote. Et puis il y a les pays que l'on préfère ne pas lister, mais qui ont voté la résolution à contrecœur, cédant à une pression qui provenait parfois de notre pays.

Nous devons adapter notre action extérieure aux nouveaux défis de l'époque, en commençant par changer de ton avec nos partenaires. Entre le premier suffrage universel en France, le 11 août 1792, et le premier vote des femmes, le 19 avril 1945, il s'est passé plus de 150 ans : à qui souhaitons-nous donner des leçons ?

Changer de ton c'est aussi cesser les discours grandiloquents. La ritournelle des poncifs humanistes à laquelle on a été habitué pendant les derniers quinquennats peut rendre un discours agréable. Elle ne constitue pas pour autant une modalité efficace de notre action politico-diplomatique.

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Face au ressentiment antifrançais d'une part, qui croît en Afrique pour des raisons qui ne sauraient tenir qu'aux seules entreprises de manipulation de nos rivaux, et d'autre part aux importants efforts qui sont fournis sur le continent africain par de puissants adversaires de la démocratie libérale, notamment la Chine, la Russie et la Turquie, quels moyens la France souhaite-t-elle se donner pour accomplir son destin de puissance d'équilibre ?

Les efforts consentis pour apaiser les douleurs mémorielles, par exemple au Rwanda, sont à saluer et participent du nécessaire effort d'adaptation. Ils restent néanmoins insuffisants, quand l'on voit se détourner de la France des pays comme la Centrafrique, le Mali ou, pour des raisons différentes, le Gabon.

Ils sont en revanche plus productifs dans les pays sans legs colonial français, par exemple au Ghana, en Angola, ou en Égypte.

Mais l'action culturelle de la France est fragilisée. Son imaginaire est daté. La vision de nos diplomates est parfois strabique ou dépassée. La souveraineté de nos partenaires n'est pas toujours respectée. Bref, la France ne fait plus rêver. Et elle n'a plus à faire rêver. Il ne faut pas plus de France. Il en faut mieux.

En Afrique et au Levant, la « diplomatie parlementaire » doit de ce point de vue être réhabilitée. Soyons clair : il ne s'agit pas pour nos députés ou sénateurs de suppléer la diplomatie française. L'expression, dont il faut reconnaître le caractère commode, doit plutôt renvoyer au rôle que les parlementaires peuvent jouer pour tisser les nouveaux fils de la relation entre nos partenaires africains d'une part, et la France, l'Allemagne et l'Italie d'autre part, cela en complément de nos actions diplomatiques respectives.

Cette conception de la diplomatie parlementaire suppose de s'appuyer sur des élus véritablement représentatifs, en capacité d'enrichir l'analyse de la diplomatie régalienne, notamment du fait de leur ancrage territorial et socioculturel. Ils le feraient avec la liberté de ton et d'appréciation que le suffrage universel confère.

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C'est ainsi que des compromis peuvent être construits, des équilibres préservés, des opportunités réciproques saisies, y compris en matière économique, par exemple dans les secteurs de l'énergie, de la santé et de l'éducation.

Dans cette nouvelle entreprise, les Français établis hors de France doivent être au centre de nos attentions, faute de quoi, notre action extérieure en Afrique connaîtra son crépuscule.

Ali Hojeij*

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